LA TENTATION. — EVE EST ATTAQUEE AVANT ADAM
Seigneur, faites-moi connaître les profondeurs de Satan, et les finesses malignes de cet esprit, à qui il vous a plu de conserver toute sa subtilité, toute sa pénétration, toute la supériorité naturelle dû génie qu'il a sur nous, pour vous en servir aux épreuves où vous voulez mettre notre fidélité, et faire connaître magnifiquement la puissance de votre grâce.
Voici le premier ouvrage de cet esprit ténébreux. Sa malignité et sa jalousie le portent à détruire l'homme que Dieu avait t'ait si parfait et si heureux, et à subjuguer celui à qui il avait donné tant d'empire sur toutes les créatures corporelles ; afin que, ne pouvant renverser le trône de Dieu en lui-même, il le renverse autant qu'il peut dans l'homme qu'il a élevé à une si haute puissance.
Nous avons donc à considérer par quels moyens il a réussi dans cet ouvrage, afin de connaître ceux par lesquels nous lui devons résister, et nous i élever de notre chute : c'est-à-dire relever en nous l'empire de Dieu abattu.
Nous étions à la vérité au-dessous de l'ange, mais comme nous avons vu, un peu au-dessous; car nous' lui étions égaux dans le bonheur de posséder le souverain bien ; et nous avionscomme lui une intelligence et un libre arbitre aidé de la grâce, capable avec cette grâce de s'élever à cette bienheureuse jouissance. Nous pouvons donc aisément résister à Satan, qui l'avait perdue, et qui voulait nous la faire perdre. Quelque avantage qu'il eût sur nous du côté de l'intelligence, loin de pouvoir nous forcer, la grâce que nous avions, et qu'il avait rejetée et entièrement perdue par sa faute, nous rendait ses supérieurs en force et en vertu : ainsi il ne pouvait rien contre nous que par persuasion ; et c'était aussi ce qui flattait son orgueil, de soumettre notre esprit au sien par adresse, de nous faire donner dans les pièges qu'il nous tendait.
Le premier effet de cet artifice est d'avoir tenté Adam par Eve, et d'avoir commencé à nous attaquer par la partie la plus faible. Quelque parfaite que fût et dans le corps et encore plus
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dans l'esprit la première femme immédiatement sortie des mains de Dieu, elle n'était, selon le corps, qu'une portion d'Adam, et une esDèce de diminutif. H en était à proportion à peu près de même de l'esprit : car Dieu avait fait régner dans son ouvrage une sagesse qui j rangeait tout avec une certaine convenance. Ce n'est point Eve, mais Adam qui nomma les animaux : c'était à Adam et non point à Eve qu'il les avait amenés. Si Eve, comme sa compagne chérie, participait à son empire, il demeurait à l'homme une primauté qu'il ne pouvait perdre que par sa faute et par un excès de complaisance. Il avait donné le nom à Eve, comme il l'avait donné à tous les animaux, et la nature voulut qu'elle lui fût en quelque sorte sujette. C'était donc en lui que résidait la supériorité de la sagesse ; et Satan le vient attaquer par l'endroit le moins fort, et pour ainsi dire, le moins muni.
Si cet artifice réussit à cet esprit malicieux, il ne faut pas s'étonner qu'il le continue, et qu'il tâche encore d'abattre l'homme par les femmes, quoique d'une autre manière, parce qu'il n'avait point encore de concupiscence. H suscita contre Job sa propre femme, et souleva contre lui cette ennemie domestique, pour pousser à bout sa patience. Tobie, qui devait être après lui le modèle de cette vertu, eut dans sa maison une semblable persécution. Les plus grands rois sont tombés par cet artifice. Qui ne sait la chute de David et de Salomon? Qui peut oublier la faiblesse d'Hérode, et la meurtrière de saint Jean- Baptiste? Le diable, en attaquant Eve, se préparait dans la femme un des instruments les plus dangereux pour perdre le genre humain : et ce n'est pas sans raison que le sage a dit r qu'elle avait assujetti les plus puissants, et donné la mort aux plus courageux ».
Ille ÉLÉVATION
LE TENTATEUR PROCÈDE PAR INTERROGATION ET TACHE D'ABORD DE PRODUIRE UN DOUTE
« Pourquoi le Seigneur vous a-t-il défendu de manger de cet arbre? Et un peu après : vous ne mourrez pas. » La suite de ces
)aroles fait voir qu'il voulait induire Eve à erreur; mais s'il ui avait proposé d'abord l'erreur où il voulut la conduire, et me contradiction manifeste au commandement et à la parole le Dieu, il lui aurait inspiré plus d'horreur que de volonté de 'écouter : mais avant que de proposer l'erreur, il commence >ar le doute : « Pourquoi le Seigneur vous a-t-il défendu? » ] n'ose pas dire : il vous a trompés ; son précepte n'est pas uste, sa parole n'est pas véritable : il demande, il interroge, lomme pour être instruit lui-même, plutôt que pour instruire :elle qu'il voulait surprendre. H ne pouvait commencer par un endroit plus insinuant ni plus délicat.
La première faute d'Eve, c'est de l'avoir écouté, et d'être utrée avec lui en raisonnement. Dès qu'on a voulu la faire louter de la vérité et de la justice de Dieu, elle devait fermer 'oreille et se retirer. Mais la subtilité de la demande l'ayant endue curieuse, elle entra en conversation et elle y périt. La )remière faute de ceux qui errent, ou par l'erreur de l'esprit, ou >ar la séduction et l'égarement de leurs sens, c'est de douter. >atan dit tous les jours, et aux hérétiques, et à tous ceux qui ont entraînés dans leurs voluptés et leurs passions, ce malheueux pourquoi : et s'il lui a réussi contre Eve avant la concunscence et les passions, faut-il s'étonner qu'il ait des succès i prodigieux avec ce secours? Fuyons, fuyons : et dès le prenier pourquoi, dès le premier doute qui commence à se former lans notre esprit, bouchons l'oreille ; car pour peu que nous ;hancelions, nous périrons.
IVe ÉLÉVATION