L'ÉDUCATION DU DAUPHIN
Après les perspectives sévères ouvertes par les pages qui précèdent à travers le génie de Bossuet, celles qui nous découvrent l'humaniste reposeront notre imagination.
L'événement considérable de l'éducation du Dauphin, dont il fut chargé, les ouvrent devant nous : car une éducation ne va pas sans humanités. Seules les humanités détiennent les éléments du perfectionnement de la pensée, de la préparation de l'expérience, seules elles créent en un mot les dispositions de l'esprit nécessaires à l'instruction que la vie réserve. Sans ces dispositions, les données de la vie risquent toujours de nous égarer, par la raison que la valeur des faits sera mal connue, que beaucoup de temps sera perdu à en découvrir les vrais rapports ; bref parce que, les événements se présentant sans ordre au cours de l'existence, rten ne soulage l'expérience comme d'être en possession d'une méthode propre à les ordonner.
Cette méthode s'apprend dans le commerce des
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auteurs qui ont peint les mœurs dos hommes, et qui, soit philosophes, soit orateurs, soit historiens, soit poètes, en ont tiré le trésor de leçons qu'on nomme morale. Ce n'est pas autre chose que l'art de vivre. A côté de la loi du devoir, on y trouve les égards que la vie de société impose, et qui ne sont guère moins importants pour assurer l'homme intérieur dans la pratique du devoir môme. Les auteurs dont il s'agit sont autant et plus les auteurs profanes, que les sacrés : l'antiquité, qui demeure pour nous la grande source d'instruction en cela, n'ayant connu la loi chrétienne que tard, et dans un temps où elle avait perdu une partie de sa perfection. Les rapports de Bossuet avec les auteurs profanes, voilà donc ce que nous considérerons ici. Nous y verrons s'exercer son goût; nous verrons en même temps ce qu'il pense de l'inspiration même des anciens ; nous le verrons porter sur les anciens un jugement de moralité : cela non pas en paroles seulement, mais en acte, puisqu'il s'agit de l'usage requis par une éducation.
L'éducation que Bossuet a donnée au Dauphin est communément l'objet d'un jugement peu favorable. On répète partout qu'elle fut manquée.
Si nous cherchons la raison de cette opinion, nous la trouverons dans l'idée répandue que le Dauphin, qui la reçut, a fait figure de prince médiocre ; mais cette médiocrité, qui l'atteste? Saint-Simon. Le témoignage de ce fameux critique est au fond de ce reproche, comme de tant d'autres qu'on oppose aux hommes de ce temps-là. Mais il est reconnu que Saint-Simon ne fait pas foi ; il n'y a plus aujourd'hui pour le croire sur parole, que ceux qui ne soupçonnent pas les conditions de l'histoire. Dans son livre sur Bossuet précep-
tew du Dauphin (paru en 1864), Floquet lui répond par des témoignages capables de relever à nos yeux l'élève de Bossuet et les leçons qui avaient servi à l'instruire. Limitons-nous ici à renseignement. Savoir si Bossuet sut former le caractère du prince, prendre une première place dans son cœur, en un mot tenir auprès de lui le personnage que Fénelon tint auprès du duc de Bourgogne, n'est pas de quoi il s'agit. C'est un sujet que je ne traiterai pas, étant donné que cette sorte d'action était du ressort, non pas du précepteur, mais du gouverneur du prince, lequel fut le duc de Montausier. On dit qu'il y échoua. Est-il vrai ? Personne n'en sait rien. Une difficulté d'en juger vient de ce que le prince n"a pas régné, et que quantité de princes nont pas laissé de porter dans le gouvernement des qualités que leur vie de princes héritiers n'avait pas montrées. Louis XIV en est un exemple. Du temps de sa minorité et tant que dura le ministère de Mazarin, ct2 prince se fit remarquer par une inapplication, qui cessa tout d'un coup, à l'étonnement de la cour. A l'éloge du Dauphin son fils, nous devons du moins retenir qu'il fut vaillant homme de guerre. Gela se vit dans la campagne du Palatinat de 1688, où cette province d'Allemagne fut occupée par lui en deux mois, et Philisbourg prise. Cette campagne le fit admirer ; le retour de l'expédition fut une espèce de triomphe, au milieu duquel ne cessait de résonner l'éloge de l'affabilité et de Ihumanité du prince, joint à celui de sa hardiesse, de sa fermeté et de sa valeur. En rentrant à Paris, le Dauphin s'arrêta à Meaux ; il s'y était arrêté au départ : deux fois, dans les égards et dans les marques daffection dont il usa envers Bossuet, la France fut témoin des liens que l'éducation du Dauphin mettait entre eux.
Saint-Simon a écrit du prince que « son intelligence fut nulle w : le crédit mérité par celte décision peut dépendre du jugement qu'on fera de Saint-Simon luimême ; mais il ajoute que le prince était « sans connaissances aucunes, incapable d'en acquérir», et cette assertion de fait est fausse. Il ne faut pas alléguer des bavardages de cour, par exemple un propos de M""^ de Maintcnon, que « monsieur le Dauphin, qui à l'âge de cinq ans avait su mille mots latins, n'en savait plus un seul quand il fut maître de lui ». Contre ces propos les faits font preuve. Des lettres anecdotiques manuscrites, que cite Floquet, nous montrent par exemple le prince âgé de vingt ans (1681), lisant devant une partie de la cour, en français, un bref latin du pape, qu'on recevait à l'instant même. Il faut donc que sa science du latin se fût conservée, au rebours du témoignage qu'on objecte. De même pour sa science en histoire, en mathématiques : Floquet en rapporte des témoignages qui ne sauraient laisser de doute. Ainsi à ceux qui vont répétant que ce fut une éducation manquée, nous avons tout ce qu'il faut pour répondre que ce fut au moins un préceptorat heureux.
Le document principal de ce préceptorat est la lettre fameuse écrite par Bossuet à Innocent XI, dans laquelle le prélat, sollicité du pape de lui expliquer son enseignement, expose son plan et sa méthode.
Ces leçons de Bossuet faisaient grand bruit en Europe : quand on sut qu'elles allaient finir, le pontife en envoya ses compliments au maître, qui répondit par cette explication. La lettre constitue le plus beau monument de pédagogie que nous ayons. Si notre enseignement officiel ne sacrifiait les avantages professionnels les plus certains aux intérêts de système et de secte,
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il lui donnerait un premier rang dans ses programmes. Elle y a de bien autres droits que V Essai de Montaigne à Diane de Foix (déclaré périlleux par ceux mêmes qui en imposent la lecture), et surtout que les ouvrages de Rousseau et de Pestalozzi. La lettre traite successivement des chapitres que voici : religion, grammaire, auteurs latins et géographie, histoire, philosophie, logique, rhétorique et morale, sciences naturelles, mathématiques, état du royaume et de toute lEurope. D'autres témoins de cette éducation subsistent dans le Discours sur VHistoire universelle, dans le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, et dans la Politique tirée de V Écriture sainte, composées (comme j'ai dit) dans ce dessein. Il est vrai que les parties les plus faciles seulement de ces ouvrages ont trait à l'éducation du Dauphin. Tels que nous les avons, ils ont été complétés plus tard ; et les parties les plus élevées n'appartiennent pas à cet enseignement. Par exemple, dans le Discours sur V Histoire universelle, une des trois parties, celle des Époques seule, a été enseignée au Dauphin.
