LES ORAISONS FUNÈBRES. LES SERMONS
Les qualités de l'orateur sont celles qu on remarque
le plus en Bossuet; aux yeux de la plupart des lecteurs elle font son plus grand titre de gloire. Les souvenirs que son œuvre laisse chez les moins instruits, sont des souvenirs d'éloquence, empruntés au sublime du genre. Par exemple, les traits suivants sont demeurés dans toutes les mémoires : Un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue... Un homme s'est rencontré... Madame se meurt, Madame est morte... et le fameux exorde de l'oraison funèbre d'Henriette de France : Celui qui règne dans les deux et de qui relèvent tous les empires, etc.
Le retentissment lointain de ces traits admirables fait l'éloge légitime des talents de Bossuet; cependant ils ne le contiennent pas tout entier, ils ne contiennent pas même toute son éloquence ; ce n'en est que la plus brillante partie, les échappées les plus sonores, et, si l'on peut dire, les éclats seulement de son tonnerre, f Ces mots de tonnerre ou de foudre reviennent naturellement quand on parle de l'auteur des oraisons
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funèbres; où n"a-t-on pas répété que Bossuet tonne? Et cela est vrai : mais il ne faut pas s'en tenir là ; ce serait donner de lui une idée trop étroite et en fin de compte le diminuer malgré la hauteur de l'éloge. De plus, de pareils propos égarent la critique : ce mot de tonnerre l'a fait rapprocher de Démosthène. Démosthène ne tonne-i-i\ pas aussi? Cependant rien n'est si différent que le genre de ces deux orateurs. Disons donc que Bossuet dispose, en même temps que de ce tonnerre, d'un flot : flot continu, aisé, limpide, de pensées et d'images. Ce flot compose chez lui ce que j'ai distingué (comme la partie d'exposition de ses ouvrages, (où ne s'entend nul fracas, où ne surgit nulle surprise, où règne une abondance égale et une sereine fertilité." Autour de ces traits rapides et saisissants fixés dans le souvenir de tout les lecteurs, le courant d'éloquence qui fait le corps du discours, déploie une matière admirable, où tout est lumière et action. Cela est vrai de toutes ses productions oratoires, à quelque genre qu'elles appartiennent; toutefois, parce qu'il y a plus de ces mouvements qui surprennent dans les oraisons funèbres que dans les sermons, on peut résumer ce point en disant qu'à côté du Bossuet des oraisons funèbres, il y a le Bossuet des sermons.
Commençons par parler du premier de ces genres.
Ce qui, dans un chapitre de Bossuet orateur donne le premier rang aux oraisons funèbres, c'est que le talent y est à la hauteur des sujets; sujets infiniment illustres, qui font passer sous nos regards quelque chose comme une nécrologie du grand règne. Tout l'appareil de la cour de Louis XIV, toute la gloire de la France prise dans le plus brillant de ses siècles, est représentée dans ces discours, au milieu des teintes
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graves, mélancoliques, divines, de la mort. L'éminence des personnages défunts y jette les plus magnifiques horizons de la politique et de la guerre. Dans loraison funèbre d'Henriette de France, c'est la révolution d'Angleterre ; dans celle du grand Condc, ce sont les campagnes de la guerre de Trente ans; dans celle de Madame duchesse d'Orléans, se montre ce que la cour a de plus gracieux; dans celle de Letellier, ce que la judicaturea de plus austère; dans celle d'Anne princesse Palatine, apparaît l'admirable sérieux de la dévotion de cette époque.
On entend quelquefois objecter à cet éloge, que l'oraison funèbre est un genre faux; parce qu'elle est obligée de parler avec respect de ce qui risque d'être petit; parce que, dans un cadre de grandeur convenue, il lui faut mettre ce que le hasard fournit et qui n'est pas toujours digne d'elle. Faible reproche; car cela revient à dire qu'il faut à l'oraison funèbre, comme à tout autre genre, son sujet. Un Condé est-il indigne d'elle? et si l'on avoue qu'il en est digne, objectera-t-on qu'un si beau sujet n'échoit à l'orateur que par hasard ?N'} a-t-il pas au monde de grands hommes et de grandes choses, pour répondre aux moyens dont l'éloquence dispose, et qu'elle ne tient prêts qu'à leur usage ?
Quoi qu'il en soit, dit-on, l'ouvrage est imposé. Il est vrai, mais les événements publics lui sont une ressource toujours prête. Mais des égards (dit-on encore), lui sont dictés envers les personnes mêmes. Mais (répondrons-nous) ces égards n'ont rien de tyrannique, ils ne reflètent tout au plus que les lois d'une bonne tenue sociale, et ces conventions nécessaires, dont les esprits entêtés et médiocres sont les seuls à s'effarou-
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cher. (Ces égards sont de toute circonstance. Aucun genre d'écrits ne s'en dispense, comme aucune conduite en ce monde n'en est exempte.
Non, la question n'est pas celle-là. Si l'oraison funèbre est un genre difficile, ce n'est pas en vertu de difficultés d'école, que l'on n'agite que dans les classes; mais à cause du devoir essentiel, ressenti de tous ceux qui s'y sont adonnés, d'égaler l'éloquence des faits par des paroles.
« Ce sont les faits qui louent » dit Labruyère.| L'orateur digne de ce nom sent à quel point les mots , y sont naturellement impuissants. Au commencement de l'oraison funèbre des jeunes gens d'Athènes, que Thucydide a rapportée, Périclès fixe en termes admirables l'expression de cet embarras, quand il dit que mieux eût valu se taire, et laisser à des honneurs de fait le soin de célébrer un courage qui s'était 7nontré
par des faits : àvopd»v àvaOwv l'ovco -'Evoasvwv spyw xaC
6r,).o'j70a!. -car T'.;j.à;. La même pensée vient aux lèvres de Bossuet dans l'oraison funèbre de Condé quand, après avoir dit avec lEcriture : leurs seules actions les peuvent louer, il s'écrie : « Toute autre louange languit auprès des grands noms. » La même encore lui vient dans celle d'Henriette de France : « Si les paroles, dit-il, nous manquent, les faits parleront. » Telle est la difficulté du genre; c'est l'obstacle qu'il faut surmonter. Bien loin d'avoir à craindre trop de grandeur dans le discours, il faut redouter sa faiblesse. Ajoutons que c'est à force de la craindre, qu'un Bossuet y porte remède, et fait qu'à travers ses paroles ce sont en effet les faits qui parlent.
Quel sérieux n'apportent pas à la matière qu'il traite Us étonnantes leçons de l'histoire ! Son expression les
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égale, dans ce tableau de la réforme dAngleterre, que couronne le portrait de Gromwell. Quel sérieux plus profond encore ne répandent pas sur ces discours les réflexions de la morale chrétienne ! Gest un point qu'on ne saurait trop remarquer. Dans une conjoncture où la mort semblerait devoir tout effacer et convaincre de vanité tout éloge, la pensée de la résurrection vient à point pour tout rétablir. Elle rend aux affections éprouvées leur objet, à lexistence terminée son but, aux paroles prononcées sur une tombe une pressante utilité. D'autre part Dieu vengeur, dont la justice emplit la pensée de l'assistance, empêche la flatterie de prendre possession du discours : l'éloge se renferme dans de justes bornes, tenu en respect et dominé par l'épreuve redoutable du jugement invisible d'où dépend une éternité.
