‹ Bossuet orateurChapitre 11 sur 192 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

foris de manquer, non seulement de sens critique, mais de respect pour Bossuet, paraissent n'avoir qu'une idée très vague du rôle qu'il a joué dans cette affaire, ni des périls très sérieux auxquels le texte authentique des sermons n'a échappé, jusqu'à la dernière heure, que grâce au bon sens, à la fermeté, ou, comme on disait alors, à l'obstination et au superstitieux aveuglement de l'éditeur. C'est une histoire complètement oubliée; elle est curieuse et mérite qu'on s'en souvienne.

Au moment où Dom Déforis était tout occupé de ses copies, l'abbé Maury arrivait de sa province; très ambitieux, et, dès ses premiers pas dans le monde, plein d'une confiance à toute épreuve en lui-même et dans l'avenir, il était pressé d'abord de se faire un nom. Comme il parlait et qu'il écrivait avec une égale facilité, bientôt l'opinion s'occupa de ce jeune prêtre, qui réussissait dans la chaire et auquel l'Académie française venait de décerner deux fois de suite l'accessit du prix d'éloquence. L'Église allait avoir son Thomas ou son La Harpe.

Le libraire Antoine Boudet, qui imprimait les œuvres de Bossuet, voulut avoir son jugement sur les sermons, dont l'impression avançait; c'était, au témoignage de Maury, vers la fin de 1771. Maury, cela va sans dire, y trouva des « beautés de premier ordre », dont il se montra touché jusqu'à l'enthousiasme. Mais il n'eut à faire que des réserves et des critiques sur la façon dont les bénédictins remplissaient leur tâche. Déforis avait tout copié, il allait publier tout « sans discernement ». Maury, plus éclairé, plus jaloux, à ce qu'il croyait, de la renommée de Bossuet, aurait voulu, avant toutes choses, qu'on fît € un triage, des retranchements ». De là un recueil

Page 1