‹ Bossuet orateurChapitre 118 sur 192 · De Boctr. Christ.. IV · texte numérisé non relu

De Boctr. Christ.. IV

locution, quand le discours « les entraîne après lui par sa propre impétuosité, » plutôt qu'il ne i les cueille avec choix, pour se parer d'un tel ornement '.» pour s'en tresser des guirlandes , comme disait Senault.

Si l'exemple de saint Paul et les conseils de M. Vincent l'avaient entraîné un instant vers des maximes plus austères que ne semblaient le permettre ni les conditions véritables de l'éloquence, ni le penchant de sa propre nature, c'est de bonne foi que Bossuet avait ainsi déclaré la guerre aux artifices qui relèvent la beauté de la parole, et qu'il faisait profession de n'aimer qu'une simplicité toute nue. On sent bien qu'un tel excès, venu à cette heure, ne pouvait durer, et surtout qu'il ne devait pas arrêter le développement d'un génie oratoire tel que le sien. En s'imposant un dernier effort pour le contenir, Bossuet achevait d'apprendre h le régler; il ne risquait plus ni d'en étouffer les vives saillies, ni d'en amortir l'ardeur. Dans le Panégyrique de saint Paul, alors précisément qu'il alfecte de maudire l'éloquence, n'avons-nous pas vu comme l'inspiration déborde et comme l'éloquence monte à ses lèvres ? Vers le même temps, son imagination, dont il se défie et qu'il tient en bride, lui échappe et déploie

1. Uraiso ii funèbre du P, Bourgoing, lr point {20 décembre 1662).

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toutes ses ressources dans le Panégyrique des Anges gardiens ' e1 dans le sermon sur les Démons*.

J'ai parlé d'imagination : ai-je besoin d'avertir qu'il ne s'agit point ici de cette libre fantaisie de l'artiste et du poëte que la prudence même d'Iïora< e enhardissait à tout oser : quidlibetaudendi /infestas ? La liction n'était pas plus faite pour le génie de Bossuet qu'elle ne convenait à son rôle. Sur les démons, sur les anges, comme sur tout le reste, il n'a qu'un objet : c'est d'éclairer la foi des fidèles, c'est de leur offrir des raisons solides, tirées, par une déduction rigoureuse, des véritables principes. Il s'appliquent donc, autant qu'il l'a jamais fait, à produire ses autorités : tantôt, le livre de Job et les Psaumes; tantôt, les paroles de Jésus-Cbrist lui— même, rapportées par les Évangiles, confirmées par saint Pierre ou par saint Paul dans leurs Épîtr< - : et puis, la doctrine des Pères, celle de Tertullien, d'Origène, de Chrysostome, celle de « l'incomparable saint Augustin,» «elle du « grand saint Thomas, son disciple, » que Bossuet nomme plusieurs fois, dans les discours qui nous occupent, comme s'il importait de marquer, sur des matières aussi déli-

l. Ce panégyrique b été prêché le 2 octobre 1059. Voyez, à ce Bujet, Lea indications très neuves données pur M. Floquet (lit de Bossuet, 1. Il, p. 20-24 >. dans un chapitre anquel le dernier éditeur des (Butres (h Bouvet a grand torl dène pas renvoyer ses lecteurs. — 2. 11 y a deux sermons sur les Démons. -le parle ici du second, prêché aux Minimes de la place Royale, li : 1660, quelques

semaines après le Panégyrique des Anges gardiens. Le premier me parait avoir été prononcé à liets, vers 1656.

cates, les justes limites où une théologie exacte doit s'enfermer.

Mais les textes mêmes que Bossuet développe n'ont pas tous la forme abstraite d'un syllogisme scolas tique, et si le prédicateur fait profession de ne rien hasarder qui lui appartienne en propre, lorsqu'il explique l'origine des démons, leur nature, les raisons et les conséquences de leur chute, ces scrupules de fidélité ne lui interdisent pas de garder, dans ses commentaires, le mouvement et la couleur des récits de l'Écriture. Les Démons de l'Ecriture ne sont pas de pures allégories ; ce sont des personnes vivantes; il est juste qu'on les voie s'agiter et vivre dans les peintures de Bossuet.

On croirait, par instants, qu'il est tenté de leur donner une forme : les voilà précipités des hauteurs du ciel, à travers les immensités de l'espace, « renversés dans leurs cachots éternels : » ils se redressent, et Bossuet, qui va « reconnaître leur armée, » parle de leur marche hardie, ou de leur mine superbe et de leur appareil redoutable; ailleurs, il reprend ces comparaisons bien connues du lion qui rugit, du serpent, ennemi de la lumière, qui se dérobe et qui s'insinue, ou de la bête maligne, à peine contenue par le frein que Dieu lui a mis dans la mâchoire. Mais ce sont là de simples figures, à peine indiquées ; Bossuet n'y insiste pas ; loin de remettre sous les yeux de ceux qui Técoutent, même d'une façon libre et discrète, la laideur sinistre ou grotesque des images consacrées, depuis le moyen âge,

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