Dans la chaire catholique c'est le fond de tout le discours, et comme la leçon perpétuelle du genre. « Rois, entendez; instruisez-vous, vous qui jugez le monde : reges intelligite, erudimini qui judicatis terram. » Ce texte de l'oraison funèbre d'Henriette de France est la morale de ces ouvrages : bien différents en cela du Panégyrique de Trajan, ou de celui qu'Isocrate fait d'Athènes, de l'oraison funèbre des Athéniens dans Thucydide, où ne sont envisagés que les gloires et les intérêts de ce monde. Sil fallait apporter quelque trait des anciens en comparaison de nos oraisons funèbres, on le trouverait plutôt dans ce fameux jugement des rois d'iilgypte après leur mort, où les actes du défun se voyaient peser d'un point de vue plus haut que leur règne, et dans les balances d'un avenir qui ressem blait à l'éternité. Elles tiennent quelque chose aussi dujugement de l'histoire, où l'on voit la vie des princes
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dit Bossuet, « exposée aux yeux de tous les liommes ». i\u milieu des égards qu'impose le respect et du ménagement de ces grands deuils, l'oraison funèbre catholique apporte l'essentiel de ces leçons. La conséquence de cela, c'est que la doctrine, c'est-à-dire quelque chose du sermon, s'y insinue et la pénètre, étendant la portée du genre et achevant de le rendre incomparable.
Au vaste dessein qu'il impose quand on le considère ainsi, peut-être faudra-t-il dire que seul le génie de Bossuet pouvait suffire. Aussi devint-il son propre naturellement, et par le simple cours des choses.
La première oraison funèbre quil ait faite^ est celle de Nicolas Cornet, recteur du collège de Navarre et son maître, en 1663; il fit en 1666 celle d'Anne d'Autriche, qui l'avait aimé et protégé, à laquelle on ne prit pas trop garde. En 1669 celle d'Henriette de France, sa protectrice aussi, fut entendue avec la même admiration que nous ressentons à la lire, et Bossuet fut dès lors regardé comme ayant sur tout autre le génie de ces discours. J'ai dit que pour la première fois il fut sollicité de faire imprimer l'ouvrage ^«tJn an n'était pas écoulé, que la princesse fdle de la reine défunte, qui avait voulu que ce discours parût, mourut à son tour. Bossuet, de nouveau requis pour son éloge funèbre, exprima l'effroi général et la désolation causée par ce malheur soudain dans toute la cour. Quand mourut la reine Marie Thérèse (en 1683), on ne crut pas pouvoir trouver de plus digne organe que le sien pour faire honneur au trône de France. Vinrent ensuite les oraisons funèbres d'Anne de Gonsague, princesse Palatine (1685), et de Letellier (1686), puis la dernière (1687) relie du grand Condé, ami parti-
culier de Bossuet, qui couronne Je tout par un chefcUoeuvre.
Telle est la suite entière de ces oraisons funèbres. Les plus célèbres sont celles des deux Henriettes et de Condé : cette dernière à cause principalement des récits militaires qu'elle contient et de son fameux parallèle de Condé et de ïurenne. Dans celle d'Henriette \ d'Angleterre, l'expression de la désolation générale et 1 le tableau de la mort sont connus partout. Les échap- ^ pées de lliistoire jettent dans celle d'Henriette de France une extraordinaire majesté. Mais auprès de ces trois ouvrages il ne convient pas moins de réserver un rang d'honneur, une admiration presque égale, à l'oraison funèbre de la princesse Palatine, pour l'histoire de sa conversion et la réfutation de lincrédulité, qui y est jointe.
Ces ouvrages de Bossuet sont dans les mains de tout le monde, et tout ce qu'on en pourrait citer trouverait le lecteur informé. Il ne sera pourtant pas inutile de fixer Timpression qu'ils causent, en rappelant les parties principales de Toraison funèbre de la duchesse d'Orléans : je veux dire l'exorde, empreint d'un mélange de surprise et de désolation, et le tableau de la mort, qui fait le passage d'une partie du discours à l'autre.
Voici l'exorde ex abrupto :
« J'étais donc encore destiné à rendre ce devoir funèbre à très haute et très puissante, etc.. Elle que j'avais vue si attentive pendant que je rendais le même devoir à sa mère, devait être sitôt après le sujet d'un discours si lamentable... L'eùt-elle cru il y a dix mois ? et vous, messieurs, eussiez vous pensé, pendant qu'elle versait tant de larmes en ce lieu, qu'elle dût sitôt vous y rassembler pour la pleurer elle-même ? »
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Dans un pareif morceau, c'est la note tendre qui ^ retentit. Le ta!)leau de la mort est du genre sombre et sublime; mais dans ce sublime règne un ordre et une gradation de pensées, qui donnent la sérénité. Le mouvement puissant du discours y a lieu au travers de parties si bien liées, et par des transitions si douces, que l'oreille, disons mieux, l'esprit, croit y entendre les accents d'une musique véritable. Et pour user distinctement des lumières offertes par cette comparaison, c'est quelque chose de comparable au passage qui se fait, par exemple, dans la Symphonie en ut miineur de Beethoven, entre le scherzo et le finale : cette dernière partie représentant une espèce de résurrection, après la dégradation douloureuse de l'allégresse et du mouvement. Je trouve dans un article de ?\L Camille Bellaigue sur la musique héroïque, une peinture frappante des eiïets de ce passage dans le morceau :
(( Souvenez-vous, dit-il, de cette faiblesse et de ce froid mortel, de ces pulsations dernières et de cet anéantissement, presque de cette mort; puis de cet afflux mystérieux de la vie q'i revient, et d'un seul coup, mais d'un coup de tonnerre, ranime et ressuscite tout l'organisme sonore. >> Il y a quelque différence ici entre Bossuet et Beethoven : la résurrection, dans l'oraison funèbre de Madam^e, est douce et sereine. Elle peint l'état de l'àme bienheureuse ; si l'on en cherchait quelque image, ce serait plutôt dans le chant après lorage, de la Symphonie pastorale. Sauf cette réserve, tout s'accorde.
L'affaissement qui précède présente trois degrés : les funérailles, le caveau, le sépulcre :
« La voilà... cette princesse si admirée et si chérie^ la voilà telle que la mort nous l'a faite. Encore ce reste
tel quel va-t-il disparaître... elle va descendre à ces sombres lieux, à ces demeures souterraines, pour y dormir dans la poussière avec ces rois et ces princes anéantis... Mais ici notre imagination nous abuse encore... » Suit la description du cadavre ou plutôt du « je ne sais quoi » en qui le complet néant, la nuit complète, s'exprime.