Il faut ajouter cette Histoire de France quon joint aux œuvres de Bossuet, procès verbal des leçons du maître sur la matière, rédigé par l'élève, considérable par sa longueur, et qui ne manquerait pas de tenir un premier rang, s'il était l'ouvrage de Bossuet. Mais je ne sais comment on a pu s'attacher à cette conclusion, que n'autorisent ni les témoignages de fait, ni le mérite du livre. On allègue que certaines répliques lancées contre Fénelon dans la querelle du quiétisme, font mention de l'Histoire de France comme d'un propre ouvrage de Bossuet ; mais c'est qu'il s'agissait de la doctrine répandue dans l'ouvrage, où l'adversaire pen-
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sait le prendre en contradiction ; Bossuet ne pouvait nier que cette doctrine fût sienne, bien que la rédaction fût du prince; et sa riposte aurait eu mauvaise grâce, s'il avait pris ce moment de distinguer dans le livre, la rédaction de l'inspiration. Le plus tôt fait était de prendre tout sur lui. Il dit : « ces thèmes que je donnais à monsiem' le Dauphin » ; et il continue : « j'ai rapporté... j'ai dit... » Encore un coup cela ne prouve pas que l'ouvrage soit de sa main. On joint à cela que Ledieu et le propre neveu de Bossuet ont regardé l'Histoire de France comme son ouvrage ; c'est oublier que dans la lettre à Innocent XI, Bossuet lui-môme, non pas son neveu ni Ledieu, s'explique en termes formels sur le point débattu. Il serait singulier que ce témoignage fût le seul dont on ne se mît pas en peine. A nos yeux il doit tout emporter. Le voici :
« Nous' ne lui avons pas donné la peine (au Dauphin) de feuilleter les livres, et à la réserve de quelques auteurs de la nation, comme Philippe de Gommynes et Dubellay, dont nous lui avons fait lire les plus beaux endroits, nous avons été nous-même dans les sources, et nous avons tiré des auteurs les plus approuvés ce qui pouvait le plus servir à lui faire comprendre la suite des affaires. Nous en récitions de vive voix autant qu'il en pouvait facilement retenir; nous le lui faisions répéter; il l'écrivait en français, et puis il le mettait en latin; cela lui servait de thème, et nous corrigions aussi soigneusement son français que son latin. Le samedi il relisait tout d'une suite ce qu'il avait composé durant une semaine; et l'ouvrage cr osant, nous l'avons divisé par livres, que nous lui faisions relire très souvent. L'assiduité avec laquelle '\\\j0m\\i\ m travail l'a mené jusqu'aux derniers règi^^^i blw^ue nous
avons presque toute notre histoire en latin et en français, du style et de la main de ce prince. Depuis quelque temps, comme nous avons vu qu'il savait assez de latin, nous l'avons fait cesser d'écrire l'histoire en cette langue : nous la continuons en français. »
Tel est le texte. N'hésitons pas à dire que ceux qui négligent quelque chose d'aussi net, d'aussi précis et d'aussi autorisé, prennent l'esprit de contradiction pour la critique ; qu'ils sont en proie à cette illusion que l'inédit et le secret doit nécessairement prévaloir sur ce qui est avoué et public. Ils ne songent pas que cela dépend, et des termes du témoignage, et de la moralité du témoin.
Bossuet nous découvre ici dans le détail, l'opération d'où est sortie l'Histoire de France. Supposé qu'une pareille déposition manquât, que pourrait faire de mieux la critique que de fouiller les manuscrits de Bossuet pour l'y rechercher? Nous l'avons ; il n'y a qu'à s'y ranger. Et maintenant tournons-nous du côté de l'ouvrage même ; le jugement qu'il appelle est parfaitement conforme. Il a du lâche et du commun. En aucune hypothèse, personne ne s'avisera de le mettre à côté de l'Histoire universelle ou de l'Histoire des Variations.
Le passage qu'on vient de lire peint au vif la manière dont se donnaient une partie des enseignements de Bossuet ; on y voit le train de la leçon d'histoire, et comment le maître s'y prenait pour réveiller l'attention de l'écolier. Cette attention était paresseuse. Dans les témoignages issus de différentes sources sur les dispositions du prince, nous voyons signaler son inapplication. Bossuet l'appelait une « langueur d'àme )) ; il en a composé une .petite exhortation en latin sous ce
titre : de Incogitcmtia, qui la dépeint. Cette impuissance de l'esprit à se fixer, cette facilité à se perdre de vue lui-même, qui l'empêche de suivre aucun objet, peut être jugée différemment selon les cas. Elle peut venir d'un vide de l'esprit : elle peut venir de ce qu'il est trop plein : dans un cas c'est le défaut de poids qui le fait tourner et voler çà et là, dans l'autre c'est une abondance de sollicitations qui en le tiraillant le paralysent. On ne voit pas que les maîtres du jeune homme en aient trop mal jugé chez lui, ni, tout en le lui reprochant, trop mal auguré de son avenir. Bossuet trouve au prince a l'esprit vif », et quand on le mit au train de ces thèmes sur l'histoire de France, Huet, qui avait part à cette éducation, nous le dépeint comme « ravi de cette jolie et divertissante nouveauté. »
La leçon de religion était écoutée tête nue. On donnait l'évangile à lire au jeune prince : c'était une occasion d'exiger de lui l'application. Son attention commençait-elle à s'égarer, aussitôt le livre lui était ôté des mains, « pour lui enseigner, dit la lettre, qu'il ne le fallait lire qu'avec précaution ». Bossuet poursuit : « Le prince, qui regardait comme un châtiment d'être privé de cette lecture, apprenait à lire saintement le peu qu'il lisait, et à y penser beaucoup. » En histoire, quand les époques auxquelles on l'appliquait, faisaient relation de quelque péril où l'Etat s'était trouve engagé, on suspendait le récit, et l'on demandait au prince comment il eût jugé qu'on en devait sortir. Son avis donné, on retournait à la leçon, et le récit de ce qui avait été fait réellement, prenait un intérêt nouveau.
Les résultats de ces pratiques diverses ont été annoncés plus haut. Nous en voyons aussi l'effet dans
les traits d'enfance que ses maîtres ont rapporté. Bossuet conte dans le Discours sur l'Histoire unwerselle, que le Dauphin, à qui Ion faisait apprendre Ihistoire de César, savait très bien remarquer que César avait conquis la Gaule par art, et sans que les troupes romaines eussent montré plus de valeur que les Gaulois. Quand il connut l'histoire d'Alexandre menant les forces de toute la Grèce rassemblées contre l'empire des Perses» il dit qu'il eût fallu que le Roi en fît autant contre le Turc. Cette idée lui revenait à diverses reprises. Gervais, dans son récit des Études du Dauphin^ rapporte qu'à la vue de la Turquie, dessinée dans la galerie des Cartes, il dit quil fallait anéantir ce peuple, et que cétait laffaire de la France. Ainsi Malherbe, fêtant par avance la naissance d'un autre Dauphin, n'avait trouvé à lui promettre rien de plus beau que l'empire du Liban et du Bosphore.
