‹ Bossuet orateurChapitre 109 sur 192 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

existence à demi obscure et vouée à l'oubli des générations avenir, l'Oraison funèbre offre un champ beaucoup plus aride que l'éloge d'un saint ou même que le libre développement d'une vérité purement abstraite. Bossuet a bien pu dans son exorde définir l'objet de l'Oraison funèbre, en tracer la marche, en marquer aussi le ton et l'accent ; s'il n'a pu compléter son œuvre, c'est que le héros, cette fois encore, n'a pas suffi aux conditions de l'éloge et ne s'est pas trouvé au niveau de l'orateur.

L'Oraison funèbre de Henri de Gournay est un des derniers discours que Bossuet ait composés pour ses auditeurs de Metz. Le récit de sa vie nous apprend, à la vérité, qu'il continua jusqu'en 1669 à faire partie du chapitre de la cathédrale, comme grand archidiacre, puis comme doyen * ; on le vit, dans cet intervalle, quitter Paris à plusieurs reprises pour regagner sa résidence, y faire d'assez longs séjours et y laisser derrière lui de nombreuses traces de son passage. Mais l'orateur, à partir des premiers mois de 1659, change d'auditoire ; c'est à Paris, c'est pour la ville et la cour, comme on disait au dix-septième siècle, qu'il va maintenant porter la parole. Ainsi le cercle de son action s'élargit et se déplace au moment même où il passe de la jeunesse à l'âge mûr : double changement qui doit

1 . Il fut élu doyen du chapitre le 10 septembre 1664, et se démit le 10 octobre 1669, très peu de temps après avoir été désigné par le roi pour l'éveché de Condom.

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marquer un temps d'arrêt dans la suite de nos Etudes.

Lorsque Bossuet quitte Metz, il n'obéit pas au hasard des circonstances : il part, comme il était venu, comme il est resté, à l'heure où la raison le lui conseille, à l'heure où le demandait sa destinée, une des plus logiques dont l'histoire nous offre l'exemple, une de celles où se fait le mieux sentir, au milieu du caprice des événements , le calcul d'une volonté réfléchie.

S'il est venu à Metz, tout d'abord, c'est qu'il l'a voulu; il a fallu que, pour chercher la solitude et l'oubli dans une des villes perdues de la frontière, le jeune docteur de Navarre se dérobât résolument aux applaudissements de l'école, à l'appât des succès faciles, aux avances flatteuses de la fortune : moins pressé d'occuper le monde de sa personne que de trouver dans la retraite assez de liberté pour se préparer virilement, par la méditation et l'étude, à tout ce que l'avenir pourrait exiger de son courage et de ses lumières.

Il reste à Metz près de quatre ans sans en sortir, et là, une activité merveilleuse lui permet de faire de ses journées et des nuits qu'il prend au sommeil deux parts : l'une qu'il emploie à faire le laborieux apprentissage de la vie, en même temps qu'il remplissait avec l'ardeur d'un néophyte fefl obligations de son ministère ; l'autre qu'il passe, loin de Bes maîtres de Navarre et de ses ému 1rs de la Sorboone, dans la familiarité de saint Paul, de Tertullien, de

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saint Augustin surtout, qui complètent, qui vivifient les leçons qu'il a reçues des scolastiques, et lu| apprennent à enseigner, sans y rien mêler qui les altère, la tradition constante de l'Eglise sur les mystères et la morale incorruptible de L'Evangile. C'est dans cet esprit qu'il compose son premier ouvrage de controverse et s'abandonne au premier

lor de son éloquence. La lecture assidue de l'Ecriture et des Pères l'affermit dans sa foi sereine et donne à sa parole l'accent d'autorité qu'il exagère dans les sermons prêches contre les Juifs, qu'il tempère par une exaltation passionnée et par des effusions d'une tendresse presque mystique dans les Panégyriques de saint François d'Assise ei de saint Bernard,

A ce moment, un Becret besoin de se mesurer à d'autres, pour se connaître lui-même plus sûrement, l'arrache pour quelque temps à sa vie cachée.; il prêche à Paris, d'où il revient avec un commencement de célébrité, plus sur et plus maître de lui, averti par la beauté sans tache du style de Pascal, plus encore que par les scrupules excessifs des puriste** imitateurs de Balzac, de ce qui lui reste h faire pour effacer dans ses discours les formes pédantesques ou triviales qui sentaient l'école et la proviute. .»u le vain luxe de paroles qui trahissait encore la jeunesse de l'orateur et son excessive facilité.

Dans le Panégyrique de sainte Thérèse, qu'il prêche dans la cathédrale de Metz , lors de son

retour, tous ces défauts commencent à disparaître. La mission de 1658 est une dernière épreuve à laquelle Bossuet soumet sa vocation, la solidité de sa doctrine et la vertu de son éloquence, avant de renoncer pour toujours à cette vie mêlée d'action et de recueillement qui avait été le prix de son obscurité volontaire.

C'est alors seulement qu'il se sépare d'une ville où il ne doit plus revenir que de passage, ni parler que par accident. Il faut qu'il la quitte, pour porter ailleurs, avec l'ardeur de son zèle, l'infatigable activité de son esprit. On comprend qu'il ait gardé dans la suite un cher souvenir du séjour qu'il y avait fait, et compté parmi les plus heureuses et les plus fécondes années de sa vie ces six années, dont pas un jour ne fut perdu pour le progrès de son esprit. En quittant Metz, il emportait avec lui les maximes de sa Politique, le dessein de Y Histoire des Variations , quelques-unes des idées les plus neuves, sinon les plus vraies, du Discows sur l'Histoire universelle. Tl emportait le fond de doctrine qui en a fait l'arbitre et l'oracle de l'Église gallicane, l'esprit de mesure et de fermeté qui l'a tenu éloigné de tous les excès dans les bruyantes querelles qui agitèrent les consciences pendant la seconde moitié du dix-septième siècle. Enfin, il emportait les ressources d'une éloquence, tachée encore par moments d'un reste de subtilité, d'exubérance ou de rudesse , mais puissante, originale et déjà voisine de la perfection, soutenue par une dialectique nerveuse,

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