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Eschyle, Eu nu' aides, éd. Boissonnade, v

SERMONS 5 \N'i,i:s il' si i; LES DÉMONS. 281

« Enfin, enfin, disent-ils, nous ne serons plus les seuls: çà» çà, voici des compagnons. 0 justice divine! tuas voulu des supplices, en voilà : soûle ta vengeance; voilà assez de sang, assez de carnage. Voilà, voilà ces hommes

que Dieu avait voulu égaler à nous, les voilà enfin nos égaux flans les tourments ; cette égalité nous plait ;• plutôt, plutôt périr, que de les voir à nos côtés dans la gloire) Malheur à nos lâches compagnons qui le souffrent ! 11 vaut bien mieux périr, et qu'ils périssent avec nous. »

Dans leur rage jalouse. les Démons aiment mieux partager la damnation avec les hommes, que de partager avec eux la gloire. A quoi bon? Il leur faudra souffrir une humiliation plus profonde : « Ils nous jugeront quelque jour, ces hommes mortels ; il faudra bien l'endurer, puisque Dieu le vut. » Ici leur discours est interrompu : « Ah! s'écrie l'orateur, quelle rage pour ces superbes ! » — « Mais auparavant, disent-ils, combien en mourra-t-il de noire main ! Ah ; que nous allons faire de sièges vacants ! et qu'il y en aura parmi les criminels de Ceux qui pouvaient s'asseoir parmi les juges ! i> Kl puis. la scène s'anime encore, et les Démons se tournent vers Les saints Anges pour les braver sur le petit nombre de justes qu'ils oui réussi à conserver dans leurs rangs :

« Eh bien ! Vous en ave/, de votre côté? Est-ce que nous sommes seuls :' Vous semblons-nous mal accompagnés au milieu de tant de peuples et de nations? Allez, glo-

ri fiez- vous de votre petit nombre d'élus, que vous avez à peine tirés de nos mains; mais confessez du moins que notre multitude remporte! »

Les chœurs d'Eschyle n'ont pas plus de mouvement ni d'énergie. Bossuet paraît presque confus de s'être laissé emporter par sa verve à des formes de langage aussi hardies. Et, plus tard, reprenant ce tumultueux entretien des Démons !, il l'abrégera dans son esquisse, il en modérera l'élan dramatique, il donnera plus d'accent à 1 expression de ses scrupules : « Mais quefais-je, mes frères, de profaner si longtemps et ma bouche et vos oreilles, en faisant parler ces blasphémateurs 2? » On dirait que Bossuet se reproche, non seulement d'avoir quitté le ton plus uni et plus mesuré qui convient à l'exposition du dogme et de la morale, mais d'avoir fait trop d'honneur à des esprits de mensonge en leur laissant la parole, même par une simple figure de rhétorique, dans la chaire de vérité.

Il aurait pu, sans doute, y laisser parler plus longuement les Anges fidèles; il a pris, du moins, un plaisir singulier à chercher l'explication du rôle que la foi leur assigne dans les secrets mouvements de leur cœur aussi bien que dans les desseins cachés

1. 3e.point du troisième sermon pour le premier dimanche de l'Avait (1668). — 2. Deuxième §ermo:i sur les Démons : a Que faisons-nous, mes frères, d'entendre parler ni longtemps ces blasphémateur 1 »

SERMONS SFR TES ANGES ET SUH LES DÉMONS. 28>i

de la Providence. Le Panégyrique des Anges gardiens se réduit tout entier au commentaire de deuxparoles de Jésus-Christ, rapportées presque au début de l'Evangile de saint Jean : '( Vous verrez les cieux ouverts, et les Anges de Dieu qui montent et qui descendent, cœlum apertum etAngelos Dei videbitis ascendentes et descendentes1. » Les Anges sont les envoyés de Dieu; ils descendent pour apporter ses dons aux hommes et pour les conduire. Les Anges sont les envoyés des hommes ; ils remontent dans les cieux ouverts pour reporter à Dieu les vœux des hommes, leurs bonnes œuvres et leurs actions de grâces.

Mais comment se peut-il faire que ces intelligences sublimes, choisies pour vivre au « centre même du repos, » veuillent bien descendre sur cette terre ingrate et se mêler aux continuelles agitations de la vie humaine ? Ce n'est pas seulement Tordre du Créateur qui les y oblige, c'est la charité qui] les pousse. Ils doivent à Celui qui les a faits, de! plus que nous, la sainteté et la béatitude ; aussi brûlent-ils de Tardent désir de lui témoigner leur reconnaissance. El comment pourraient-ils s'acquitter envers la miséricorde divine, s'ils n'exerçaient à leur tour la miséricorde ? Il manque donc quelque chose au séjour de la félicité : od n'y trouve point de misérables à secourir. Et voilà pourquoi Jcs Ailles pressent les fi eux de s'ouvrir et (]<•<-

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