Ûh î combien lors aura de veuves La gent qui porte le turban !
Ce qu"(»n vient de lire touche l'éducation du prince par le côté de lécolier ; le chapitre des auteurs nous retourne du côté du maître : cha])itre d'autant plus intéressant pour nous, que dans le caractère général de Bossuet, les traits de l'humaniste ne sont pas ce qui domine ; ainsi il n'est personne qui ne soit curieux de savoir comment il en fit les fonctions.
Un humaniste tel que Mélanchton, par exemple, au milieu des tracas de la Réforme. « ressent (dit Bossuet) le plaisir de faire un beau livre m. Pour un homme de ce caractère, l'estime et le commerce des auteurs est tout. Au contraire, pour peu que quelque sujet important l'occupe, Bossuet semble toujours reléguer l'art de
bien écrire au second rang, il a coutume de traiter avec rudesse les poètes, les orateurs, les moralistes mêmes : gens qui réclament l'honneur, dit-il, « parce quils savent arranger des mots, mesurer un vers, ou arrondir une période ». Ces paroles se lisent dans le sermon surTHonneur. Dans le panégyrique de saint Paul, le saint nous est montré qui « rejette tous les artifices de la rhétorique », son discours ne coule pas « avec une douceur agréable », il manque d' « une égalité tempérée » ; l'orateur le loue de s'être mis peu en peine de la « dureté de son style irrégulier ». Avec ce style, avec « cette locution lourde, il ira, dit Bossuet, en cette Grèce poHe, la mère des philosophes et des orateurs, et malgré la résistance du monde, il y établira plus d'églises que Platon n'y a gagné de disciples par cette éloquence qu'on a cru divine. » Le Traité de la Concupiscence contient une longue critique des poètes, 011 Virgile lui-même est blâmé d'une indifférence de doctrine qui lui fait défendre, tantôt le platonisme dans l'Enéide, tantôt lépicurisme dans les Églogues. « Il a contenté l'oreille, il a étalé le beau tour (le son esprit, le beau son de ses vers et la vivacité de ses expressions : c'est assez à la poésie, il ne croit pas que la vérité lui soit nécessaire. » A l'époque où s'écrivaient ces lignes, Boileau venait d'imprimer sa satire sur les Femmes ; il était l'auteur de la satire à Morel, où l'on se moque du peu de raison des hommes : Bossuei ne manque pas de le citer en exemple de la frivolité des poètes, comme ayant décrié le mariage et dénié la raison à Ihomme. La critique de Bossuet remonte jusqu'à Platon : «Platon est-il luimême plus sérieux, qui, ayant connu Dieu, ne le connaît pas pour Dieu ? »
Pour qui ne chercherait quà dresser des contrastes afin d'amuser les lecteurs, il serait aisé de dépeindre d'après cela un Bossuet tirant sur le prophète, en différend avec son siècle sur la matière de l'éloquence, dédaigneux des écoles auxquelles se pliaient les autres, brisant les images des Muses et ne connaissant d'inspiration que celle qui descend en droite ligne du Sinaï; mais les faits ne permettent pas cela. Dans l'ensemble de ses ouvrages, Bossuet suit au contraire les routes battues : les empreintes d'école les plus nettes habitent dans ses premiers sermons ; même les préparations écrites qui nous tiennent lieu de ceux de la meilleure époque, conservent plus de vestiges des classes qu'il ny en a chez Bourdaloue ou chez Massillon. Le devoir d'une critique raisonnable est donc de concilier ce qui semble sopposer ici.
Cela sera aisé, si l'on veut bien prendre garde que les plus grands éloges mérités par les orateurs et les poètes, ne doivent faire oublier à personne les réalités de la vie, qui sont le support de leurs ouvrages. Il ne faut pas que l'amour des lettres, auxquelles les mœurs fournissent leur modèle, et par voie de conséquence leur but, prétende s'en affranchir et ne relever que de lui-même. Cette règle est si peu contraire aux égards dus à l'éloquence, qu'un juge délicat des lettres, comme Sainte-Beuve, en fait l'aveu dans le commentaire même de Bossuet. Après avoir (dans le sermon sur l'Honneur) dépeint le travers des hommes de lettres dans les termes que je viens de citer, le grand orateur s'écrie : « 0 justesse dans la vie, ô égalité dans les mœurs, ô mesure dans les passions ! » Sainte- Beuve, citant le morceau, met ces lignes en italique; il les appelle une a poétique éternelle m ; il ajoute
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(éloge suprême et mérité) qu'elle « découle de plus haut et dérive d'une région plus fixe que chez Horace et Despréaux ». x\insi tout se concilie et s'ordonne dans le vrai ; et le soin de s'affranchir de l'adoration des lettres, apparaît comme la condition même de leur estime solide et de leur usage.
Tout ceci fait qu'on ne s'étonne pas de s^oir Bossuet s'attacher dans la pratique de l'éloquence et du style, à tous les modèles que l'antiquité nous oiïre. Le Panégyrique de Trajan est imité dans toutes ses oraisons funèbres. Dans l'admirable lettre au cardinal de Bouillon sur la Lecture des écrivains poicr former un orateur, il recommande l'étude de Gicéron , de Tite Live , de Salluste, et même d'un poète, qui est Térence. En fait d'auteurs français, il nomme Balzac, les Provinciafes de Pascal, et les traductions d'Ablancourt.
Dans ses sermons il donne l'exemple, en imitant jusqu'aux poètes. Par exemple le passage des trois âges de l'Art poétique d'Horace (repris en vers français par Régnier etparBoileau) est imité trois fois chez Bossuet : dans le sermon de la Loi de Dieu en 1653, dans le panégyrique de saint Bernard (même année) et dans la Passion du carême du Louvre en 1662. La première fois il n'en donne qu'une traduction. « Qu'y a-t-il de plus insensé que la jeunesse bouillante, téméraire et malavisée... ? » L'original latin dit : Cereus in vitium flecti, monitoribiis asper. « Et la vieillesse paresseuse et impuissante... » Dilaior, spe longus, iners. Dans le second endroit, c'est un développement : « Cette force, cette vigueur, ce sang chaud et bouillant, semblable à un vin fumeux, ne leur permet rien de rassis ni de modéré. » Dans le troisième endroit enfin, la matière apparaît digérée, résumée et parfaite. « Une jeunesse
emportée ne songe qu'à la volupté. L'esprit étant mûri tout à fait, on veut pousser sa fortune et on s'abandonne à lambition. Enfin clans le déclin et sur le retour, la force commence à manquer, etc. » Il ny a presque pas de passage célèbre des poètes anciens que Bossuet n'ait imités, le justum ac tenacem proposili virum, où Horace fait le portrait du sage stoïcien ; Yaicdax omnia perpeti où est dépeinte la hardiesse d'invention des hommes ; la fameuse prosopopée de la nature dans Lucrèce, où celle-ci paraît redemandant à l'homme les éléments dont elle l'a formé, pour en recomposer de nouveaux êtres ; le portrait de la figure humaine, d'Ovide : Os homini sublime dédit cœlumqiie tueri. Bossuet traduit ce dernier passage ainsi : « L'homme a la taille droite, la tête élevée, les regards tournés vers le ciel, et cette conformation, qui lui est particulière, lui montre son origine et le lieu où il- doit tendre. »
D'autres traits moins connus sont imités aussi. Dans l'oraison funèbre de Condé, le passage où la postérité est représentée venant visiter les lieux où le héros a combattu est emprunté du panégyrique de Trajan (xv) : « Veniet ergo tempus quo posteri visere... » Le trait qui dépeint le prince allant par les allées de Chantilly accompagné de sa gloire qui « le suivait partout », est un souvenir de Silius Italiens, lequel montre Annibal à table environné de ses batailles de Cannes, de la Trébie et de Trasimène : « Si admoveris ora, Cannas et Trebiam ante oculos... » On ne peut pas toujours en pareil cas mettre l'imitation en fait; la ressemblance des passages pouvant venir d'une rencontre ; mais de telles rencontres même attestent un commerce étroit des auteurs : en sorte que l'incertitude même de l'emprunt accroît l'importance du rapprochement.