L'orateur reprend :
« C'est ainsi que la puissance divine (e^ ce mo/recommence de faire briller quelque lueur) justement irritée contre notre orgueil, etc.. Peut-on bâtir sur ces ruines? .. ^Mais quoi, tout est-il donc désespéré pour nous ? Dieu [ce mot fait jaillir comme une flamme), qui foudroie toutes nos grandeurs, ne nous laisse-t-il aucune espérance ? Lui aux yeux de qui rien ne se perd {lumière sereine, V aurore paraît), et qui suit toutes les parcelles de nos corps, verra-t-il périr sans ressource, etc?... Ici un nouvel ordre de choses se présente à moi... » C'est le parfait éclat du jour.
« Les ombres de la mort se dissipent. Les voies me sont ouvertes [citation des psaumes) à la véritable vie. Madame n'est plus dans le tombeau; la mort, qui semblait tout détruire, a tout établi. »
Ne laissons pas peser sur un tel examen le soupçon d'inconvenance et de frivolité : il ne s'agit pas ici de vaines harmonies de paroles, il s'agit de liaison profonde, engendrée de la vérité du fond ; il s'agit de l'harmonie des pensées, dont celle du discours n'est que le dehors sincère^ Aussi n'est-il donné d'être éloquent de cette sorte, qu'à celui qui pénètre les choses et la philosophie de la vie ; il y faut le moraliste et le théologien .\
Que si l'on veut après cela apercevoir toute l'étendue de l'instrument que nous admirons, il ne faudra
qu'aller chercher dans l'oraison funèbre de Condé, ces fameux récits des batailles de Rocroi et de Fribourg, et surtout ce ])ortrait du chef, modèle de politique et de morale, où tous les égards dus aux faits de la vie reparaissent, saisis avec une clairvoyance, une sûreté de pratique sans pareilles. « C'était une de ses maximes qu'il fallait craindre les ennemis de loin pour ne plus les craindre de près... Le voyez-vous, comme il considère tous les avantages qu'il peut ou donner ou prendre?... H tire d'un déserteur, d'un transfuge, d'un prisonnier, d'un passant ce qu'il veut dire, ce qu'il veut taire, etc.. » Tels sont les prestiges, telles les leçons, telle la solidité de cette partie de l'œuvre.
^I^Brun eti^e a cru en faire le digne éloge, en appelant Bossuet un poète lyrique. « L'éloquence de Bossuet est essentiellement lyrique » dit-il. Cela lui semble prouvé par les morceaux d'éclat dont sont relevés ces discours. Cependant ces morceaux ne sont qu'une partie de l'œuvre, et de plus, en quoi peuventils avoir pour effet de la déclasser, d'ôter Bossuet du rang des orateurs pour le ranger parmi les poètes lyriques ?
Les traits dont il s'agit, mouvements prompts, vives images, ont toujours été regardés comme l'apanage régulier de l'éloquence; c'est elles qui font dire à Cicéron que Torateur est proche du poète : Finitimus oratori poêla. Ils n'ont rien qui force à changer les désignations ordinaires, et à brouiller les frontières des genres. En outre, la qualification ainsi proposée pour Bossuet offre de grands inconvénients. D'abord elle procède du faux système qui prétend classer les divers génies d'un mot, comme si c'était des espèces animales : oubliant que la raison, organe universel,
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dont chaque génie n'est qu'une manière d'user, établit trop de traits communs, des pénétrations trop générales, pour qu'il soit question de séparer si absolument ceux qu'elle inspire. La brièveté autoritaire de ce classement peut éblouir, mais elle est incapable de satisfaire l'esprit. Taine, que Brunetière ne fait que copier en cela, nous dit tout net que ïite Live est « un orateur ». Vraiment ! Et que sera donc Démosthène? Un historien probablement; et Lamartine? un sermonnaire.
Ne vous moquez pas : c'est tout justement ce que M. Brunetière fait de Lamartine. « L'éloquence de la chaire, dit-il, telle que l'a connue le xvii^ siècle, est devenue de nos jours la poésie lyrique de Lamartine, d Hugo, de Vigny et de Musset. » Et il se met à comparer sérieusement les œuvres de Bossuct orateur aux pièces de vers de ces derniers, au Crucifix, au Désespoi?', à V Espoir en Dieu, à la Prière pour tous, à \ Immortalité. On se demande à quoi ce jeu d'esprit peut bien servir. D'une part il ne révèle rien, les ressemblances qu'il signale n'ayant rien de remarquable : car de tout temps orateurs et poètes se sont partagé les lieux communs de morale ; d'autre part que penset-on prouver par là ? L'identité historique des deux genres ? relais ils ont vécu côte à côte, historiquement distincts, jadis comme aujourd'hui. Est-ce leur identité de raison qu'on veut prouver? Mais les différences sautent aux yeux, et celui qui les néglige ne pourra jamais prétendre qu'au prix du paradoxe ou de l'enfantillage.
Un effet fâcheux de ce paradoxe est de rendre à peu près impossible une explication des sermons.
Tant qu'il ne s'agit que des oraisons funèbres, un
commentaire superficiel peut assimiler tant bien que mal les développements qu'elles contiennent à des effusions poétiques. Il y a des sentiments, il y a des tableaux, que rien n'empêcherait de mettre en vers ; mais les sermons ! Imagine-t-on la Communion pascale ou la Prédestination mise en ode? Méconnaître la partie d'enseignement dans les oraisons funèbres, c'est les mutiler; la méconnaître dans les sermons, «•'est simplement les anéantir. Car l'orateur n'y fait autre chose qu'enseigner, et l'on ne sache pas que tel ait jamais été le soin de la poésie lyrique. Les odes (le Pindare enseignent-elies? Celles d'Horace ou de Malherbe contiennent-elles des démonstrations? Cellesde Ronsard, oumèmedeHugo,sont-ce des pièces de doctrine? Cela cependant n'a pas arrêté l'inventeur d'une si étrange définition. M. Brunetière met en fait que les sermons mêmes sont de la poésie lyrique. Et comment ? C'est qu'ils ne suivent pas (selon lui) l'ordre oratoire ; la liaison logique, l'enchaînement naturel des idées n'y est pas observé, mais un ordre intérieur en particulier.
Ce qu'un sermon de Bossuet nous offre, c'est, dit Brunetière, « la succession de ses états d'âme ». L'ordre qu'il suit a « quelque chose de libre et de tout intérieur, dont le fil nous échapperait si la personne de l'orateur n'en faisait la continuité ». Tel est le tour qu'il a fallu prendre pour justifier une assertion absurde. Cette justification l'est encore plus. Il suffit de lire Bossuet pour reconnaître tout le contraire. L'ordre de ses pensées est ce qu'il y a au monde de plus manifeste et de plus palpable. Le lien qui les assemble est accessible à tout être intelligent, et il n'y a nul besoin de connaître les dispositions de l'orateur pour en saisir la
suite, toujours forte, toujours lumineuse, toujours féconde en leçons aussi sages qu'élevées. Au demeurant on se demandera ce que pourrait bien être un sermon où cet ordre ne régnerait pas, où le prédicateur suivrait ce que le critique appelle pompeusement « l'ordre intérieur», et qui n'est que l'humeur apparemment, l'impulsion du moment, le caprice. Il y aurait beaucoup de chances pour qu'un tel sermon parût moins lyrique que ridicule ; en tout cas il ferait honte à Bossuet et à tout orateur sacré conscient de son devoir, lequel est de toucher et d'instruire, ce qui n*a lieu que par la voie commune. Seulement le critique semble s'être rempli de l'idée d'une parole brillante, hétéroclite et inutile, capable de mériter à Bossuet, qu'il en charge, l'éloge d'un joueur de flûte ou d'un faiseur de tours. Au contraire, Lebarq, qui a mieux connu Bossuet, ne veut pas même pour lui de l'éloge d'avoir recherché pour elles-mêmes les plus saines beautés de l'éloquence. « Jamais Bossuet, dit-il, ne parla pour parler magnifiquement; jamais nous ne l'avons vu ouvrir sa bouche éloquente seulement pour entamer un hymne solennel. )> Bref, Bossuet fut dans ses discours tout autre chose qu'un poète, lyrique ou non.
