VI PREFACE
moins un obstacle qu'elle était plus robuste et plus vaillante. C'est la demi-foi qui est craintive. Ce sont les hommes de croyance incomplète ou mal assurée que la contradiction des événements déconcerte, exaspère, et qui sont tentés de remédier par la chicane, la dissimulation ou le mensonge aux réalités qui les gênent. Bossuet, lui, a dans la vision mystique cette paix hardie qui ne craint pas la science. Ce que l'incrédulité fait pour d'autres, la foi le fait pour lui : elle l'affranchit. Elle le dégage des scrupules mesquins et des préjugés étroits. Sa conviction se sent assez solide pour se permettre d'être libérale. Certain qu'il est de toujours trouver dans son intelligence du surnaturel l'excuse et le mot des scandales apparents de l'histoire, il peut reconnaître, à l'occasion, les vérités les plus opposées, ce semble, aux intérêts de la cause qu'il soutient. Qu'importe que certains Papes aient été méchants et Luther un honnête homme ? Dieu a des voies impénétrables ; il se plaît à confondre la courte sagesse humaine, et Bossuet est un des chrétiens qui, assis sur le rocher du nouvel Israël, peuvent répéter avec le plus de sérénité confiante le mot de l'Église, qui répond à tout : Veritas Domini manet in œlernum.
Enfin si l'on a pu dire avec raison1 que l'idée maîtresse du Catholicisme, c'est-à-dire Y « affirmation résolue de l'unité séculaire » de l'Église « et de sa divine homogénéité », rend assez difficile à un catholique convaincu « toute histoire impartiale » du Christianisme « faite au point de vue du progrès organique des doctrines, » cette objection ne vaut plus quand il s'agit pour ce catholique d'étudier l'histoire de l'hérésie. Car si, dans le premier cas, il lui est défendu d'apercevoir ou d'avouer les évolutions de la pensée humaine, dans le second, au contraire, il lui est commandé de démêler avec une perspicacité impitoyable et de mettre fortement en lumière cette diversité des opinions qui, suivant lui, est aussi inséparable de l'erreur qu'incompatible avec la vérité. Le même préjugé qui eût risqué d'aveugler Bossuet dans une histoire des dogmes chrétiens2 pouvait le