DEUX DIFFICULTÉS TIREES DE L'ÉCRITURE
Première Proposition. — La conduite de David ne favorise pas la rébellion.
David, persécuté par Saiïl, ne se contenta pas de prendre la fuite, mais encore « il assembla ses frères et ses parents ; tous les mécontents, tous ceux qui étaient accablés de dettes, et dont les affaires étaient en mauvais état, se joignirent à lui au nombre de quatre cents, et il fut le capitaine ».
H demeura en cet état dans la Judée, armé contre Saul qui
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l'avait déclaré son ennemi, et qui le poursuivit comme tel avec toutes les forces d'Israël.
H se retira enfin dans le royaume d'Achis, roi des Philistins, avec lequel il traita, et en obtint la ville de Siceleg.
Achis regardait tellement David comme l'ennemi juré des Israélites, qu'il le mena avec lui, les allant combattre, et lui dit : « Je vous donnerai ma vie en garde tout le reste de mes jours. »
En effet, David et ses gens marchaient à la queue avec Achis ; et il ne se retira de l'armée des Philistins, que lorsque les satrapes, qui se défiaient de lui, obligèrent le roi à le congédier.
Il paraît qu'il ne se retira qu'à regret. « Qu'ai-je fait, dit-il à Achis, et qu'avez-vous remarqué en moi qui vous déplaise depuis que je suis avec vous, pour m' empêcher de vous suivre et de combattre les ennemis du roi mon seigneur? »
Être armé contre son roi, traiter avec ses ennemis, aller combattre avec eux contre son peuple : voilà tout ce que peut faire un sujet rebelle.
Mais, pour justifier David, il ne faut que considérer toutes les circonstances de l'histoire.
Ce n'était pas un sujet comme les autres ; il était choisi de Dieu pour succéder à Saul, et déjà Samuel l'avait sacré.
Ainsi le bien public, autant que son intérêt particulier, l'obligeait à garder sa vie, que Saul lui voulait ôter in justement.
Son intention toutefois n'était pas de demeurer en Israël, avec ces quatre cents hommes qui suivaient ses ordres. « Il s'était retiré auprès du roi de Moab, avec son père et sa mère, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de déclarer sa volonté. »
Ce fut un ordre de Dieu, porté par le prophète Gab, qui l'obligea de demeurer dans la terre de Juda, où il était plus aimé, parce que c'était sa tribu
Au reste, il n'en vint jamais à aucun combat contre Saul, ni contre son peuple. Il fuyait de désert en désert, seulement pour s'empêcher d'être pris.
Étant dans le Carmel, au plus riche pays de la Terre sainto, et au milieu des biens de Nabal, l'homme le plus puissant du pays, il ne lui enleva jamais une brebis dans un immense troupeau ; et loin de le vexer, il le défendait contre les courses des ennemis.
Quelque cruelle que fût la persécution qu'on lui fit, il ne perdit jamais l'amour qu'il avait pour son prince, dont il regarda toujours la personne comme sacrée.
o H sut que les Philistins attaquaient la ville de Ceilan et pillaient les environs. H y fut avec ses gens, il tailla en pièces les Philistins, il leur prit leur bagage et leur butin, et sauva ceux de Ceilan. »
« Ses gens s'opposaient à ce dessein. Quoi, disaient-ils, à peine pouvons-nous vivre en sûreté dans la terre de Juda? Que n'aurons-nous pas à craindre si nous marchons vers Ceilan, contre les Philistins? » Mais le zèle de David l'emporta sur leur crainte.
C'est ainsi que, poursuivi à outrance, il ne perd jamais le désir de servir son prince et son pays.
H est vrai qu'à la fin il se retira chez Achis et qu'il traita avec lui. Mais encore qu'il eut l'adresse de persuader à ce prince qu'il faisait des courses sur les juifs ; en effet il n'enlevait rien qu'aux Amalécites et aux autres ennemis du peuple de Dieu.
Quant à la ville que lui donna le roi Achis, il l'incorpora au royaume de Juda; et le traité qu'il fit avec l'ennemi profita à son pays.
Que si, pour ne point donner de défiance à Achis, il le suit quand il marche contre Saiïl ; si, pour la même raison, il témoigne quïl ne se retire qu'à regret, c'est un effet de la même adresse qui lui avait sauvé la vie.
H faut tenir pour certain que dans cette dernière rencontre il n'eût pas plus combattu contre son peuple, qu'il avait fait jusqu'alors. Il était à la queue du camp avec le roi des Philistins, auquel il paraît assez que la coutume de ces peuples ne permettait pas de se hasarder.
De savoir ce qu'il eût fait dans la mêlée, si le combat fût venu jusqu'au roi Achis ; c'est ce qu'on ne peut deviner. Ces grands hommes, abandonnés à la Providence divine, apprennent sur l'heure ce qu'ils ont à faire ; et après avoir poussé la prudence humaine jusqu'où elle peut aller, ils trouvent, quand elle est à bout, des secours divins qui, contre toute espérance, les dégagent des inconvénients où ils semblaient devoir être inévitablement enveloppés.
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