Ce qui peut étonner plus encore, ce sont les traits d'antiquité nommément requis dans les sermons. Pline et son panégyrique y sont nommés ; de même Quinte Curce, Aristote, Cicéron, ce dernier avec l'éloge de « maître de l'éloquence ». Des traits de Plutarque sont cités en exemple ; les philosophes sont allégués ; les mœurs militaires des Lacédémoniens servent à l'exhortation morale. Le triomphe du Sauveur dans l'Ascension est opposé au triomphe des anciens Romains; le testament de Jésus-Christ sur la croix est comparé à celui d'Eudamidas, Alexandre est nommé, et même Thalestris, qui vint le visiter afin d'avoir un fils de sa race. Dans l'Histoire des Variations, les réformateurs sont mis en parallèle avec les démagogues d'Athènes. Bref l'œuvre de Bossuetporte témoignage dim commerce continuel avec la pensée antique : ce sont des souvenirs présents et une lumière constante. Et dans ce commerce n'apparaît pas seulement l'approbation du goût, mais encore une estime morale des anciens.
C'est à ce point qu'il faut s'attacher.
Plusieurs croient que la religion catholique engage à refuser cette estime, parce que les Romains étaient païens ; l'autorité de Bossuet pourra aider à les détromper là-dessus. Fénelon y serait moins propre peut-être, car il est suspect de complaisance, et les esprits austères trouveraient peut-être trop de littérature chez lui. Dans sa Lettre à l'Académie, le goût qu'il déploie a tant de prestesse et d'enjouement, le sentiment du beau y est si brillant et si tendre, qu'on peut se demander si le sérieux y est suffisamment gardé ; mais qui douterait que Bossuet soit attentif au fond? Jamais il ne le perd de vue ; jamais l'exercice de l'es-
prit n'est pour lui un divertissement. Convenons d'autre part que le léger excès de Fénelon a sa rançon dans la faiblesse de ses conclusions générales, empreintes de chimère et de chicane. Il nous charme dans le détail et nous impatiente dans l'ensemble; avec moins de plaisir, Bossuet offre plus de sûreté.
Écoutons-le donc sur les anciens. Que dit-il?
Que leur religion fut absurde, et que leur égarement à cet égard les réduit aux seuls éloges des vertus humaines, inutiles au salut éternel. Dans l'Histoire des Variations, Zwingle est repris pour l'audace qu'il eut de mettre au nombre des élus « à la suite des patriarches et des prophètes, Numa le père de l'idolâtrie romaine, Caton qui se tua lui-même comme un furieux... » Les « vertus morales qu'on trouve dans les philosophes et dans les païens » sont pour une part celles qu'on ne doit pas « disputer aux plus grands ennemis de l'Eglise », comme Cranmer. Ajouter que cet état moral inférieur était invincible aux anciens; ils étaient condamnés à n'en point sortir {Histoire universelle^ ii° partie, chap. xxv) : tous les efforts de l'homme ne pouvant suffire à cela. Tel est le jugement qu'on doit faire des Grecs et des Latins, comparés aux modernes instruits dans le Christianisme. Dans ce degré e.xact pourtant, Bossuet ne les prive pas de ses témoignages d'estime. 11 oppose à leur ignorance religieuse leur politesse, leur science des choses profanes, leur sage conduite. « Chose étrange, mais très véritable, les peuples les plus polis avaient les religions les plus ridicules. Ils se vantaient de n'ignorer rien, et ils étaient si misérables que d'ignorer Dieu. Ils réussissaient en toutes choses jusqu'au miracle, sur le fait de la religion ils étaient entièrement insensés. »
L'éloge ne concerne pas seulement la politique, il s'étend jusqu'à l'ordre de l'intelligence ; Bossuet réserve môme ce qui regarde les mœurs, souillées dans leur mythologie, mais dont ils ne laissaient pas de recommander la pureté.
Ce point est très important. Après avoir rappelé « les cérémonies des dieux immortels et leurs mystères impurs. . . les honneurs qu'il fallait rendre à Vénus et les prostitutions qui étaient établies pour l'adorer o, Bossuet ajoute : « Cependant ils détestaient l'adultère dans les hommes et dans les femmes ; la société conjugale était sacrée parmi eux. )> C'est-à-dire qu'en fait de religion seulement ils étaient possédés d' « un esprit étranger», qu'en fait de religion seulement « leur lumière naturelle les abandonnait ». Mieux encore, Bossuet ne refuse pas de connaître un commentaire honnête de la religion païenne, dans la forme communément suivie par les poètes. Contant la guerre de Troie et la part que les dieux y prennent dans le récit d'Homère, il dit que Vénus, c'est-à-dire les plaisirs, étaient du côté de l'Asie. « Du côté de la Grèce était Junon, c'est-à-dire la gravité avec l'amour conjugal, Mercure avec l'économie, Jupiter et la sagesse politique. Du côté de l'Asie était Mars impétueux et brutal, c'est-àdire la guerre faite avec fureur ; du côté de la Grèce était Pallas, c'est-à-dire l'art miUtaire et la valeur conduite par l'esprit. »
Autant de remarques et de vues qui font sentir les bornes de ce qu'on nomme la corruption païenne. Aussi bien fallait-il qu'elle ne fût pas sans limites, à peine de ruiner la société. On ne saurait concevoir des sociétés prospères comme furent celles de l antiquité, bâties sur l'immoralité, sur l'oppression, sur l'injustice. Etudiées
de près, on voit bien que ces désordres y étaient prévenus et réfrénés de plusieurs manières.