A la fantaisie qu'on vient de dire, le même critique en ajoute une autre, c'est que l'éloquence de Bossuet comme lyrique fut incompréhensible à ses contemporains. A notre époque seulement, comme possédant l'intelligence de la poésie lyrique, il appartenait d'en sentir la force ; et c'est ce que M. Brunetière a prétendu faire admettre sous le nom retentissant de « modernité de Bossuet. » Mais pour voir combien ces inventions sont frivoles, il suffît de remarquer ({ue le
xv]i° siècle a connu et goûté une poésie lyrique de premier ordre. Les odes de Malherbe d'abord, qui font toute la gloire de ce poète, puis les célèbres chœurs d'Esther et d'Athalie, avec les hymnes et les cantiques de Racine, délient la comparaison de ce qui s'est fait de plus beau en ce genre. Imaginer que l'époque ne brilla point dans la poésie lyrique, ou que le public y fut indifférent, c'est donc tourner le dos à l'histoire. Quant à la fable d'un Bossuet dédaigné dans ses productions oratoires, elle équivaut à mettre en doute la réputation même de Bossuet, avec laquelle fait corps le succès de ses discours : au point qu'une partie du public n'avait gardé de lui que ce souvenir, le souvenir du Bossuet « tonnant », qui ne peut se rapporter qu'à l'orateur. Tout ce qu'on suppose de contraire est donc admis contre l'évidence.
Brunetière croit avancer sa thèse en comptant que dans l'espace de dix ans Bossuet ne prêcha que quatre fois devant le roi, quand Bourdaloue prêcha cinq fois, et Mascaron sept : en conséquence il faudrait admettre qu'on lestimait à proportion moins que l'un et l'autre. Quel raisonnement! Quoi, parce que M. Charmes ou M. Doumic auront fait plus d'articles à la Revue des Deux Mondes dans un laps de temps donné que M. Brunetière, il faudra conclure que M. Brunetière avait moins qu'eux l'estime du directeur de la revue, quoique ce directeur fût M. Brunetière lui-même !
TJneautrepreuvetoutaussi sérieuse dumême critique, que l'éloquence de Bossuet fut dédaignée, est que loraison funèbre d'Henriette de France ne futprononcée qu'à Chaillot, dans une petite chapelle, au lieu de l'être à>»otrc-Dame. Fort bien : mais pourquoi ne pas alléguer aussi l'exiguïté des chapelles du Louvre ou de Saint-
Germain, où le Roi le faisait prêcher devant lui, pour assurer que peu de personnes l'allaient entendre ? L'argument serait de même qualité. A Ghaillot, où la reine était morte, se faisait le service, et la famille y assistait, c'est-à-dire Madame, fdle de la défunte, et le duc d'Orléans, frère du roi, son gendre, auquel Bossuet s'adresse en commençant, par cette parole : Monseigneur.
M. Brunetière objecte encore un fait, c'est que l'abbé Lambert, dans une Histoire liltéraire du siècle de Louis XIV de ce temps-là, énumère les orateurs du règne sans citer Bossuet. Mais quoi, Bossuet était-il si méprisé qu'on lui refusait même mie mention ? Personne ne le croira. Aussi n'est-il pas vrai que l'abbé Lambert l'ait omis ; il la seulement réservé pour le chapitre des théologiens; de quoi M. Brunetière plaisante. Il n'y a pas de quoi, car c'est sa place, et tout classement où l'on prendra pour règle de ne nommer les auteurs qu'une fois, sera obligé de la lui donner. En quoi cela marque-t-il qu'on le juge faible orateur ? Un livre qui rangerait Pascal au chapitre des apologistes à cause des Pensées, serait-il suspect pour cela de dédaigner le polémiste des Provinciales?
Tous les menus faits de cette sorte risquent de mener à l'absurde, s'ils ne sont commentés par le bon sens, ou mis à leur place par une érudition capable d'en rassembler des milliers d'autres. Brunetière na pas cette érudition, sa science est bornée ; et d'autre part le bon sens ne l'écîaire pas, parce qu'il ne cherche qu'à contredire. Deux ou trois faits obscurs jetés devant le public et soutenus de commentaires d'avocat, lui servent à cela, et voilà le procès jugé. Sous couleur de louer Bossuet mieux que les autres et de lui découvrir des mérites inconnus, voilà le \\\f siècle convaincu
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d'injustice à l'égard d'un pareil génie, voilà toute une grande époque diffamée !
llevenons au vrai. A l'évidence de la tradition s'ajoutent, en ce qui concerne la renommée de Bossuet comme orateur à l'époque même, toutes sortes de témoignages précis. On en trouve dans la Gazette rimée de Loret, à propos du carême des Carmélites, et plus anciennement à propos du panégyrique de sainte Thérèse, prononcé à Metz par Bossuet âgé ,de trente ans seulement (1657). En I660, quand il s'agit de prêcher le carême de Saint-Thomas du Louvre, nous voyons qu'il fut décidé que le doyen et plusieurs prêtres de celte église iraient l'en prier « pour lui faire honneur ». Une lettre de Labruyère fait l'éloge de l'oraison funèbre de la princesse Palatine, une de M''"' de Sévigné celui de l'oraison funèbre de Condé. 11 est vrai que celle-ci, parlant du sermon de vêture de M"^ de Lavallière, écrit que Bossuet « ne fut pas aussi divin qu'on l'espérait » : c'est une critique, mais doublée d'un hommage rendu au talent de l'orateur, de qui on attendait davantage. Même elle ajoute : c( ce qui vous surprendra ». Pour peu que Bossuet prît la parole quelque part, on était donc surpris s'il n'était pas « divin » ; ainsi ce qu'on cite quelquefois en témoignage d'une estime diminuée, exprime réellement tout le contraire.
