‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 8 sur 130 · QUE LES FEMMES NE MONTAIENT PAS SUR L'ANCIEN THEATRE · texte numérisé non relu

QUE LES FEMMES NE MONTAIENT PAS SUR L'ANCIEN THEATRE

Au reste, les pièces dramatiques des anciens, qu'on veut faire plus licencieuses que les nôtres, et qui l'étaient en effet jusqu'aux derniers excès dans le comique, étaient exemptes du moins de cette indécence qu'on voit parmi nous, d'introduire des femmes sur le théâtre. Les païens même croyaient qu'un sexe consacré à la pudeur ne devait pas ainsi se livrer au public, et que c'était là une espèce de prostitution. Ce fut aussi à Platon une des raisons de condamner le théâtre en général, parce que la coutume régulièrement ne permettant pas d'y produire les femmes, leurs personnages étaient représentés par des hommes qui devaient, par conséquent, non seulement prendre l'habit et la figure, mais encore exprimer les cris, les emportements et les faiblesses de ce sexe : ce que ce philosophe trouvait si indigne, qu'il ne lui eût fallu que cette raison pour condamner la comédie.

SENTIMENT d'a'RISTOTE

Quoique Aristote, son disciple, aimât aie contredire, et qu'une philosophie plus accommodante lui ait fait attribuer à la tragédie une manière, qu'il n'explique pas, de purifier les passions en les excitant (du moins la pitié et la crainte), il ne laissait pas de trouver dans le théâtre quelque chose de si dangereux, qu'il n'y admet point la jeunesse pouf y voir ni les comédies, ni même les tragédies, quoiqu'elles fussent aussi sérieuses qu'on le vient de voir, parce qu'il faut craindre, dit-il, les premières

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impressions d'un âge tendre que les sujets tragiques auraient trop ému. Ce n'est pas qu'on y jouât alors, comme parmi nous, les passions des jeunes gens : nous avons vu à quel rang on les reléguait ; mais c'est, en général, que des pièces d'un si grand mouvement remuaient trop de passions et qu'elles représentaient des meurtres, des vengeances, des trahisons et d'autres grands crimes, dont ce philosophe ne voulait pas que la jeunesse entendît seulement parler, bien loin de les avoir si vivement représentés et comme réalisés sur le théâtre.

Je ne sais pourquoi il ne voulait pas étendre plus loin cette précaution. La jeunesse et même l'enfance durent longtemps parmi les hommes, ou plutôt on ne s'en défait jamais entièrement. Quel fruit, après tout, peut-on se promettre de la pitié ou de la crainte qu'on inspire pour les malheurs des héros, si ce n'est de rendre à la fin le cœur humain plus sensible aux objets de ces passions? Mais laissons, si l'on veut, à Aristote, cette manière mystérieuse de les purifier, dont ni lui ni ses interprètes n'ont su encore donner de bonnes raisons ; il nous apprendra du moins qu'il est dangereux d'exciter les passions qui plaisent ; auxquelles on peut étendre ce principe du même philosophe, que Y action suit de près le discours, et qu'on se laisse aisément gagner aux choses dont on aime V expression, maxime importante dans la vie et qui donne l'exclusion aux sentiments agréables qui font maintenant le fond et le sujet favori de nos pièces de théâtre.

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