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CHAPITRE IV

Sauf pendant les années qu'il a passées à la cour en qualité de précepteur du dauphin, Bossuet a prêché toute sa vie. Chanoine de Metz, on l'invite déjà en dehors de son diocèse, à Dijon par exemple, et à Paris. « A partir de 1659, c'est à Paris qu'il se fait entendre presque toujours. Alors s'ouvre la période la plus féconde, la plus brillante de sa prédication. Cinq carêmes, en 1660 (aux Mmimes), 1661 (chez les Carinéhtes), 1662 (au Lom^e), 1665 (à Saint- Thomas-du-Louvre) et 1666 (à Saint-Germain-en-Laye), dont deux furent prêches devant la cour; quatre Avents dont deux à la cour également, en 1665, au Louvre et en 1669, à Saint-Germain-en-Laye ; une douzaine de Panégyriques, ^lusiems Retraites (V ordination à Saint-Lazare, dans la maison de saint Vincent de Paul ; des séries de conférences religieuses faites pour les gens du monde aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques ou à l'hôtel de Longueville ; plusiers Sermons de profession et de vêture; un grand nombre de Sermons de charité, voilà un aperçu sommaire de son œuvre oratoii'e, entre 1659 et 1670. Et nous ne parlons pas ici des Oraisons funèbres (1). »

De 1670 à 1682, il se tait, sauf dans quelques occasions solennelles (profession de Mie de La VaUière, en 1675 ; sermon sur V Unité de V Eglise, en 1681); puis il reprend, avec une activité merveilleuse, le ministère de la parole. Au du-e de l'abbé Lebarq, il n'aurait pas donné moins

(1) Rebelliau, Sermons cJwisis de Bossuet, p. 10.

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de trois ceuts serinons pendant les vingt-deux dernières années de sa vie. Mais, de ces sermons, la plupart nous sont inconnus, soit qu'ils n'aient jamais été écrits, soit que le manuscrit n'en ait pas été conservé. C'est ainsi que des six volumes qui forment aujourd'hui l'édition provisoii'ement définitive des sermons de Bossuet, — l'édition de l'abbé Lebarq, — les cinq premiers volumes couvrent la période qui nous intéresse présentement (1648-1670). Nous restons donc fidèles au plan qui nous est tracé en mettant ici le lecteur à même d'étudier sur quelques exemples le caractère et le développement de cette incom- ])arable éloquence. Les commentaires admiratifs nous étant heureusement interdits, nous laisserons Bossuct palier lui-même ; mais auparavant il est bon de nous représenter, de notre mieux, Bossuet prédicateur, de le voir lorsqu'il se prépare à monter en chaire, de le voir et de l'entendre lorsqu'il est en chake. Hélas ! sur ce dernier point qui nous intéresse encore ])lus que l'autre, nous sommes réduits à des conjectures d'imagination extrêmement chétives. Ici encore, l'étrange destinée de Bossuet le poursuit, l'accable et nous le dérobe. L'écrivain nous est connu, l'homme nous échappe, et nous ne saurons jamais exactement dans quelle mesure celui-ci ressemble à celui-là. Son geste, sa voix, son action oratoke, son empire sur ses auditeurs, mystère. Je sais bien que cela est un peu vrai de tous ses rivaux et que nous ne pouvons nous flatter de les connaître ni les uns ni les autres ; mais alors même qu'on n'a pas entendu « le monstre lui-même », ou un Démosthène, ou un Cicéron, ou un saint Bernard, un Savonarole, un O'Connel, un Berryer, un Lacordaire, nous avons du moins des témoignagnes certains qui nous donnent une idée de leur séduction et de leur puissance. Defundi adhuc loquuniur. 11 n'en va j)as ainsi pour Bossuet. Son éloquence écrite égale toutes- les autres : pourquoi faut-il que nous ne sachions rien, absolument rien, de son éloquence parlée? Grâce aux souvenirs émus et pittoresques de leurs contemporains, nous voyons, nous entendons Bourdaloue, Mascaron, Fléchier et tant d'autres : aucun

texte du dix-septième siècle ne nous a rendu présente et sensible la prédication de Bossuet.

Mais à sa table, mais avant qu'il monte en chaire, nous le tenons comme s'il était encore là, se préparant, se corrigeant, j'allais dire, se montant et se maîtrisant devant nous. Voici, par exemple, une vive esquisse, débordante, lialetante, ardente, un trésor sans prix.

ESQUISSE d'un sermon

Cum exaltaveritis Fil[ium] ho7n[inis], tune cognoscetis quia ego sum.

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