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SECOND POINT DU PANÉGYRIQUE DE SAINT FRANÇOIS DE PAULE

Prononcé à Metz, au plus tard en avril 1655 (1).

Ne vous étonnez pas, chi'étiens, si dans une vie si dm'e, si laborieuse, l'admirable François de Paule a toujours un air riant et toujours un rasage content. Il aimait, et c'est tout vous dire ; parce que, dit saint Augustin, « celui qui aime ne travaille pas » : Qui amat, non lahorat. Voyez les folles amours du siècle, comme elles triomphent parmi les souffrances ! Or la charité de Jésus, venant d'une source plus haute, est aussi plus pressante et plus forte : Caritas Chisii urget nos. Et encore que son com's soit plus réglé, il n'en est pas moins impétueux. Certes, il faut l'avouer, mes chers frères, à notre grande confusion, que nous entendons peu ce que l'on nous dit de son énergie. Le langage de l'amour de Dieu nous est un langage barbai-e. Les âmes froides et languissantes comme les nôtres ne comprennent pas ces discom-s qui sont pleins d'une ardeur si divine : Non capit ignitum eloqnium frigidum peetus, disait le dévot saint Bernard. Si je vous dis que l'amour de Dieu fait oublier toutes choses aux âmes qui en sont frappées ; si je vous

(1) Le manuscrit de ce sermon u'a pas encore été retrouvé, mais certains signes nous donnent à espérer que, tel que nous l'avons, il n'aura pas été trop mutilé par les premiers éditeurs. Moins célèbre que le panégyrique de Bernard, ce panégyrique ne semble pas moins admrable. Il y a là, parmi ces « belles théolcgies » sur l'Esprit d'amour, je ne sais quelle humanité, quelle réalisation de la fa.blesse de l'auditoire qui sent délicieuses. Et comme le héros de la fête, parfois oublié en apparence, reste présent !

dis qu'en étant possédées, elles en perdent le soin de leur corps, qu'elles ne songent presque plus ni à rhabiller, ni à le nourrir, comme peut-être vous ne ressentez pas ces mouvements en vous-mêmes, vous prendrez peut-être ces vérités pour des rêveries agréables ; et moi, qui suis bien éloigné d'une expérience si sainte, je ne pourrais jamais vous parler des doux transports de la chaiitQ, si je n'empruntais les sentiments des saints Pères.

Ecoutez donc le grand saint Basile, l'ornement de l'Église orientale, le rempart de la foi catholique contre la perfidie arienne. Voici comme parle ce saint évêque : « Sitôt que quelque rayon de cette première beauté commence à paraître sur nous, notre esprit, transporté par une ra\dssante douceur, perd aussitôt la mémoire de toutes ses autres occupations : il oublie toutes les nécessités de la vie. Nous aimons tellement cet amour bienheureux et céleste que nous ne pouvons plus sentir d'autres flammes. » Fidèles, que veut-il dire, que nous aimons cet amour tout céleste, cœlestem illum ac plane healum ainantes amorem? C'est par l'amour qu'on aime : mais comment se peut-il faire qu'on aime l'amour? Ah ! c'est que l'âme fidèle, blessée de l'amour de Dieu, aimant elle sent qu'elle aime, elle s'en réjouit, elle en triomphe de joie, elle commence à s'aimer elle-même, non pas pour elle-même, mais elle s'aime de ce qu'elle aime Dieu : Cœlestem illum ac plane healum amantes amorem. Et cet amour lui plaît tellement, qu'en faisant toutes ses délices, elle regarde tout le reste avec indifférence. C'est ce que dit le tendre et affectueux saint Bernard, que celui qui aime, il aime : Qui amal, amat « Celui qui aime, il aime ». Ce n'est pas, ce semble, une grande merveille. Il aime, c'est-à-dire, il ne sait autre chose qu'aimer; il aime, et c'est tout, si vous me permettez cette façon de parler familière. L'amour de Dieu, quand il est dans une âme, il change tout en soi-même : il ne souffre ni douleur, ni crainte, ni espérance que celle qu'il donne.