D'autre part la critique d'un inslant, je^ée au cours d'une correspondance, comment prévaudrait -elle contre le concert des louanges ? ^accordons pas au babillage du monde plus d'attention qu'il ne convient. Grammont, revenant de l'oraison funèbre de Condé, dit de mauvaise humeur, au Roi « qu'il revenait de l'oraison funèbre de M. de Turenne ». C'est qu'il
était fâché que Bossuet y eut loué ce dernier. Ce fut le reproche de tout un parti alors. D'autres impressions, qui touchent aussi peu le fond, ont pu se faire sentir dans d'autres occasions. Dans le sermon de vêture de M''^ de Lavallière, peut-être M™*" de Sévigné et quelques dames auront peu aimé le passage d'Isaïe où Dieu menace les fdles de Sion en ces termes : Je ferai tomber tous leurs cheveux. Bossuet prend ce passage pour thème d'un de ses mouvements. « Quoi, dit-il, fallait-il foudroyer et le prendre d'un ton si haut pour abattre des cheveux? » Et il le justifie. Un détail de ce genre peut faire pincer les lèvres, soulever quelque plaisante critique, dont il y aurait trop de sévérité à s'offenser ; mais aussi serait-ce une grande méprise d'ériger cette critique en opinion du siècle.
Venons à l'examen des sermons.
J'ai dit que les traits d'éclat des oraisons funèbres ont éclipsé dans l'opinion commune les qualités que cette partie de l'œuvre révèle. Dans les sermons, où la doctrine tient toute la place, le ton de l'exposition l'emporte naturellement : en conséquence Bossuet n'a pu s'y montrer grand, qu'à proportion que ce ton lui fût aisé. Je répète que ce style, où la simplicité et la sérénité dominent, entrent peu dans l'idée qu'on se fait de l'éloquence de Bossuet. A quoi cela tient-il ? En partie, sans doute, à ce que les sermons n'ont vu le jour de l'impression que fort tard, longtemps après les autres ouvrages de Bossuet : en sorte que le souvenir a pu s'en effacer, pendant que durait celui des oraisons funèbres.
Ce n'est qu'en 1772 que Lequeux et Dom Deforis, de Tordre de saint Benoit, en entreprirent la publication. Les pères des Blancs-Manteaux au Marais, dont était EJeforis, ont achevé avec \\ù ce travail
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Pour se rendre compte de ce qu'il a dû être, considérons que des sermons manuscrits peuvent se présenter en quatre formes : soit recueillis par un auditeur tels qu'ils ont été prononcés; soil revus et mis au net par l'orateur lui-même ; soit en forme de notes préparatoires, quand l'orateur ne parle que d'après des notes ; soit en forme de discours suivi, quand l'orateur, quoique parlant d'abondance, ne laisse pas d'écrire son discours par manière de préparation. Les sermons de Bossuet sont de cette dernière sorte. Ceux dcMassillon ont été revus et corrigés par lui. L'édition complète de ceux de Bourdaloue a subi le même travail de la part de Bretonneau ; celle que l'abbé Griselle a commencée, nous offre la sténographie des auditeurs. Quant à la forme des notes préparatoires, on la trouve aussi chez Bossuet, à côté de celle des discours achevés. C'est la seule que Ledieu, le secrétaire du prélat, ait mentionnée dans ses Mémoires, disant que Bossuet « jetait sur le papier son dessein, son texte, ses preuves, en français et en latin indifféremment, sans s'astreindre ni au tour, ni à l'expression, ni aux figures... Hors les grands panégyriques et peu d'actions d'éclat {discours d'apparat), continue le même auteur, aucun de ses sermons n'a la forme d'un discours achevé, et plusieurs sont en latin. »
Ce témoignage a fait qu'on ne s'est pas d'abord mis en peine de retrouver les sermons de Bossuet. L'édition enfin l'a démenti. L'abbé Lebarq suppose avec apparence qu'en dehors de quelques sermons, qui n'ont eu réellement de préparation que des notes, Ledieu a pris des recueils d'extraits d'auteurs que faisait son maître, pour des brouillons de sermons. Il est certain que son témoignage avait égaré la critique :
mais il est une erreur contraire dans laquelle il ne faut pas tomber, c'est de prendre pour des ouvrages revus et achevés les sermons de Bossuet. J'aitdit qu'il parlait d'abondance ; ce que nous lisons n'est que des préparations; de plus on trouve en quelques endroits, des tiroirs, pièces de supplément ou de rechange dontil faisait usage suivant les cas : adresses au roi, rédactions différentes d'un même point en vue de circonstances incertaines, etc. ; enfin ces rédactions telles quelles ont subi des mutilations. Surtout n'omettons pas les changements de style, de disposition et de choix, que la présence des écoutants inspire dans l'instant où l'on parle. Certaines formes scolastiques dans l'exposition, des références arides, une accumulation de textes, qui se rencontrent dans ces sermons, ont-elles paru dans le discours prononcé ? Je ne crois pas. Je ne crois pas que Bossuet en chaire ait dit par exemple : (V Saint Thomas, en sa seconde de la seconde, question 88... établit cette différence ». Sans doute aussi des transitions comme celle-ci ont été épargnées par lui : « Ces vérités supposées, venons maintenant... » Dans un seul point du sermon de la Charité fraternelle (1660) on ne trouve pas moins de vingt textes ; dans le sermon de la Pentecôte de 1654 figure un texte de treize lignes : il est probable que dans le sermon parlé cet excès de citations fut réduit. Voilà des remarques qu'il ne faut pas omettre quand on lit les sermons de Bossuet : soit pour se garder d'injustes critiques, soit de peur de laisser à de pareils défauts la recommandation de son exemple.
Tels quels, les sermons publiés apportèrent une idée nouvelle de l'éloquence de Bossuet. On l'accueillit médiocfement, en partie parce qu'on eut le tort de ne
pas laire les réserves qui viennent d'être indiquées.
Selon les habitudes d'alors, Deforis s'était appliqué à leur donner fisfure d'ouvrai^es complets, sans violer cependant les règles d'exactitude suivies par les bénédictins : il ne toucha donc pas au texte, et les œuvres de Bossuet ne connurent pas ces corrections de mots et de tournures que celles de Bourdaloue avaient essuyées de Bretonneau, celles de M"'^ de Sévigné de Perrin, celles de Pascal des éditeurs de Port-Royal ; seulement, afin que chaque sermon parût composé comme il faut, on ne put se dispenser de tailler dans tout ce qui portait des redites, et de recoudre les additions plus ou moins lâches et pendantes ; parfois les variantes disparates dun même sermon repris par l'auteur, composèrent un rapetassage unique. L'effet d'ensemblo fut manqué : c'était pourtant celui que demandaient les lecteurs ; on s'explique donc qu'ils aient été déçus, et que Laharpe ait pu écrire que les sermons de Bossuet « ne répondaient pas à la célébrité qu'il s'était acquise dans l'oraison funèbre ». Cette opinion fut admise longtemps; à la fin, elle devait céder aux efforts de l'érudition.