Des disciplines extérieures y pourvoyaient : labeur professionnel, application guerrière, amour de la patrie, soin de la famille, et le reste. Aux yeux d'une saine morale, ces disciplines comptentpour beaucoup : l'Eglise elle-même les tient en estime ; loin de les rejeter comme motifs humains, inégaux au pur sentiment du devoir, elle les requiert dans le gouvernement des âmes et s'applique à les sanctifier. A tous ces freins moraux de l'antiquité, convient-il de joindre celui de la philosophie ? Je ne le crois pas, du moins à titre ferme et continu. Au contraire, il me semble que ce point-là est celui où l'antiquité découvre sa faiblesse. Tout ce qu'elle a connu de règles morales effectives, elle les a empruntées de motifs matériels et publics; pour la morale issue de disciphne intérieure, il faut avouer quelle la entrevue ; elle l'a ébauchée même, mais jamais elle n'a pu la constituer, et encore moins la mettre en cours. Cependant une telle morale est le vrai fondement des mœurs ; aussi ne pouvait-elle manquer d'être un effet de la vraie religion.
Concevons la portée de tout ceci. L'antiquité ne doit pas être regardée comme constituée en contradiction, en hostilité positive, avec la vérité chrétienne ; elle n'a rien en soi qui la combatte : et par là tombe le préjugé qui coupe en deux la civilisation, ou, si l'on veut, qui prive la société chrétienne de ses attaches naturelles avec la culture du genre humain. Et pour quel résultat? Celui de la renfermer dans un monde que devaient effectivement troubler la Réforme et la Révolution.
Les erreurs de Tune et de l'autre ont été inconnues
des anciens ; il s'ensuit que l'iiglise trouve pour les combattre, un appui inestimable dans le trésor des maximes que les humanités transmettent. Le romantisme a paru depuis Bossuet : cette corruption de l'éloquence, de la poésie et de la pensée, reçoit son redressement naturel du commerce des auteurs anciens; ces auteurs méprisés, l'esprit se défend mal contre les séductions ressenties de cette école; il s'ensuit que tout discrédit jeté sur l'antiquité à cet égard sera payé chez nous d'une décadence certaine. Attachons-nous donc fermement à la discipline des anciens, en prenant garde toutefois que ce qui nous est offert sous ce nom soit la vraie pensée de l'antiquité, exempte de déformation introduite par les commentaires : telle par exemple que l'ont faite au siècle dernier les interprétations de l'Allemagne.
Par exemple, la religion des anciens ne doit pas être assimilée à une adoration de la nature, espèce de panthéisme, plus ou moins varié et enluminé de mythologie ; rien ne différant autant du panthéisme que le polythéisme grec. Historiquement, Bossuet a fort bien remarqué que ce polythéisme n'a paru s'en rapprocher, que dans le néoplatonisme au iii^ siècle, quand « l'unité de Dieu recherchée au sein du paganisme même aboutissait à mettre Dieu dans le monde... Que trouvait-on à la lin, sinon que ce dieu unique était l'univers avec toutes ses parties, de sorte que le fond de la religion était la nature ? » Encore une fois, telle ne fut pas la pensée religieuse des anciens. Et quant à leur morale, elle ne fut pas davantage abandonnée à des conseils de volupté. Vrai disciple en cela de l'imposture allemande, Renan s'est trompé de ces deux manières dans sa Prière sur l'Acropole; et ce mor-
ceau peut être regardé comme la somme des erreurs à fuir à cet égard.
Ajoutons cette autre précaution, qu'il faut que l'enseignement catholique supplée ce qui manque à de telles leçons en fait de discipline intérieure.
L'abbé Gaume, qui voulut proscrire par scrupule religieux les auteurs païens de l'enseignement des classes, en donne entre autres raisons, dans son livre du Ve?' rongeur, que Napoléon devenu, incrédule à treize ans, en accusait la mythologie, à cause du discrédit qu'elle jette en général sur toute religion. Mais qui croira que ce discrédit eût eu lieu, si une véritable éducation chrétienne eût été reçue de celui qui parle ainsi? Mille enfants ont appris à la fois la mythologie et le catéchisme, sans être tentés d'égaler l'un à l'autre. Non vraiment, le sérieux dune religion bien comprise n'a rien à craindre des humanités païennes ; au contraire, si ce fond est solidement assis, elles ne pourront que l'affermir. La religion tient le premier rang dans la lettre à Innocent XI ; les humanités coulent ensuite sans inconvénient ni danger. En un mot, il faut regarder l'antiquité comme le secours humain de la pensée; ce que la religion y ajoute, y trouve toutes les correspondances dont elle a besoin pour s'établir : cela jusque dans les notions éparses de sa morale, juste malgré son insuffisance.
Faisons un pas de plus, à rencontre du même préjugé. L'aversion ressentie chez plusieurs, pour les anciens en général, se confirme de la haine de l'empire Romain, portée quelquefois à ce point, qu'on ose louer les Barbares de l'avoir détruit. On les loue au nom des nations, qu'ils auraient, dit-on, affranchies; on les loue même au nom de la religion chrétienne, qu'ils auraient
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aidé à s'établir. Ce sont là de singulières rêveries : elles courent pourtant, et l'on ne peut les omettre. On ne peut omettre, en parlant deBossuet, de dire qu'elles n'habitent pas chez lui.
L'antiquité chrétienne ne les a pas connues. Saint Augustin comme saint Jérôme ont professé au contraire l'estime de l'empire Romain. Même, l'attachement de cet empire au paganisme, qui fit persécuter l'Eglise et verser le sang des martyrs, ne lui est pas imputé chez ces pères comme tenant à son principe : ce qu'ils en accusent est la malice du monde en général, le siècle et non pas l'empire. La fameuse corruption romaine, trait de la décadence impériale, représentée par Couture dans un tableau célèbre et dont les imaginations se sont remplies pendant un demi-siècle depuis 1848, n'a pas non plus de mention chez eux. De nos jours, Fustel de Coulanges a reculé ce propos au rang des fables ; or Bossuetn'y croit pas plus que lui.
Il faut lire dans le Discours, au chapitre vi des Empires, le bel éloge qu'il fait de l'administration impériale et du régime qui s'ensuivit, si magnifiquement nommé la paLx romaine. Il faut voir aussi le soin qu'il prend de ne pas diminuer l'éloge humainement mérité par plusieurs des empereurs sous qui les chrétiens furent persécutés.
« Marc Aurèle, dit-il, malheureusement prévenu des calomnies dont on chargeait le christianisme, fit mourir saint Justin, etc.. La souveraine puissance fut donnée à Valérien, et ce vénérable veillard y monta par toutes les dignités. Il ne fut cruel qu'aux chrétiens... » Et ce n'est pas seulement à décharger l'empire que l'auteur s'applique amsi ; il le fait voir apportant son concours à l'établissement du christianisme.