François de Paule, ô l'ardent amoureux! il est blessé, il est transporté ; on ne peut le tirer de sa chère cellule, parce qu'il y embrasse son Dieu en paix et en solitude. L'heure de manger amve : il a une nourriture plus agréable, goûtant les douceurs de la charité. La nuit l'invite au repos : il trouve son véritable repos dans les chastes cmbrassements de son Dieu. Le roi le demande avec une extrême impatience : il a affaire, il ne ])cut quitter : il est renfermé avec Dieu dans de secrètes communications. On frappe à sa porte avec violence; la charité, qui a occupé tous ses sens par le ravissement de l'esprit,

ne lui permet d'entendre autre chose que ce que Dieu lui dit au fond de son cœur dans un saint et ineffable silence. C'est qu'il aime son Dieu, et qn'il aime tellement cet amour qu'il veut le voir tout seul dans son cœur ; et autant qu'il lui est possible, il en chasse tous les autres mouvements. Comme chacun parle de ce qu"il aime, et que l'aimable François de Paule n'aime que ce saint et didn amour, auvssi ne parle-t-il pas d'autre chose. Il avait gravé bien profondément au fond de son âme cette belle sentence du saint apôtre : Omnia vestra in cantate fiant : « Que toutes vos actions se fassent en charité. » Allons en charité, disait-il, faisons par charité : c'était la façon de parler ordinaire que ce saint hoimne avait toujours à la bouche, fidèle interprète du cœur. De cette sorte, tous ses discours étaient des cantiques de l'amour di\ân, qui calmaient tous ses mouvements, qui enflammaient ses pieux désirs, qui charmaient toutes les douleurs de cette vie misérable.

Mais encore est-il nécessaire que je tâche de vous faire comprendi'e la force de cette parole, qui était si familière au saint dont nous célébrons les louanges. Comprenez, comprenez, chrétiens, combien doivent être di\àns les mouvements des âmes fidèles. L'antiquité profane consacrait toutes nos affections et en faisait ses divinités, et l'amour avait ses temples dans Kome, pour ne pas parler en ce lieu de ceux de la peur et des autres passions plus basses. Quand ils se sentaient possédés de quelque mouvement extraorchnaire, ils croyaient qu'il venait d'un dieu, ou bien que ce désir violent était lui-même leur dieu : An sua cuique deus fit dira cupido? Permettez-moi ce petit mot d'un auteur profane que je m'en vais tâcher d'effacer par un passage admirable d'un auteur sacré. Il n'y a que les clu'étiens qui puissent se vanter que leur amour est un Dieu, a Dieu est amour ; Dieu est charité », dit le bien-aimé disciple : Deiis caritas est. « Et puisque Dieu est charité, poursuit-il, celui qui demeure en charité demeure en Dieu, et Dieu en lui » : Et qui 7nanet in cantate, in Deo manet, et Deus in eo. 0 divine théologie! Comprendi'ons-nous bien ce mystère? Oui, certes, nous le comprendi'ons avec l'assistance divine, en suivant les vestiges des anciens docteurs.

Pour cela, élevez vos esprits jusqu'aux choses les plus hautes que la foi chi'étienne nous représente. Contemplez dans la Trinité adorable le Père et le Fils, qui, enflammés l'un pour l'autre par le même amour, produisent un torrent de flammes, un amour personnel et subsistant, que l'Écriture appelle le Saint-Esprit ;

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amour qui est commuu au Père et au Fils, pafce qu'il procède du Père et du Fils. C'est ce Dieu qui est charité, selon que dit l'apôtre saint Jean : Deus caritas est. Car, de même que le Fils de Dieu procédant par intelligence, il est intelligence, et par soi ; ainsi le Saint-Esprit procédant par amour, est amour. C'est pourquoi le dévot saint Bernard voulant nous exprimer que le Saint-Esprit est amour, il l'appelle le baiser de la bouche de Dieu, un fleuve de joie, un fleuve de vin pur, un fleuve de feu céleste, un qui vient de deux, qui unit les deux, lien vital et ^dvant : U^ius ex duohus, uniens ambos, vivificum gluten. En quoi il suit la profonde théologie de son maître saint Augustin, qui appelle le Saint-Esprit le lien commun du Père et du Fils ; et de là vient que les Pères l'ont appelé le saint complément de la Tiinité, d'autant que l'union, c'est ce qui achève les choses ; tout est accompli quand l'union est faite, on ne peut plus rien ajouter.