Aux environs de 1860, l'abbé Vaillant, Gandar, revinrent sur cette publication, et, renonçant àprésenter autrement qu'en forme imparfaite des ouvrages que l'auteur n'avait pas terminés, s'adonnèrent sans plus d'embarras au débrouillement définitif. Le généreux écho de Sainte-Beuve fit connaître leur œuvre dans le public. De nos jours, M. Brunetière, dont l'effort devait aller au rebours de ces travaux, en renfermant de nouveau léloge de Bossuet dans quelque chose comme son tonnerre (l'appellation de poète lyrique revenant à cela), s'avisa d'écrire qu'il était superflu d'étudier les
DiMiKR. — Bossuel. 4
maïuiscrits de Bossuet, et qu'il n'3^ avait en pareil cas de sources utiles que limprimé. Cette extraordinaire assertion figure dans la préface d'un choix de Sermons de Bossuet paru en 1882, queM. Michaud a réimprimée. Vingt ans plus tard, une assertion du même genre émanée du même critique devait empêcher la publication en grand des nouveaux textes de Bourdaloue présentés par M. Griselle; à cette époque Brunetière n'était pas encore assez écouté pour que son jugement fit obstacle à des études si nécessaires. Au contraire, six ans ne s'étaient pas écoulés, que l'abbé Lebarq soutenait en Sorbonne, aux applaudissements du monde savant, «a thèse sur les manuscrits de Bossuet, d'où est sortie l'édition définitive des sermons, réimprimée en ce moment par}^!. Lévêque, avec de nouveaux perfectionnements. Dans cette édition, les fragments disparates sont remis en place, et presque toutes les pièces datées ; ceux qui en font usage ne risquent plus en général de se tromper, ni sur le sens, ni sur l'époque ; ils peuvent connaître enfin Bossuet prédicateur.
G'estBossuet appliqué, non plus à l'éloquence dapparat et à l'éloge, à ce que l'ancienne rhétorique nommait le genre épidictiquc, mais à la tâche ordinaire et commune du discours public, qui est de persuader : de persuader en l'occurrence les vérités de la foi et des mœurs. Cela requiert la théologie et la morale : aussi voyons-nous paraître dans cette partie de l'œuvre oratoire de Bossuet, la même matière que dans ses œuvres écrites, telles que Idi Défense de la tradition et des saints Pères, les Elévations sur les Mystères, etc. Il n'y a de changé que la présentation.
J'ai dit qu'il convenait de ne pas lire les sermons de Bossuet tout à fait comme un autre ouvrage : dabord
L ORATEUR ol
parce qu'un assez grand nombre sont des productions de sa jeunesse, qui dans une édition de sa main auraient peut être été corrigées, peut-être supprimées; ensuite parce que nous n'avons le tout qu à l'état de préparation. Beaucoup de ces sermons demandent qu'on les lise seulement, soit porir le plan dont ils offrent le tracé, soit pour les morceaux qui s'y rencontrent. Toutefois les quatre stations prêchées devant le roi, le carême des Minimes et celui des Carmélites composent un ensemble de chefs-d'œuvre presque parfaits. Dans le carême du Louvre, les sermons de la Providence, de la Mort, de l'Ambition; dans celui des Minimes, ceux de la Parole de Dieu, de l'Honneur du Monde, repris l'un et l'autre aux Carmélites, sont des pièces à mettre à côté des oraisons funèbres elles-mêmes. Au sermon de IHonneur du monde, quand il fut prêché aux Minimes, le grand Condé se trouva présent,, et le passage qui lui est adressé nous offre le témoignage illustre de cette rencontre entre ces deux fameux génies. Une incroyable abondance de choses emplit le sermon sur le Devoir de travailler à son salut, de l'avent du Louvre, et celui de l'Aumône, de l'avent de Saint-Germain ; les faits moraux se pressent en foule, merveilleusement illuminés, dans la Charité fraternelle de l'avent de Saint-Germain, et dans la belle espuisse sur la Médisance, de la mission de Metz.
Ceux qui s'attacheront à parcourir un aussi vaste champ avec méthode, feront bien d'y distinguer au passage les parties d'exposition, des exhortations et des peintures. Elles ont une hauteur et une majesté sans égales, elles versent une lumière si pure, qu'on croit voir la doctrine naître et s'offrir d'ellemême, débarrassée de toute contention, de toute dis-
pute, tant le naturel du discours est pariait. Par exemple, dans le carême du Louvre, le second point du sermon de la Purification, qui commence ainsi : « Quoique l'horreur de la mort soit le sentiment universel de toutes les créatures vivantes, il est aisé de reconnaître que l'homme est celui des animaux qui sent le plus fortement cette répugnance... » Dans la Charité fraternelle du carême de Saiut-Germain, cet autre morceau : « Quoique l'esprit de division se soit mêlé bien avant dans le genre humain, il ne laisse pas de se conserver au fond de nos cœurs un principe de correspondance et de société mutuelle qui nous rend ordinairement assez tendre, je ne dis pas seulement à la première sensibilité de la compassion, mais encore aux premières impressions de l'amitié... »
Il faut aussi distinguer la morale, et ces peintures de nos sentiments, où Bossuet s'est montré l'égal des plus profonds comme Pascal, des plus pénétrants comme Montaigne, des plus saisissants comme Labruyère. Dans la Médisance, de la mission de Metz, le premier point à partir de ces mots : « C'est l'orgueil qui nous désunit... » en offre un modèle admirable.
Quant à l'appareil de l'éloquence, l'ancienne rhétorique avait épuisé toutes les formes de louange dans l'éloge des oraisons funèbres : il est le même dans les sermons. Je le prends indistinctement dans les unes et les autres. Ce sont les apostrophes et les prosopopées : « Paraissez, ô croix... Paraissez, ô le désiré des nations... Parle, parle, ô conscience captive... Sainte société des fidèles... Cœur humain, vieux temple d'idoles... » Et encore : « Vive l'éternel, ô grandeur humaine, de quelque côté que je t'envisage... » Il y a d'autres mouvements aussi, rapides et brefs comme la
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nature : « Aussi avait-il pour maxime... écoutez! C'est la maxime qui fait les grands hommes... » Pour les images, qui sont semées partout, il conviendra pourtant de renvoyer à un endroit particulier : celui du plan de sermon de Pâques de l6bo, où les approches de la mort sont dépeintes, et qui commence par ces paroles : « La vie humaine, semblable à un chemin... » Voici la fin de cette extraordinaire et foudroyante allégorie, quelquefois citée, mais point assez connue encore :
« ... Et cependant on voit tomber derrière soi tout ce qu'on avait passé. Fracas effroyable, inévitable ruine. On se console, parce qu'on emporte quelques fleurs cueillies en passant, qu'on voit se faner entre ses mains du matin au soir, quelques fruits qu'on perd en les goûtant. Enchantement. Toujours entraîné, déjà tu approches du gouffre affreux. Déjà tout commence à s'effacer : les jardins moins fleuris, les fleurs moins brillantes, leurs couleurs moins vives, les prairies moins riantes, les eaux moins claires. Tout se ternit, tout s'efface. L'ombre de la mort. On commence à sentir l'approche du goufîre falal. Mais il faut aller. Sur le bord, encore un pas. Déjà l'horreur trouble les sens, la tête tourne, les yeux... Il faut marcher. En arrière! Plus de moyen ; tout est tombé, tout est évanoui, tout est échappé. »
Pour achever de bien connaître les talents de Bossuet, je ne veux pas manquer d'introduire un parallèle souvent repris, celui de Bourdaloue et de lui.
