‹ BossuetChapitre 14 sur 40 · LES ONZE ANNÉES DE PARIS · texte numérisé non relu

LES ONZE ANNÉES DE PARIS

on vient presque à s'excuser d'avoir répondu point par ]j()iiit aux objections de Ferry.

Je fais — lui dit-il — cette lettre plus longue que je n'avais médité, afin de répondre exactement à un article de la vôtre. Mais puisque j'ai commencé une fois de me jeter sm* la controverse, sans controverse néanmoins autant que je puis, puisque mon intention est plutôt de concilier que de disputer... il faut encore que je vous dise ma pensée sur un mot que vous avez dit à mon père (1).

K'en doutez pas, les saints ont passé par là, François de Sales d'abord, et, après lui, beaucoup d'autres, Condren, Vincent de Paul, Olier, je ne cite que les plus connus. De tels hommes savent et enseignent par leur exemple et le rayonnement de leur charité que, si la discussion reste malheureusement toujours nécessake, le plus sûr moyen de ramener un hérétique n'est pas de l'embarrasser par un dilemme inéluctable ni de l'humilier par un syllogisme triomphant. L'étrange lassitude, la néghgence apparente que M. Rebelliau a si justement remarquée chez les controversistes contemporains de Bossuet, s'explique, en partie du moins, par ce grand mouvement de vie mystique qui attemt à ce moment même son apogée et qui, dès lors, ne cessera plus de décroître. Heure solennelle et qui ne sonnera pas deux fois. La sainteté et le génie travaillent de concert à la réunion des Éghses. Pourquoi faut-il qu'on ait estimé que ces deux forces ne suffisaient point?

La réunion était-elle possible? Pourquoi pas? « De tous côtés on nous quitte, écrivait en 1666 le calviniste Maimbom'g, et ministres et gens de condition ; car je dis qu'on nous quitte quand je sais qu'on est sur le point de nous quitter et qu'on ne fait autre chose que chercher une belle porte pom' sorth' et pour èe retirer. Je suis persuadé aussi bien que vous que l'accord n'est pas impossible (2). )) Oui,

(1) Correspondance, t. I^r, p. 181.

cela pouvait se faire. L.' élite des deux camps tendait certainement à la paix. Les réformés comptaient parmi eux nombre d'hommes excellents. Ferry mort, Claude aurait pu l'emporter sur Jurieu. Leibniz rêvait déjà de confier aux jésuites l'organisation religieuse de toute la terre. Et, de notre côté, quand vit-on jamais semblable pléiade, des prêtres plus charitables, de plus beaux talents? Bossuet à Metz, puis à Paris, puis à la cour ; Fiéchier à Mmes ; près de la massue d'Arnauld, la plume du bénin Nicole; des savants partout ; aux avant-postes de la critique, Richard Simon, le plus redoutable, à mon sens, mais aussi le moins passionné des adversaires de la Réforme ; enfin, bientôt, l'abbé de Fénelon ; avec eux, l'armée des saints inconnus qui, tôt ou tard, ont toujours le dernier mot. Que ne les a-t-on laissés faire ! Qu'avait-on besoin de dragons !

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