C'est donc ce Dieu de charité qui est l'amour du Père et du Fils, qui descendant en nos cœurs y opère la charité. « Celui, dit saint Augustin, qui He la société du Père et du Fils, c'est lui qui lie la société et entre nous, et avec le Père et le Fils. Us nous réduisent en un par le Saint-Esprit, qui est commun à l'un et à l'autre, qui est Dieu et amour de Dieu « : Quod ergo commune est Patri et Filio, per hoc nos voluerunt liahere communionem et inter nos et secum, et per illud donum nos colligere in unum quod ambo liaient unum, hoc est, per Spiritum Sanctum, Deum et donum Dei. C'est donc le Saint-Esprit qui, étant dès l'éternité le lien du Père et du Fils, puis se communiquant à nous par une miséricordieuse condescendance, nous attache premièrement à Dieu par un pur amour, et par le même nœud nous unit les uns aux autres. Telle est l'origine de la charité, qui est la chaîne qui lie toutes choses : c'est ce Dieu charité. 11 n'est pas plus tôt en nos âmes, que lui, qui est amour et charité, il les embrase de ses feux, il y coule un amour qui lui ressemble en quelque sorte : à cause qu'il est le Dieu charité, il nous donne la charité. Remphs de cet amour, qui procède du Père et du Fils, nous aimons le Père et le Fils, et nous aimons aussi avec le Père et le Fils cet amour bienheureux qui nous fait aimer le Père et le Fils, dit saint Augustin. Ne vous souvient-il pas de ce que nous disions tout à l'heure, que nous aimons l'amour? C'est le sens profond de cette parole de saint Basile, que nous n'avions pour lors que légèrement effleuré. Ce baiser divin, souvenez-vous que c'est saint Bernard qui appelle ainsi

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le Saint-Esprit, ce baiser mutuel que le Père et le Fils se donnent dans l'éternité, et qu'ils nous donnent après dans le temps, nous nous le donnons les uns aux autres par un épanchement d'amour. C'est en cette manière que la charité passe du ciel en la terre, du cœur de Dieu dans le cœur de l'homme, où, comme dit l'apôtre, « elle est répandue par le Saint-Esprit qui nous est donné ». Par où vous voyez ces deux choses, que le Saint-Esprit nous est donné, et que par lui la charité nous est donnée ; et partant, il y a en nos cœu-rs prenùèrement la charité incréée, qui est le Saint-Esprit, et après, la charité créée, qui nous est donnée par le Saint-Esprit. De là vient que l'apôtre saint Jean, qui a dit que Dieu est charité, dit dans le même endi'oit que la charité est de Dieu : caritas ex Deo est. Car le Saint-Esprit n'est pas plus tôt dans nos âmes, que, les embrasant de ses feux, il y coule un amour qui lui est en quelque sorte semblable : étant le Dieu charité, il y opère la chaiité. C'est pourquoi l'apôtre saint Jean, considérant le ruisseau dans sa source, et la source dans le ruisseau, prononce cette haute parole, que « Dieu est charité », et que, « qui demeure en charité demeure en Dieu, et Dieu en lui ».