Depuis 1670, Bossuet, occupé d'autres soins, ne prêcha plus guère : c'est alors que Bourdaloue s'empara de la chaire française, et s'en lit en peu de temps reconnaître pour le maître. Les témoignages de ce succès sont sus de tous; on les trouve entre autres en
grand nombre chez M"'^ de Sévigné. Ils ont étonné la postérité, principalement à mesure que les sermons de Bossuet, mieux débrouillés, ont été plus connus. On s'est demandé comment le souvenir d'une pareille éloquence avait pu être concurrencé et en partie effacé par ce qui nous restait sous le nom de Bourdaloue.
Ma^s aussi faut-il dire que l'œuvre de ce dernier ne nous était parvenue que revue et arrangée par Bretonneau, son éditeur, qui l'a gâtée. Gela est établi, depuis que M. Griselle a donné de Bourdaloue de nouveaux textes, que les auditeurs avaient recueillis : textes sans doute fautifs encore, mais préférables à ceux de lancienne édition, et où Ton peut bien dire qu'un Bourdaloue nouveau, plein de verve et de naturel, maître d'une langue aussi flexible que rapide, aussi forte qu'entraînante, apparaît. Les sermons réimprimés de l'Amour de Dieu, de la Rechute, de l'Impénitence finale, surtout de la Prédestination, sont des chefs-d'œuvre égaux à ce qu'on a jamais produit de plus beau en ce genre. Grâce aux lumières qu'ils donnent, rien n'empêche plus de régler la comparaison longtemps pendante, de Bossuet et de Bourdaloue. C'est ce que je vais essayer ici. PX,3^
Considérons dabord que Bourdaloue n'a ni la force d'exposition, ni les mouvements souverains, ni les figures de Bossuet ; la matière morale est admirable chez lui, non pas supérieure pourtant à ce qu'elle est chez Bossuet, qui ne craint à cet égard aucune comparaison. Sur ces différents points Bossuet est, ou égal, ou infiniment supérieur ; toutefois il en est un où Bourdaloue le dépasse, c'estla partie de l'exliortation. J'ai dit qu'exposition, controverse, exhortation, com- / posaient toute la tâche d'un docteur; Bourdaloue
est maître (ians la dernière. Ce n'est pas que Bossuet n'y ait de la force à sa manière. Le transport qu'on éprouve à l'entendre peut mettre en mouvement les volontés; de plus il a sa façon d'animer et de presser ceux qui lécoutent : seulement cette façon ne s'adresse presque qu'à l'esprit, il agit surtout par ses lumières. Les résolutions qu'il inspire sont prises sous l'empire des clartés que fait briller son éloquence, et parce qu'on voit trop bien ce qu'il montre pour n'agir pas. Chez Bourdaloue c'est quelque chose de plus; l'exhortation s'empare de la volonté même ; l'ardeur de faire ce qu'elle commande s'allume au feu môme de l'orateur, se met en mouvement sous ses coups.
Comparez par exemple les deux sermons de la Rechute, ouvrage de l'un et l'autre.
Bossue! trace le tableau de la pénitence, dans laquelle le pêcheur promet sa correction et dit : Faites la loi, f obéis. « Vous l'avez fait, mes frères, souvenezvous-en, ou jamais vous n'avez fait pénitence, ou votre confession a été sacrilège. Vous avez fait quelque chose de plus : vous avez donné Jésus-Christ pour garant de votre parole... Et après la grâce obtenue, vous cassez un acte si solennel. Vous vous êtes repentis de vos péchés, et vous vous repentez de votre pénitence ; vous aviez donné des larmes à Dieu, vous les retirez de ses mains, etc.. Ah! mon frère, j'ai pitié de vous. »
Ecoutez maintenant Bourdaloue : « Tu as péché, tu jures que tu retourneras à Dieu et que tu lui seras fidèle, tu y retournes, il te fait miséricorde : te voilà dans la réconciliation. Un peu de temps après, tu retournes à tes premiers désordres, tu oublies le serment que tu as fait de lui être fidèle. Ah! crains, crains! » Et plus loin : « Voilà l'aveuglement du pécheur. D'abord le péché
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lui paraît sans péril, et après sans remède. Te voilà sur le point de pécher; que vas-tu faire ! perdre ton Dieu. Laissez, laissez, ce n'est rien, je m'en confesserai, j'abandonnerai celte passion quand je voudrai. Mais quand il est question de quitter ce péché, quand on lui dit : Hé quoi ! tu disais que tu fen confesserais ; fais-le donc. — Je ne puis. »
Telle est la différence entre eux. On a essayé de l'exprimer en disant que lun prêchait le dogme, l'autre la morale ; c'est une image de leur éloquence, mais insuffisante : il serait plus juste de dire que, tandis que l'un expose, l'autre exhorte. Ce que Bourdaloue a en plus, dans des passages comme celui qu'on vient de lire, ce n'est ni la clarté, ni la logique (dons au moins égaux chez Bossuet) ; non, c'est une espèce de mise en action, c'est un élément dramatique, si véritablement dramatique qu'il se fait sentir par des dialogues; en cela semblable à ce qu'on trouve par exemple chez Démosthène, où l'exhortation prend à chaque instant cette forme. C'est un signe de vivacité. Pour en mesurer toute l'étendue, considérons que dans le sermon de la Prédestination, Bourdaloue a su tirer de ce dogme, le plus mystérieux, le plus difficile, le plus abstrait de tout l'enseignement catholique, les exhortations pratiques les plus sensibles, les plus ardentes.
Voilà sans doute la cause très naturelle de la popularité de Bourdaloue.
C'est parler sans exactitude que dire qu'à l'époque même il fut préféré à Bossuet; ce dernier faisait sentir en trop de points une supériorité qu'on ne pouvait méconnaître ; la vérité est que Bourdaloue ne put manquer d'être loué avec une ardeur égale à celle que
ses discours inspirent, et que, dans les quinze ans qui suiv rent l'espèce de retraite de Bossuet, on ne songea plus à faire d'autre éloge que le sien. Gela s'explique de deux manières : et parce que Bossuet ne prêchait plus, et parce que l'exhortation, qui fait le principal d'un sermon, rallie naturellement tous les suffrages à qui la possède en perfection. Ce mérite fait sentir ses effets dans le style même. Au lieu de la période de Bossuet, fermée et ajustée à la romaine, ce qu'on trouve dans les textes de Bourdaloue publiés par M. Griselle, c'est tous les rebondissements, tous les entrelacements syntactiques de la phrase grecque. Ici encore nous voyons reparaître la parenté de Démosthène, auquel, entre nos orateurs, Bourdaloue est celui qui ressemble le plus. Bossuet, c'est davantage Cicéron, par son liant, par son abondance, mais aussi avec une hauteur et des foudres que Cicéron n'a jamais connus.