DiuiER. — Bosàuet. 8
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li fallait, dit-il, l'élargissement de l'empire « pour que les arts de la Grèce fussent révélés à toutes les nations, pour que les lois de Rome fussent répandues dans tout l'Occident, pour que le sentiment de l'humanité et de la charité prît racine dans les cœurs ». Au livre des Epoques, chacun connaît l'admirable passage oii sont énumérés les faits précédant la venue du Sauveur. Bossuet en compose comme une avenue, au bout de laquelle brille cet événement suprême ; et cette avenue n'est pas seulement pour le discours : la fin des guerres civiles et le bienfait de l'empire, pacifié et prospère sous le sceptre d'Auguste, y sont dépeints comme la chaîne historique à laquelle, dans l'ordre des temps la Providence a lié Jésus-Christ. L'empire Romain y apparaît comme une disposition spéciale des desseins de Dieu sur le monde, pour la commodité de l'apostolat chrétien.
Et cependant cet empire fut détruit. La Providence, qui l'avait élevé, l'abattit. Bossuet ne laisse pas ce fait sans commentaires, et son explication suit l'histoire jusqu'au bout. Celui qui souhaitera de s'en instruire à fond, devra en aller chercher le reste dans les chapitres XIII, XVII et XVIII de \' Explication de V Apocalypse, l'un des plus savants et des plus beaux ouvrages du grand évêque.
Le péché d'idolâtrie, dans lequel Rome avait grandi, devait la condamner à périr, malgré son éloge mérité. Il fallait cet exemple au monde. Bossuet en trouve la prédiction dans l'ouvrage de saint Jean, où la bête, puis la prostituée, qu'on adore, représentent Rome, déclarée déesse aux yeux des peuples. La seconde bête, qui la fait adorer, est la secte néoplatonicienne de Plotin, de Porphyre et de Jambhque, ennemie du
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christianisme naissant, qui s'efforça de restaurer l'idolâtrie en lui donnant un nouveau tour. Or toutes les causes de la destruction de Rome, dans l'explication de Bossuet, se ramènent à ce seul péché. Les images mêmes dont use la prophétie pour représenter Rome, ne doivent pas selon lui recevoir d'autre sens. « Si elle est représentée, dit-il, sous la forme d'une prostituée, on reconnaît le style de 1 Ecriture, qui marque l'idolâtrie par la prostitution. S'il est dit de cette ville superbe qu'elle est la mère des impuretés et des abomùiations de la terre, le culte de ses faux dieux, qu'elle tâchait d'étabhr avec toute la puissance de son empire, en est la cause. »
Ainsi, jusque dans le commentaire des sanctions divines exercées contre Rome, Bossuet limite de la façon la plus précise le reproche encouru par elle, au plan de la religion ; le point de vue politique, celui de la morale humaine, matière à tant de déclamations chez les auteurs mal instruits, est exclu. Ce trait achèvera de découvrir la pensée de Bossuet là-dessus ; dans un esprit où tout est clair et se tient, il ôte toute équivoque du jugement essentiel formé par lui sur les humanités.
Ce qu'il en fut dans sa pratique, on peut le définir assez bien, en disant qu'il les a intimement mêlées à l'étude des Saints Livres et des Pères. Si l'on voulait en croire la critique romantique, ce serait des sources qu'on ne pourrait accorder : cependant leurs ondes chez Bossuet se rencontrent et se mêlent sans difficulté.
Avec l'aisance la plus parfaite, il fait se joindre Homère et la Bible. « Les mœurs antiques qu'Hésiode et Homère nous représentent, dit-il, et les vestiges qu'ils gardent encore avec beaucoupde grandeur de l'ancienne
simplicité, ne servent pas peu à nous faire entendre les antiquités beaucoup plus reculées et les divines simplicités de l'Ecriture. »
Un point plus délicat est celui de Talliance des Pères avec la meilleure tradition des lettres anciennes, dont le mauvais goût de leur temps les sépare. Mais ce mauvais goût eut ses attaches premières dans quelques-uns des auteurs classiques ; et l'époque impériale, durant laquelle il s'annonce, n'est pas exclue des humanités.
Sénèque, Tacite et Juvénal ont déjà quelques-uns des défauts de saint Augustin. Remarquez d'autre part que notre littérature est issue justement de cette époque mipériale, et que nos écrivains en ont reproduitles traits naturellement et comme d'instinct, aussi souvent quun soin particulier ne les a pas ramenés aux leçons de Cicéron et de Virgile. Cet effort est ce qui signale les auteurs du temps de Louis XIV. A Corneille, qui imita Lucain, Racine fait succéder le goût de Virgile et des Grecs. Les Provmciales restaurent le dialogue de Platon ; Boileau corrige Juvénal par Horace ; Lafontaine fait sentir la simplicité grecque ; à Montaigne, qui est tout Sénèque, c'est-à-dire sentence et paradoxe, Bossuet fait succéder l'ampleur et le naturel de Cicéron.
Les Pères sont pleins de ces sentences et de ces pointes : cependant la doctrine chrétienne est là. La tâche de Bossuet fut de n'en rien laisser perdre en corrigeant leur expression. D'une main délicate, il avait pour devoir d'opérer en plusieurs endroits, les jointures du goût et d'un certain naturel dans la pensée, d'ôter les apparences d'un paradoxe verbal, de rétablir dans le langage la simplicité des perspectives : cela d'autant plus nécessairement, que ses auteurs préférés
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étaient les plus sujets à critique à cet égard : c'est saint Augustin, trop subtil, etTerlullien, trop fougueux.
Chose curieuse et qui vaut un moment datlention. Bossuet n'a pas laissé d'aimer le second pour son style même. Dans saint Augustin, ce n'est pas l'expression, c'est la théologie qu'il affectionne, et cela va sans difficulté; dans ïertuUien, ce sont les termes mêmes qui, d'abord empruntés parlui,eurentàêtrecorrigés ensuite. Gandar a relevé quelques-uns de ces mauvais termes : « le souverain grand », pour désigner Dieu, V « illuminateur des antiquités », pour désigner Jésus-Christ. Plus tard, les mêmes citations revenant, Bossuet a supprimé ces mots-là. Sainte-Beuve signale aussi ce qu'a de bizarre ce passage (traduit de Tertullien; du panégyrique de sainte Thérèse : « La vie du Sauveur était un festin dont tous les mets étaient des tourments... mais sa mort ne suffisait pas à ce merveilleux appétit )y. B-e^venani le passage dans le sermon des Rameaux du Carême des Carmélites, Bossuet dit sim plement : 'ne suffisait pas à cet appétit de souffrances.
Des différences de ce genre entre une version et l'autre, peuvent donner l'idée du travail que son goût opérait sur l'éloquence des Pères : goût parfait, qui ne souffre aucune négligence, et pour qui le respect de la langue (mis si haut dans l'Art poétique de Boileauj est absolu. Use-t-il de néologismes, requis pour la clarté de quelque explication, il en demande la permission. Dans le livre des Variations, il s'excuse sur le mot d'inamissibilïté ; l'usage du mot de conscience, pour connaissance de soi, nouveau alors, est excusé. Aussi voit-on sortir de sa plume au courant du discours, des définitions du goût les plus justes et les plus parfaites qui soient. « Cet air simple, dit-il, auquel on a
tant de peine à revenir quand le goût a été gâté par des nouveautés et des hardiesses bizarres. » Calvin vantant lui-même son éloquence, osait dire : « Le monde sait combien es t précise la brièveté avec laquelle j'écris. >) Bossuet reprend : « C'est se donner en trois mots la plus grande gloire que l'art de bien dire puisse attirer à un homme. » Lysias et Démosthène, Xénophon et César, n'eussent pas autrement prononcé.