Que dirai-je maintenant de vous, ô admirable François de Paule, qui n'avez que la charité dans la bouche, parce que vous n'avez que la charité dans le cœur? Je ne m'étonne pas, clu'étiens, de ce que dit de ce saint personnage le judicieux Philippe de Conmiines, qui l'avait vu souvent en la cour de Louis XI: « Je ne pense, dit-il, jamais avoir \^i honmie vivant de si sainte vie, où il semblât mieux que le Saint-Esprit parlait par sa bouche. » C'est que ses paroles et son action, étant animées par la charité, semblaient n'avoir rien de mortel, mais faisaient éclater. tout visiblement l'opération de l'Esprit de Dieu, souverain moteur de son âme. De Là vient ce que remarque le même auteur, que, bien qu'il fût ignorant et sans lettres, il parlait si bien des choses divines, et dans un sens si profond, que tout le monde en était étonné. C'est que ce Maître tout-puissant l'enseignait par son onction. Enfin, c'était par sa charité qu'il semblait avoir sur toutes les créatiu'es un commandement absolu ; parce que, uni à Dieu par une amitié si sincère, il était comme un Dieu sur la terre, selon ce que dit l'apôtre saint Paul, que « qui s'attache à Dieu est un même esprit avec lui » : Qui aiitem adliœret Domino, unus spiritus est.

C'est une chose admirable, que la miséricorde de notre Dieu ait porté cette majesté souveraine à se rabaisser jusqu'à nous,

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non seulement par une amitié cordiale, mais encore quelquefois, si je l'ose dire, par une étroite familiarité. « Je viens, dit-il, frapper à la porte; si quelqu'un m'ouvre, j'entrerai avec lui, et je souperai avec lui, et lui avec moi » : Ecce sto ad ostium et pulso; si quis audierit vocem meam, et aperuerit milii januam, intrabo ad illum, et cœnaho cum iïlo, et ipse meciim. Se peut-il rien de plus libre? François de Paule, ce bon ami, étant ainsi familier avec Dieu à cause de son innocence, il disposait librement des biens de son Dieu, qui semblait lui avoir tout mis à la main. Aussi certes, s'il m'est permis de parler comme nous parlons dans les choses humaines, ce n'était pas une connaissance d'un jour. Le saint homme François de Pîiule, ayant commencé sa retraite à douze ans, et ayant toujours donné, dès sa tendre enfance, des marques d'une piété extraordinaire, il y a gTande apparence qu'il a toujours conservé Tintégrité baptismale. Et ce sont ces âmes que Dieu chérit, ces âmes toujours fraîches et toujours nouvelles, qui, gardant inviolablenient leur première fidélité, après une longue suite d'années paraissent telles devant sa face, aussi saintes, aussi innocentes, qu'elles sortirent des eaux du baptême. Et c'est, mes frères, ce qui me confond. 0 Dieu de mon cœur, quand je considère que cette âme si chaste, si virginale, cette âme qui est toujours demeurée dans la preinière enfance du saint baptême, fait une pénitence si rigoureuse, je frémis jusqu'au fond de l'âme. Fidèles, quelle indignité ! Les innocents font pénitence, et les criminels vivent dans les déhces.

0 sainte pénitence, autrefois si honorée, dans l'Eghse, en quel endroit du monde t'es-tu maintenant retirée? Elle n'a plus aucun rang dans le siècle : rebutée de tout le monde, elle s'est jetée dana les cloîtres ; et néanmoins ce n'est pas là qu'elle est le plus nécessaire. C'est là que se retirent les personnes les plus pures ; et nous qui demeurons dans les attachements de la terre, nous que les vains désirs du siècle embarrassent en tant de pratiques criminelles, nous nous moquons de la pénitence, qui est le seul remède de nos désordres. Consultonsnous dans nos consciences : sommes-nous véritablement chrétiens? Les chrétiens sont les enfants de Dieu, et les enfants de Dieu sont poussés par l'esprit de Dieu, et ceux qui sont poussés par l'esprit de Dieu, la charité de Jésus les presse. Hélas! oserions-nous bien dire que l'amour de Jésus nous presse, nous qui n'avons d'empressement que pour les biens de la terre, qui ne donnons pas à Dieu un moment de temps