Avons-nous tout dit? Pas encore. Au contraire, il convient d'achever de parcourir ce sujet, en signalant dans l'ordre de la persuasion même, une qualité de Bossuet peu louée et presque inconnue : je parle d'un certain pathétique inspiré de la misère de l'homme, livré à la nature déchue.
C'est comme on sait l'une des inspirations de Pascal ; et rien n'est plus célèbre que l'amertume tragique des paroles qu'elle lui a dictées; Bossuet s'exprime sur ce sujet avec plus de douloureuse tendresse, un déchirement plus voilé. Lisez, pour en prendre l'idée, l'admirable péroraison du sermon sur la Conception, de 1652. L'ora'eur avait vingt-cinq ans. Déjà toute l'inquiétude, tout le tourment, tout le dégoût, toute la détresse de la vie morale lui étaient connus, et il était capable de la peindre avec une vérité complète.
Étrange mystère du génie, phénomène inouï de maturité d'une âme, à qui la science sacrée et la vie intérieure séclairant l'une l'autre, avaient révélé tout l'homme !
Sainte-Beuve a appelé plusieurs fois Bossuet « l'âme la moins combattue qui fût jamais ». C'est ne pas songer que l'âme qui triomphe garde pour elle le secret de ses combats. On ignore quels furent ceux de Bossuet; mais sa prédication démontre qu'aucun jour sur le cœur humain ne lui a manqué. Gomme personne, il a peint les douceurs du monde : « ces délices, ces doux changements, cette variété qui égaie les sens, ces égarements agréables, oi^i ils semblent se promener en liberté » ; sur l'attrait du péché il a des paroles d'une force, dune délicatesse en même temps que d'une retenue sans égale : « ces douceurs et ces complaisances, et tout ce qu'il ne faut pas penser en ce lieu et en même temps répéter dans cette chaire » ; attrait qui n'est pas celui d'un instant, mais qui fait en nous sa demeure : « inclination au bien sensible, née avec nous et enracinée jusque dans nos moelles ». Et voici, contre cet attrait de nature, l'impuissance de la volonté, enchaînée par « la malheureuse alliance du plaisir et de l'habitude », tenue même en échec par « l'aversion du remède ». Sur ce problème de la correction intérieure, quelle profonde et douloureuse parole que celle-ci! « Nous n'avons en noire pouvoir, ni le commencement de l'inclination, ni la fin de l'habitude. »
Tels sont les traits semés dans tout son œuvre oratoire, que projette hors de lui ce sentiment profond, sentiment de ce qu'il nomme dans le morceau annoncé la maladie de la nature.
« C'est la maladie de la nature ; nous en ressentons tous les eiïets... Blessé dans toutes les facultés démon àme, épuisé de forces par de si profondes blessures, je ne fais que de vains efforts. Ai-je jamais pris une généreuse résolution, que l'effet n'ait aussitôt après démentie ? ai-jc jamais eu une bonne pensée, qui n'ait été contrariée par quelque mauvais désir? ai-je jamais commencé une action vertueuse, oii le péché ne se soit jeté comme à la traverse ?... Il est vrai, je sens quelque chose eu moi qui voudrait à mon avis s'élever à Dieu ; mais je sens aussitôt un poids de cupidités opposées qui m'entraînent et qui me captivent... Quand j'entends quelquefois discourir des mystères du royaume de Dieu, je sens mon âme comme échauffée, je ne conçois que de grands desseins, il me semble que je ferai de grandes merveilles. Faut-il faire le premier pas de l'exécution, le moindre souffle du diable éteint cette flamme errante et volage, qui ne prend pas à sa matière, mais court légèrement pardessus. Quoi plus ? Je suis malade à l'extrémité et je ne sens point mon mal. . . Je ne sais pas même déplorer ma misère, ni implorer le secours du Libérateur, faible et altiertout ensemble, impuissant et présomptueux... La philosophie me montre de loin, dans de belles boîtes qu'elle étale avec grande pompe, le baume falsifié de ses trompeuses maximes. La loi retentit à mes oreilles d'un ton puissant et impérieux ; les prédicateurs de l'iwangile m'annoncent les paroles de la vie éternelle : que me profite tout cet appareil ?... Et ne vois-je pas par expérience que je m'opiniàtre contre les commandements ? Lorsqu'on me défend, on me pousse... Enfin tout ce que je lis, tout ce que j'écoute, les prédications, les enseignements, les corrections les plus cha-
ritables. Ce sont des remèdes externes, qui ne coupent pas la racine du mal. »
Et que faut-il donc? La lumière et la componction intérieure : un secours qui, quoique étranger, se fasse sentir du dedans : « J'ai besoin qu'on me touche au cœur, 011 est la source de la maladie » : et c'est à quoi pourvoit la grâce. Tous les autres secours ne touchent que l'écorce de l'âme, ils éclairent l'esprit, montrent le mal du péché, donnent à la volonté les moyens de bien faire : la grâce seule fait qu'elle s'en sert; seule, agissant au profond de nous-mêmes, elle donne, outre le pouvoir, le vouloir. Et cela est finement appliqué par Bossuet à l'efficace de la prédication :
« Le son de la parole frappe les oreilles, dit-il, le maître est au dedans ; on parle dans la chaire, la prédication se fait dans le cœur. » Et traçant ailleurs la voie à la réflexion de ceux qui l'écoutent : « Il ne faut pas, dit-il encore, se recueillir au lieu (de l'âme) oij se goûtent les belles pensées, mais au lieu oi^i se produisent les bons désirs ; ce n'est pas même assez de se retirer au lieu où se forment les jugements, il faut aller à celui où se prennent les résolutions. Enfin, sil y a quelque autre endroit plus profond et plus retiré oit se tienne le conseil du cœur, ou se déterminent tous ses desseins, où l'on donne le branle à ses mouvements, c'est là que, sans s'arrêter à la chaire matérielle, il faut dresser à ce maître invisible, une chaire invisible et intérieure. »
Tout cela mis ensemble compose un guide complet du redressement et, pour suivre la figure de Bossuet, de la guérison de l'âme.
Psycliologie de la concupiscence et du péché, psychologie de la fragilité de l'âme, psychologie du
remède, jamais on n'a remué cette matière avec plus de force, jamais on n'a attaqué l'homme sur le chapitre de sa conversion, d'une façon plus sensible. Ces touches portent plus loin que Pascal. De plus elles marquent une sensibilité plus douce, plus humaine, plus engao^eante ; elles mêlent à la tristesse un rayonnement d'espoir, qui ouvre lïime, tout en la châtiant. N'oublions pas que ces maximes ont leur source plus haut que l'analyse intérieure, plus haut que la clairvoyance morale, dans la théologie même. Elles découlent de saint Augustin ; c'est sur les cimes de ce génie que se ramasse le trésor de ces eaux impétueuses et douces. Bossuet n'a su parler au cœur'avec cet accent pénétrant, que parce quil était plein de la doctrine de la grâce exposée par ce grand docteur. Et de cette provenance s'ensuit un admirable effet ; les principes s'insinuent avec les peintures. Sur ce point particulier de l'amendement du cœur, la morale la plus fine et la plus perçante entraîne avec soi et introduit dans lame la plus sublime théologie.