‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 106 sur 130 · LA TENTATION ET LA CHUTE D ADAM RÉFLEXION DE SAINT PAUL · texte numérisé non relu

LA TENTATION ET LA CHUTE D ADAM RÉFLEXION DE SAINT PAUL

« Eve prit le fruit et le mangea, et en donna à son mari qui m mangea. » La tentation et la chute d'Adam passe en ce peu le mots. Le premier et le plus beau commentaire que nous

ayons sur cette matière, est celui-ci de saint Paul : « Adam n'a pas été séduit, et Eve a été séduite dans sa prévarication. » Il faut ici entendre en deux sens, qu'Adam ne fut point séduit. H ne fut point séduit, premièrement, parce que ce n'est point à lui que s'attaqua d'abord le séducteur : secondement, il ne fut pas séduit, parce que d'abord, comme l'interprètent les saints docteurs, il céda plutôt à Eve par complaisance que convaincu par ses raisons. Les saints interprètes, et entre autres saint Augustin, disent expressément qu'il ne voulut point contrister cette seule et chère compagne : Sociàli necessitudini paruisse, ni se laisser dans son domestique et dans la mère future de tous ses enfants une éternelle contradiction. A la fin néanmoins il donna dans la séduction : prévenu par sa complaisance, il commença lui-même à goûter les raisons du serpent et conçut les mêmes espérances que sa femme, puisque ce n'était que par lui qu'elles devaient passer à tous ses enfants, où elles ont fait tous les ravages que nous voyons encore parmi nous.

Adam crut donc qu'il saurait le bien et le mal, et que sa curiosité serait satisfaite. Adam crut qu'il serait comme un dieu, auteur par son libre arbitre de la fausse félicité qu'il affectait, ce qui contenta son orgueil; d'où tombé dans la révolte des sens, il chercha de quoi les flatter dans le goût exquis du fruit défendu. Qui sait si alors, déjà corrompu, Eve ne commença pasàlui paraître trop agréable? Malheur à l'homme qui se peut plaire en quelque autre chose qu'en Dieu ! tous les plaisirs l'assiègent, et tour à tour ou tout ensemble ils lui font la loi. Quoi qu'il en soit, la suite va faire paraître que les deux époux devinrent un piège l'un à l'autre, et leur union qui devait être toujours honnête, s'ils eussent persévéré dans leur innocence, eut quelque chose dont la pudeur et l'honnêteté fut

offensée.

VP ÉLÉVATION

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