RÉPONSE D'EVE ET REPLIQUE DE SATAN QUI SE DÉCOUVRE
« Nous mangeons de tous les fruits du paradis ; mais pour 'arbre qui est au milieu, Dieu nous a défendu d'en manger le ruit, et d'y toucher, sous peine de mort. » Telle fut la réponse l'Eve, où il n'y a rien que de véritable, puisqu'elle ne fait que épéter le commandement et les paroles du Seigneur. H ne s'agit lonc pas de bien répondre, ni de dire de bonnes choses, mais
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de les dire à propos. Eve eût dû ne point parler du tout au ten- 1 tateur, qui lui venait demander des raisons d'un commandement suprême, où il n'y avait qu'à obéir, et non point à raisonner. Combien de fois y est-on trompé? Tout en disant de bonnes choses, on s'entretient avec la tentation ; mais il faut rompre commerce à l'instant. C'était le cas, non de résister, mais de pratiquer le commandement de Dieu, et se bien garder, sous prétexte de rendre raison au séducteur, de faire durer le temps de la séduction. Le Fils de Dieu nous a bien donné un autre exemple dans le temps de sa tentation. Les paroles de l'Écriture qu'il allègue ne sont pas un entretien pour raisonner avec le tentateur, mais un refus précis avec cette exécration : Va-t'en Satan. Au lieu qu'Eve curieuse veut raisonner et entendre les raisonnements du serpent.
Aussi voit-il insensiblement augmenter ses forces. Comme il vit qu'Eve était éblouie de la nouveauté, et que déjà elle entrait dans le doute qu'il lui voulait suggérer, il ne garde plus de mesure, et lui dit sans ménagement : « Vous ne mourrez pas ; car Dieu sait qu'au jour que vous mangerez de ce fruit, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. » Il insinuait par ces paroles que Dieu avait attaché au fruit de cet arbre une divine vertu, par où l'homme serait éclairé sur toutes les choses qui pouvaient le rendre bon ou mauvais, heureux ou malheureux. « Et alors, dit-il, par une si belle connaissance, vous deviendrez si parfaits, que vous serez comme des dieux. » De cette sorte, il flatte l'orgueil, il pique et excite la curiosité. Eve commence à regarder ce fruit défendu, et c'est un commencement de désobéissance : car le fruit que Dieu défendait de toucher, ne devait pas même être regardé avec complaisance. « Elle vit, dit l'Écriture qu'il était beau à la vue, bon à manger, agréable à voir » ; elle n'oublie rien de ce qui pouvait la satisfaire. C'est vouloir être séduite , que de se rendre si attentive à la beauté et au goût de ce qui -j lui avait été interdit. La voilà donc occupée des beautés de cet j objet défendu, et comme convaincue que Dieu était trop sévère de leur défendre l'usage d'une chose si belle, sans songer que, le péché ne consiste pas à user des choses mauvaises par leur nature, puisque Dieu n'en avait point fait ni n'en pouvait faire de telles, mais à mal user des bonnes. Le tentateur ne manqua pas de joindre la suggestion, et, pour ainsi dire, le sifflement intérieur à l'extérieur : et il tâcha d'allumer la concupiscence qu'Eve jusqu'alors ne connaissait pas. Mais dès
qu'elle eut commencé à écouter et à raisonner sur un commanîement si précis ; à ce commencement d'infidélité, on peut îroire que Dieu commença aussi à retirer justement sa grâce, ;t que la concupiscence des sens suivit de près le désordre itt'Eve avait déjà introduit volontairement dans son esprit. \insi elle mangea du fruit, et le serpent demeura vainqueur. Q. ne poussa pas plus loin la tentation du dehors ; et content l'avoir bien instruit et persuadé son ambassadeur, il laissa aire le reste à Eve séduite. Remarquez qu'il lui avait parlé ion seulement pour elle, mais encore pour son mari, en lui lisant, non Doint, Tu seras ; et, Pourquoi Dieu t'a-t-il défendu? Vlais : « Vous serez comme des dieux » ; et : « Pourquoi vous i-t-on fait cette défense? » Le démon ne se trompa pas en croyant me cette parole portée par Eve à Adam aurait plus d'effet que ;'il la lui eût portée lui-même. Voilà donc par un seul coup rois grandes plaies. L'orgueil entra avec ces paroles : « Vous ;erez comme des dieux. » Celles-ci : « Vous saurez le bien et le nal », excitèrent la curiosité. Et ces regards attentifs sur l'agrénent et sur le bon goût de ce beau fruit, firent entrer jusque lans la moelle des os l'amour du plaisir des sens. Voilà les trois naladies générales de notre nature, dont la complication fait ous les maux particuliers dont nous sommes affigés, et saint Jean les a ramassés dans ces paroles : « N'aimez pas le monde, û tout ce qui est dans le monde, parce que tout ce qui est dans e monde est, ou la concupiscence de la chair », c'est-à-dire nanifestement la sensualité, « ou la concupiscence des yeux ». pii est la curiosité, ou enfin l'ambition et l'orgueil répandu lans « toute la vie », qui est le nom proDre du troisième vice lont la nature et la vie humaine est infectée.
Ve KLKVATION