‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 8 sur 327 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

d'études, où ceux-là seuls ont le privilège d'atteindre, qui se sont appliqués à cette spécialité d'une façon continue et exclusive. Tout ce qu'on peut dire, mais ce que je crois qu'on peut dire en vérité, c'est qu'amené par les circonstances à étudier l'histoire du Protestantisme, Bossuet a fait un récit d'une exactitude presque irréprochable, d'une clairvoyance toujours judicieuse, parfois d'une originalité encore aujourd'hui méritoire.

L 'Histoire des Variations est pour la connaissance de la Réforme allemande, française et anglaise, un de ces ouvrages de seconde main qui, même dépassés par une science plus ample, conservent une utilité durable, parce qu'ils ont été à leur heure l'expression loyale et précise, sur des événements malaisés à éclaircir et faits pour être longtemps discutés, d'un jugement perspicace et solidement instruit.

Cette revendication d'une partie méconnue de la gloire de Bossuet a été le premier motif de ce travail, et l'on trouvera peut-être qu'il n'en fallait pas d'autre. Mais s'il y a trente ans, M. de Sacy aimait à discuter longuement sur la question de savoir quelle est la plus admirable des Oraisons funèbres1; si, dans le même temps, M. Floquet trouvait tout naturel de consacrer un volume presque entier à l'étude de «Bossuet précepteur du Dauphin, » — aujourd'hui, à tort ou à raison, ces piétés de biographe et ces cas de conscience littéraire ne nous passionnent plus à ce point. La seule ambition de restituer à Bossuet un de ses titres oubliés n'aurait peut-être pas suffi à nous soutenir dans ce long travail, si concurremment nous n'avions eu en vue une autre recherche, d'ailleurs connexe à ce premier dessein, mais d'un intérêt plus général, ce semble, et plus présent.

L'Histoire des Variations, encore que, pour une bonne moitié, elle relève de la littérature historique, appartient cependant par son origine et par sa destination à la littérature religieuse. Plus on l'étudié, plus on se persuade qu'il est impossible, pour la bien juger, de faire abstraction des nombreux écrits polémiques qui l'ont précédée ou suivie. Elle

1. Variétés littéraires, t. I, p. 50 sq. ; cf. Sainte-Beuve, Lundis, t. XIV (art. sur M. de Sacy), p. 187-188.

PRÉFA.I I . «

ne saurait s'en détacher. Et ainsi l'on se trouve conduit, — obligé, pour mieux dire, — à étudier, à cause d'elle, la controverse catholique et protestante de tout le dix-septième siècle.

On le peut faire, du reste, — au moins d'une façon sommaire et générale, —sans être un théologien de profession. Dès le second tiers du dix-septième siècle, la polémique des deux doctrines catholique et protestante, — qui, dans les premiers temps du schisme, avait été fort exubérante et compliquée, — se simplifia et s'allégea1 pour se concentrer sur quelques principes généraux dont le développement et la discussion peuvent être compris et appréciés à défaut même d'une instruction particulière.

D'autre part, quoique, à la vérité, la concurrence du Protestantisme et du Catholicisme ne soit plus au premier rang de nos préoccupations contemporaines, il se trouve néanmoins que cette lutte, désormais close ou suspendue, peut encore avoir pour les hommes d'aujourd'hui un intérêt réel et d'actualité.

Les trente dernières années du règne de Louis XIV ne sont pas entrées, jusqu'ici, dans ces régions de l'histoire où gît un passé tout à fait éteint et aboli, auquel nul lien sensible, nulle fibre vitale ne nous rattachent plus. Malgré deux siècles accomplis et en dépit de la différence', plus superficielle peut-être que profonde, de l'état social entre la France d'alors et celle d'à présent, le déclin du « grand règne » appartient encore logiquement à la période où nous sommes, car c'est alors que se manifesta, pour la première fois, dans les livres et même dans la réalité, l'efficacité destructive ou rénovatrice des principes sociaux dont le triomphe, aujourd'hui encore, est en question, bien loin que le rôle en soit fini et le développement épuisé. C'est à la fin du dix-septième siècle qu'il faut chercher la tête de série des événements qui continuent de se dérouler sous nos yeux. Là sont les origines morales de l'Europe et spécialement de la France contemporaine.

Or, la controverse entre le Catholicisme et le Protestantisme à cette époque n'a pas été sans ressentir fortement le

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