Dans un sujet comme celui que je traite, et qui impose par sa grandeur, il ne faudrait pas que ces détails soient regardés comme peu importants. Ils font l'histoire d'une éducation, de celle qui fit entrer dans la pensée française perfectionnée par la Renaissance, l'ancienne littérature chrétienne, rendue chez Bossuet dans le degré supérieur dharmonie, de vraisemblance, de naturel que sa grandeur appelle. Bref l'œuvre de Bossuet mérite à cet égard d'être regardée comme une introduction parfaite à la lecture des Pères de l'Église.
Il ne restera plus à parler dans ce chapitre, que du livre des Maximes sur la Comédie. On ne peut l'omettre dans un tableau du jugement de Bossuet sur les auteurs, puisque toute une catégorie de ceux-ci, les auteurs dramatiques, y sont jugés.
Loccasion qui le lui fit écrire est bien connue. Un petit ouvrage en forme de lettre, d'un théalin, le P. Caffaro, publié en 1694, avait fait l'éloge du théâtre et de la scène française du temps, représentée comme « si épurée qu'il n'y a rien (disait le religieux) que l'oreille la plus chaste ne pût entendre. »
A cette expression de satisfaction béate, il n'est pas inutile d'opposer ce que Racine (un homme de théâtre) écrit dans sa préface des Plaideurs : que cette pièce a
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fait rire « sans qu il m'en ait coûté (dit-ilj une seule de ces sales équivoques et de ces malhonnêtes plaisanteries, qui coûtent maintenant si peu à la plupart de nos écrivains, et qui font retomber le théâtre dans la turpitude d'où quelques auteurs plus modestes l'avaient tiré. » Ce témoignage suffirait à prouver que le théatin avait outré l'apologie. Bossuet lui répondit parle fameux ouvrage où se trouve soutenue la thèse de l'indignité du théâtre, considéré dans ses représentants et dans ses principes. Chacun sait par cœur l'invective qui y est contenue contre Molière, lequel « passa (dit Bossuetj des plaisanteries du théâtre, parmi lesquelles il rendit presque le dernier soupir, au tribunal de Celui qui dit : Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez. »
Cette invective a soulevé d'amers reproches, et le tout s'est vu beaucoup critiquer. Avant d'en venir au point qui nous importe le plus, il en est deux d'abord que je voudrais régler.
Premièrement, la critique du théâtre considéré dans son ensemble et comme une partie des divertissements mondains, pris comme un trait de frivolité du siècle, ne saurait être sérieusement contestée à un évêque, gardien des mœurs chrétiennes. Reprendre Bossuet là-dessus, serait entreprendre contre les Pères de l'Église eux-mêmes, dont les raisons, quoique tournées contre des représentations différentes des nôtres, ne nous en sont pas moins applicables en partie. Bossuet ne fait que revenir à ces raisons. On ne peut oublier qu'elles tombent en général sur un train de vie que la sagesse réprouve, où tout est gouverné par l'amour du plaisir, où le sérieux du devoir s'efface devant l'unique souci de se divertir.
Que si l'on objecte que de pareilles corrections veu-
lent être appliquées avec mesure et souffrent des exceptions, j'en conviens ; mais qui doute que Bossuet ait gardé cette mesure dans l'application, comme conseiller de conscience ? Parlant en général, il était naturel qu'il n'eût d'égard qu'au principe des choses, et à leurs effets les plus certains.
En second lieu, les critiques qui portent sur l'invective contre Molière, ne sont pas sérieuses. Réservons les égards dus au génie de l'auteur du Misanthrope, et jusqu'à un certain point même à son caractère : encore est-il que nul n'a le droit d'oublier qu'il est l'auteur de railleries publiques les plus violentes que l'Église ait essuyées de son temps. Le troupeau des fidèles livré par lui à l'aversion et à la risée du parterre, sous couleur de combattre l'hypocrisie, n'est pas un fait moins certain que ses talents : or on ne suppose pas que cela dût lui valoir les compliments des représentants de la religion. Quand on a fait le Tartufe et la scène scandaleuse des commandements du mariage dans la comédie de V Ecole des femmes, on perd tout droit, ce me semble, à passer pour victime ; et, s'il arrive qu'un évèque, protecteur et vengeur du troupeau diffamé, réplique au faiseur de pasquins par un solide coup de la crosse pastorale, tous ceux qui se donneront la peine de réfléchir, avoueront que cela est mérité.
Peut-être on objectera que c'est représenter Bossuet moins en docteur qu'en polémiste ; mais justement la polémique est de son ressort. Pourquoi la lui refuserait-on ? Les Pères eux-mêmes l'ont exercée ; et ne voiton pas ceux qui l'en reprennent, s'extasier tous les jours sur la polémique d'un Pascal ou même d'un Beaumarchais ? 11 serait singuher que la défense du dogme et des mœurs fut privée d'une arme qu'on accorde sans
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difficulté à l'intrigue et aux partis, et que ce qui chez les uns passe pour saillie heureuse, pour trait de tempérament gaulois, ne fût plus chez cet évêque de forte souche française, dressé aux plus solides écoles de la dialectique et de l'éloquence, qu'un abus !
Et maintenant voici noire point. Bossuet, dans ses Maximes sur la Comédie, porte sa critique du théâtre sur l'émotion tragique elle-même, et il la déclare immorale. Or, quelque considération qu'on ait en générale pour sa doctrine, il faut avouer qu'il se trompe à cet égard -là.
Toute une tradition littéraire, étendue d'Aristote à Boileau, le contredit.
Selon Bossuet, la peinture des passions, qui fait lessence du drame, ne peut engendrer d'effet qu'un seul, qui est de les développer chez le spectateur : le penchant amoureux d'abord, et en général toutes les passions tendres. Le résultat est d'amollir l'àme. Il est assez remarquable qu'en exemple du fait, Bossuet donne le Cid de Corneille : son erreur se découvre dans un pareil reproche. Elle se découvre encore mieux, si l'on va au fond des choses, si l'on pousse jusqu'aux principes dont Bossuet a cru pouvoir s'armer.
