SERMONS SUR LES ANGES ET SUR LES DÉMONS
par la prédication aussi bien que par les arts ou la croyance populaire, on dirait que ces souvenirs Fimportunent, tant il se hâte de les écarter avec une sorte de brusquerie impérieuse ; les Démons sont des anges déchus; même, dans leur chute, ont-ils cessé d'être de purs esprits?
Ce ne sont pas des ennemis « de chair et de sang : » invisibles et agiles dans leur démarche comme la pensée, les anges rebelles ont perdu leur justice et leur sainteté ; ils ont perdu aussi, en tombant des hauteurs du ciel, leur béatitude; mais, du reste, ils ont conservé leurs dons naturels, leur force entière, toutes leurs armes. Satan déchu n'en est pas moins le « fort armé, » le « prince du monde; » renversé, « comme il est, » par un coup de foudre « dans les cachots éternels, » il n'avoue pas sa défaite; jour et nuit, il se nourrit de l'espérance que la faible espèce humaine lui fournira les représailles que son opiniâtre orgueil voudrait exercer sur Dieu luimême.
Mais cet orgueil de Satan n'est pas ici, comme ' dans le Paradis perdu, un sentimenl magnanime, héroïque et presque divin : c'est l'orgueil sous sa forme la plus honteuse, un orgueil qui se cache, qui fuit le jour, qui rougit de Lui-même, qui, pour atteindre ù ses lins, emploie les seorètes menées avec autant de joie que la violence. Satan ne hait pas seulement les hommes, il est tombé à un tel degré de misère qu'il les envie et voudrai! les perdre à tout prix. Armé ainsi de sa puissance et de sa malice, il
est plus ii craindre pour les imprudents qui s'endorment, mais il a perdu son prestige ; ses bravades ne surprendront pas l'admiration; ses misères n'exciteront pas la pitié ; marqué d'ignominie, il ne peut inspirer d'autres sentiments que ceux de l'horreur et du mépris.
L'orateur ne se contente pas de définir cet orgueil « lâche et timide, » ni de peindre cette « noire envie » qui ronge éternellement le cœur de Satan et de ses complices ; il les met en scène,, comme autrefois, sur le théâtre d'Athènes, Eschyle avait montré le fiévreux réveil des Euménides, furieuses de s'être laissé surprendre et d'avoir un instant perdu la piste sanglante d'Oreste :
a Allons, debout; éveille-la, comme je t'éveille. Tu dors? Debout, chasse le sommer! et voyons si ce songe nous a trompées. Hélas ! hélas I ô mes amies , quel malheur ! Tant de peines, et c'était en vain ! Quel malheur, 6 Dieux ! et quel affront insupportable ! La bête s'est échappée de nos filets , la bête court; vaincue par le sommeil, j'ai perdu ma proie l .... »
Ainsi retentissent les cris sauvages des noirs esprits qui veillent sans cesse et, dans d'éternelles ténèbres, conspirent pour envelopper, « s'ils pouvaient, » tout le monde dans leur crime et dans leur disgrâce :