bien entier, chauds pour les intérêts du monde, froids et languissants pour le service du Sauveur Jésus? Certes, si nous étions, je ne dis pas pressés, nous n'en sommes plus à ces termes, mais si nous étions tant soit peu émus par la chai'ité de Jésus, nous ne ferions pas tant de résolutions inutiles : le saint jour de Pâques ne nous verrait pas toujours chargés des mêmes crimes dont nous nous sommes confessés les années passées. Fidèles, qui vous étonnez de tant de fréquentes rechutes, ah! que la cause en est bien visible ! Nous ne voulons point nous faire de violence, nous voulons trop avoir nos commodités ; et les commodités nous mènent insensiblement dans les voluptés : ainsi accoutumés à une vie molle, nous ne pouvons souffrir le joug de Jésus. Nous nous impatientons contre Dieu des m.oindres disgrâces qui nous arrivent, au lieu de les recevoir de sa main pour l'expiation de nos fautes ; et, dans une si gi'ande déhcatesse, nous pensons pouvoir honorer les saints, nous faisons nos dévotions à la mémoire de François de Paule. Est-ce honorer les saints que de condamner leur vie par une vie tout opposée? Est-ce honorer les saints, que d'entendi-e parler de leurs vertus et n'être pas touchés du désir de les imiter? Est-ce honorer les saints que de regarder le chemin par lequel ils sont montés dans le ciel et de prendre une route contraire?

'Figurez-vous, mes frère?, que le vénérable François de Paule vous paraît aujourd'hui sur ces terribles autels, et qu'avec sa gTavité et sa simplicité ordinaire : Clu'étiens, vous dit-il, qu'êtesvous venus faire en ce temple? Ce n'est pas pour m'y rendre vos adorations : vous savez qu'elles ne sont dues qu'à Dieu seul. Vous voulez peut-être que je m'intéresse dans vos folles prétentions. Vous me demandez une vie aisée, à moi qui ai mené une vie toujours rigom'euse. Je présenterai volontiers vos vœux à notre grand Dieu, au nom de son cher Fils Jésus-Cluist, pourvu que ce soit des vœux qui paraissent dignes de cln'étiens. Mais apprenez de moi, que si vous désirez que nous autres amis de Dieu priions pour vous notre commun Maître, il veut que vous craigniez ce que nous avons craint et que vous aimiez ce que nous avons aimé sur la terre. En vivant de la sorte, vous nous trouverez de vi'ais frères et de charitables intercesseurs.

Allons donc tous ensemble, fidèles, allons rendre les vrais honneurs à l'humble François de Paule. Je vous ai apporté en ce lieu des rehques de ce saint homme : l'odeur qui nous reste de sa sainteté et la mémoire do ses vertus, c'est ce qu'il a laissé sur la terre de meilleur et de plus utile ; ce sont les reliques de

son âme. Baisons ces précieuses reliques, enchâssons-les dans nos cœurs, comme dans un saint reliquaire. Ne souhaitons pas une vie si douce ni si aisée ; ne soyons pas fâchés quand elle sera détrempée de quelques amertumes. Le soldat est trop lâche qui veut avoir tous ses plaisirs pendant la campagne : le laboureur est indigne de vivi'e qui ne veut point travailler avant la moisson. Et toi, dit TertulHen, tu es trop délicat chrétien, si tu désires les voluptés même dans le siècle. Notre temps de déUces viendra ; c'est ici le temps d'épreuve et de pénitence. Les impies ont leur temps dans le siècle, parce que leur félicité ne peut pas être éternelle : le nôtre est différé après cette vie, afin qu'il puisse s'étendre dans les siècles des siècles. Nous devons pleurer ici-bas, pendant qu'ils se réjouissent : quand l'heure de notre triomphe sera venue, ils commenceront à pleurer. Gai'dons-nous bien de rire avec eux, de peur de pleurer aussi avec eux : pleurons plutôt avec les saints, afin de nous réjouir en leur compagnie. Gémissons en ce monde, comme a fait le pauvre François : soyons imitateurs de sa pénitence, et nous serons compagnons de sa gloire. Amen.

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