Ce sont les principes de Platon, çà et là touchés en plusieurs endroits du philosophe grec, et exposés au long dans le livre x de sa République. On connaît, dans ce dernier ouvrage, l'épisode où le philosophe, après avoir couronné tous les poètes dans la personne d'Homère, le chasse néanmoins de sa cité. Bossuet allègue ce jugement. Cependant comment s'y confier? La façon dont il est rendu, suffirait à le faire suspecter. Qu'est-ce que couronner et bannir à la fois ? Si le poète est louable, pourquoi l'écarter? S'il corrompt
le genre humain, pourquoi l'honorer ? Tout le passage n'est qu'un paradoxe. Aussi bien un certain bon sens proteste contre ce qui s'ensuivrait. L'épopée, l'élégie, le simple conte, sont engagés dans le sort que l'on fait au théâtre, comme offrant une peinture des passions du même genre. 11 faudrait donc se passer de tout cela. En conséquence, ce que tout homme porte en lui de sentiments tristes et gais, tendres ou joyeux, se verrait condamné à ne trouver dans les livres ancune peinture qui, en leur donnant du jeu, l'en déchargeât; il lui faudrait tenir le tout renfermé. Le relâche qu'apportent naturellement la poésie et l'éloquence, interprètes de fictions où l'esprit s'abandonne, lui serait interdit. La vertu, le sens du devoir seul, aurait charge d'en soutenir le poids et d'en adoucir les élans. Un besoin de rire et de s'attendrir, qu'il est impossible qu'on ne sente pas, devrait être purement et simplement dompté ; point de jeux de l'imagination, qui en l'amusant l'amortisse, et soulage les efforts de l'âme retournée vers le sérieux de la vie.
ÎNIais quoi ! ces sentiments ainsi rigoureusement contenus, s'agiteront, et chercheront une revanche telle quelle de l'issue qu'on leur refuse. « Il faut des contes, dit judicieusement un écrivain contemporain, aux petits et aux grands enfants, de beaux contes en vers et en prose, des récits qui nous donnent à rire et à pleurer. » Platon répond que ces contes aventurent les mœurs. Nous répliquons qu'ils aident à les sauver, en s'accommodant à la nature. On nous objecte que cet accommodement livre tout. Montrons qu'on tombe ici dans une erreur de fait.
Voici comment Platon raisonne. « Ce qu'on s'efforce de surmonter dans les malheurs qui nous arri-
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vent... une avidité de pleurer, d'éclater en lamentations, de se rassasier de plaintes, que la nature a mis en nous », c'est, dit-il, ce que le drame encourage en nous faisant « nous apitoyer (D.sstv) » sur les personnages qu'il dépeint. « Les sentiments dont on est témoin chez les autres, deviennent nôtres infailliblenrient... Celui qui nourrit la pitié (tq èAstivdv) dans son àme au spectacle des maux d'autrui, donne par là à cette passion des forces dont il ne sera plus maître, quand il s'agira de surmonter ses propres maux. » Bossuet ajoute : « Voilà ce que dit celui qui n'avait pas ouï les saintes promesses de la vie future...; et les chrétiens ne comprendront pas combien ces émotions sont contraires à la vertu ! )>
Ils ne le comprendront pas, et l'honnête intention du philosophe ne pourra les décider, si cette intention est jointe à une faute de discernement; et c'est le cas.
En effet, il y a bien de la différence entre les mouvements que nous ressentons d'événements imaginaires, et ceux qui déterminent nos actes. Chose remarquable, Bossuet lui-même en fait la différence en plusieurs endroits, quand il égale, au cours de ses sermons, la légèreté des impressions pieuses ressenties par ses auditeurs, aux impressions reçues des pièces de théâtre. Les sermons sont écoutés, dit-il (après saint Jean Chrysostomej « comme si c'était une comédie » ; ils causent des « mouvements qui ne tiennent point au cœur, et qui s'évanouissent en changeant de lieu » ; ce sont des « émotions faibles, imparfaites, qui se dissipent en un moment ». A la bonne heure. Ces passages suffiraient pour démontrer que le fond des Maximes sur la comédie, ce qu'on en peut nommer la partie esthétique, na pas été suftîsam-
ment mûri. Il est certain qu'elle met l'autem^ en contradiction avec la tradition théologique môme, dans la personne de saint Thomas, qu'il est obligé de réfuter.
Aristote répond à Platon que l'effet ordinaire de l'émotion dramatique n'est pas d'encourager les passions, mais (selon la traduction commune du mot xa6a(psiv) de les purger, par le champ d'exercice innocent qu'on leur ouvre. Chacun connaît sa définition de la tragédie, où se trouve enseigné cet eïïet; a-t-on suffisamment remarqué par le passage de Platon y est visé ?
Il dit que la tragédie « opère par la pitié et la terreur (ÔC èlsoj xal odêou), la purgation (xaOapaiç) de pareilles passions. » Et pour qu'il n'y ait pas de doute sur la manière dont cela a lieu, tout un passage de la Politique d'Aristote (livre v, anciennement vm) exphque comment cette purgation s'opère entre autres par la musique. Il s'agit des tempéraments d'homme que le philosophe nomme enthousiastes. « Voyez ceux-là, dit-il, quand ils reviennent d'entendre les chants sacrés, et de pratiquer une musique dont le propre est de jeter l'âme hors d'elle-même. Vous les voyez calmés, comme si en vérité ils venaient de faire traiter leur enthousiasme, et de donner à purger leur passion. Les tempéraments sujets à la pitié et à la terreur éprouveront le même effet... Tous ressentent cette purgation de passion et cet allégement, qui est un plaisir. » Et l'auteur conclut en disant que ce qui sort de là, est « du plaisir sans dommage del'àme », xapâv
Voilà une grande précision de faits. Chacun les reconnaîtra conformes à l'expérience, en même temps qu'à la raison des choses, qui est que des événements
tragiques imaginaires et relevés parla poésie, ont tout ce qu'il faut pour tirer de lame son feu, et le faire se répandre au dehors et s'évaporer, sans nul mauvais trouble de Tàme. Boileau, dans les Mémoires de Brossette, donne en détail la même explication, et prend ainsi droit d'écrire dans l'Art poétique ces vers, que tout le monde sait par cœur :
L'amour le moins honnête exprimé chastement, N'excite point en nous de honteux mouvement. Didon a beau gémir et m'étaler ses charmes, Je condamne sa faute en partageant ses larmes...
Encore un coup, la critique du théâtre en tant que divertissement reste ; quant à l'émotion dramatique prise en soi, elle est absoute, et avec elle toute la littérature d'imagination.
Au demeurant, dans l'éducation du Dauphin, Bossuet lui-même ne s'est pas conformé à la critique qu'on vient de voir. Nous voyons dans la Lettre à Innocent XI, que Virgile fut lu tout entier par son élève, qu'il lui fit lire et admirer Térence, un poète dramatique, malgré ses grandes libertés. Le prince, dit-il, y remarquait « le caractère de chaque âge et de chaque passion, exprimé par cet admirable ouvrier » ; il y voyait « les trompeuses amorces de la volupté et des femmes » ; et cette étude et ces remarques sont dépeintes comme les parties d'une saine éducation. Même ce que l'auteur a de répréhensible, ne fait pas obstacle à s'en servir; il suffit d'en être averti. « Nous ne pardonnions pourtant rien à ce poète si divertissant, et nous reprenions les endroits où il a écrit trop licencieusement. »
Juste mesure, critique raisonnable, équitable hom-
mage rendu à cet auteur, et à tous ceux qui lui ressemblent. Là doit être cherchée la vraie pensée de Bossuet, conforme à l'estime générale qu'il a faite d'une littérature, où l'écho des sentiments humains, où la peinture des passions humaines tient tant de place.
BOSSUET PHILOSOPHE. TRAITÉ DE LA CONiNAlSSANCE,