‹ Bossuet (volume 3)Chapitre 18 sur 38 · DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA ROYAUT · texte numérisé non relu

DES DEVOIRS PARTICULIERS DE LA ROYAUT

ARTICLE III

Xe Proposition. — On peut employer la rigueur contre les observateurs des fausses religions; mais la douceur est préférable.

« Le prince est ministre de Dieu. Ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée ; quiconque fait mal le doit craindre comme le vengeur de son crime. » H est le protecteur du repos public qui est appuyé sur la religion ; et il doit soutenir son trône, dont elle est le fondement, comme on a vu. Ceux qui ne veulent pas souffrir que le prince use de rigueur en matière de religion, parce que la religion doit être libre, sont dans une erreur impie. Autrement il faudrait souffrir dans tous les sujets et dans tout l'État l'idolâtrie, le mahométisme, le judaïsme, toute fausse religion ; le blasphème, l'athéisme même, et les plus grands crimes seraient les plus impunis.

Ce n'est pourtant qu'à l'extrémité qu'il en faut venir aux rigueurs, surtout aux dernières. Abia était armé contre les rebelles et les schismatiques d'Israël ; mais, avant que de coin battre, il fait précéder la charitable invitation que nous avons vue.

Ces schismatiques étaient abattus, et leur royaume détruit sous Ézéchias et sous Josias ; et ces princes étaient très puissants. Mais, sans employer la force, Ézéchias envoya des ambassadeurs dans toute l'étendue de ce royaume « depuis Bersabée jusqu'à Dan, pour les inviter en son nom, et au nom de tout le peuple, à la pâque » qu'il préparait avec une magnificence royale. Tout respire la compassion et la douleur dans des lettres qu'il leur adresse, « et quoique ceux de Manassé, d'Ephraïm et d<; Zabulon se moquassent avec insulte de cette invitation charitable », il ne prit point de là occasion de les maltraiter, et il en eut pitié comme de malades.

« Ne vous endurcissez pas, leur disait-il, coutre le Dieu de vos pères ; soumettez-vous au Seigneur, et venez à son sanctuaire qu'il a sanctifié pour toujours ; servez le Dieu de vos pères, et sa colère se détournera de dessus vous. Si vous retournez au Seigneur, vos frères et vos enfants, que les Assyriens tiennent captifs, trouveront miséricorde devant leurs maîtres, et ils reviendront en cette terre : car le Seigneur est bon, pitoyable et clément et il ne détournera pas sa face de vous, si vous retournez à lui. »

« Pour Josias-, il se contenta de renverser l'autel de Béthel, que Jéroboam avait érigé contre l'autel de Dieu, et tous les autels érigés dans la ville de Samarie, et dans les tribus de Manassé, d'Ephraïm et de Siméon, jusqu'à Nephthali. » Mais il n'eut que de la pitié pour les enfants d'Israël, et ne leur fit aucune violence, ne songeant qu'à les ramener doucement au Dieu de leurs pères, et faisant faire d'humbles prières pour les restes d'Israël et de Juda.

Les princes chrétiens ont imité ces exemples, mêlant, selon l'occurrence, la rigueur à la condescendance. Il y a de fausses religions qu'ils ont cru devoir bannir de leurs États sous peine de mort ; mais je ne veux exposer ici que la conduite qu'ils ont tenue contre les schismes et les hérésies. Us en ont ordinairement banni les auteurs. Pour leurs sectateurs, en les plaignant comme des malades, ils ont employé, avant toutes choses, pour les ramener, de douces invitations. L'empereur Constant, fils de Constantin, fit apporter aux donatistes des aumônes abondantes, sans y ajouter autre chose qu'une exhortation pour retourner à l'unité, dont ils s'étaient séparés par un heurtement et une insolence inouïe. Quand les empereurs virent que ces opiniâtres abusaient de leur bonté et s'endurcissaient dans l'erreur, ils firent des lois pénales qui consistaient principalement à des amendes considérables. Us en vinrent jusqu'à leur ôter la disposition de leurs biens et à les rendre intestables. L'Église les remerciait de ces lois ; mais elle demandait toujours qu'on n'en vînt point au dernier supplice, que les princes aussi n'ordonnaient, que dans les cas où la sédition et le sacrilège étaient unis à l'hérésie. Telle fut la conduite du quatrième siècle. En d'autres temps, on a usé de châtiments plus rigoureux ; et c'est principalement envers les sectes qu'une haine envenimée centre l'Église, un aheurtement impie, un esprit de sédition et de révolte, portait à la fureur, à la violence et au sacrilège.

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