FRAGMENTS DU PREMIER SERMON
Prêché par Bossuet à Metz, le 21 juillet 1652.
Ut appropinquavit, videns civitatem, flevit super eam dicens : Quia si cognovisses et tu, et quidem in hac die tua, quce ad pacem tihi! Nunc autem ahscondita sunt ai oculis tuis.
Exode.
Comme on voit que de braves soldats, en quelques lieux écartés où les puissent avoir jetés les divers hasards de la guerre, ne laissent pas de marcher dans le temps préfix au rendez-vous de leurs troupes assigné par le général : de même le Sauveur Jésus, quand il vit son heure venue, se résolut de quitter toutes les autres contrées de la Palestine, par lesquelles il allait prêchant la parole de vie ; et sachant très bien que telle était la volonté de son Père qu'il se vînt rendre dans Jérusalem, pour y subir peu de jours après la rigueur du dernier supplice, il tourna ses pas du côté de cette ville perfide, afin d'y célébrer cette pâque éternellement mémorable, et par l'institution de ses saints mystères, et par l'effusion de son sang. Comme donc il descendait le long de la montagne des Olives, sitôt qu'il
put décou\TU* cette fleurissante cité, il se mit à considérer ses hautes et superbes murailles, ses beaux et invincibles remparts, ses édifices si magnifiques, son temple, la merveille du monde, unique et incomparable comme le Dieu auquel il était dédié ; puis, repassant en son esprit jusques à quel point cette ville devait être bientôt désolée, pour n'avoir point voulu suivi'e ses salutaii'es conseils, il ne put retenir ses larmes ; et, touché au \if en 'son cœur d'une tendre compassion, il commença sa plainte en ces termes : a Jérusalem, cité de Dieu, dont les prophètes ont dit des choses si admii-ables, que mon Père a choisie entre toutes les \illes du monde pour y faii'e adorer son saint nom ; Jérusalem, que j'ai toujom'S si tendrement aimée, et dont j'ai chéri les habitants comme s'ils eussent été mes propres frères ; mais Jérusalem, qui n'as payé mes bienfaits que d'ingTatitude, qui as déjà mille fois dressé des embûches à ma vie, et enfin dans peu de jours tremperas tes mains dans mon sang : ah ! si tu reconnaissais du moins en ces jours qui te sont donnés pom' faire pénitence, si tu reconnaissais les grâces que je t'ai présentées, et de quelle paix tu joukais sous la douceur de mon empu-e, et combien est extrême le malheur de ne [me] point sui\Te ! Mais, hélas ! ta passion t'a voilé les yeux et t'a rendue aveugle pour ta propre fchcité : viendra, viendi-a le temps, et il te touche de près,, que tes ennemis t'environneront de remparts, et te presseront, et te mettront à l'étroit, et te renverseront de fond en comble, parce que tu n'as pas connu le temps dans lequel je t'ai visitée, w...
Ce premier sermon renferme un passage très remarquable, 011 le prédicatem' se met longuement en scène et fait une sorte de confession publique. Voici ce passage :
Pour moi, je vous l'avoue, chi'étiens, c'est là mon unique espérance ; c'est là toute ma joie et le seul appui de mon repos. Autrement, datis quels désespoirs ne m'abîmerait pas le nombre infini de mes crimes? Quand je considère le sentier étroit sur lequel Dieu m'a commandé de marcher, la prodigieuse difficulté qu'il y a de retenir, dans un chemin si glissant, une volonté si volage et si précipitée que la mienne ; quand je jette les yeux sur la profondem- impénétrable du cœur de l'homme, capable de cacher dans ses replis tortueux tant d'inchnations corrompues dont je n'aurai nulle connaissance ; enfin quand je vois l'amourpropre faire pour l'ordinaû'e la meilleure partie de mes actions :