CARÊME DES MINIMES, PREMIÈRE STATION PRÉCÉDÉE A PARIS PAR BOSSUET
I. Nombre et dates des Carêmes prêches par Bossuet. — Carême prêché en 1660, dans l'église des Minimes de la place Royale. — Liste des sermons qui se rapportent à cette station, la première que Bossuet ait prêchée à Paris, et la seule qui nous soit parvenue complète. — Plan suivi par l'orateur.
IL Suite du développement du génie oratoire de Bossuet. — Retour apparent à quelques-uns des défauts de sa jeunesse ; comment il s'explique. — Beautés qui caractérisent le Carême des Minimes : analyse du sermon sur V Honneur du monde. — Progrès accomplis sous l'influence de saint Jean Chrysostome : éloquence plus familière et plus véhémente.
III. Épisodes : allusion à la paix des Pyrénées. — Compliment adressé au prince de Condé. — Le travail de la dernière heure et l'improvisation dans les sermons de Bossuet. — Adieu à l'Église des Minimes : second Panégyrique de saint François de 1 unie.
La Bibliothèque impériale possède un volume unimie, selon toute apparence, et très utile à consulter pour l'histoire de l'éloquence religieuse au dix-sep-
STATIONS PRÊCHÉES l'Ai; BOSSUET. 293
tième siècle : c'est un recueil des listes publiées chaque année a l'entrée du Carême el de l'Avent, et
qui donnaient aux fidèles les noms des prédicateurs choisis pour prêcher l'une ou l'autre station dans toutes les églises de la ville et des faubourgs. Comme à point nommé pour la commodité de nos recherches, la série commence en 1646 et se continue sans aucune interruption jusqu'en 1700 *.
En ce qui touche Bossuet, une revue attentive de ces listes de prédicateurs suffit pour écarter sans retour des erreurs très accréditées, et pour couper court à un certain nombre de conjectures, plus ou moins séduisantes, mais purement spécieuses. Ainsi nous savons aujourd'hui d'une manière positive le nombre et la date des stations prêehées à Paris par Bossuet. 11 a prêché le Carême cinq fois; c'étaient, comme il le disait lui-même, son Carême des Minimes, son Carême des Carmélites, son Carême du Louvre, puis ceux de Saint-Thomas du Louvre et de Saint-Germain. On perdrait maintenant ses peines, si l'on cherchait à constater qu'il a prêché, en outre, en 1659, un premier Carême aux Minimes -'. un premier Carême aux Carmélites3, ou en 166 1- 4 un
1. Liste véritable et générale de tous les prédicateurs. Paris, chez Matthieu Colombel, puis chez sa veuve, puis chez Robert Chevilliou, et enfin chez Laurent d'Houry, en vertu des privilèges accordés le 28 octobre 1843, le 19 septembre Ï66I, le 30 août 1 (i 7 1 , I tobre 1693. L'exemplaire de la Bibliothèque impériale vient de Saint-Germain des Prés.— 2. Vaillant. Études, p. GG. — 3. Floquet, t. II, p. 7. — 4. ÎUd.y p. 296»
Carême à Saint-Sulpice. Il faut encore, ce qui est plus grave, rejeter ce que tous les biographes, tous les critiques, tous les éditeurs des sermons ont pu dire, sur la foi de l'abbé Ledieu, de Dom Déforis et de l'abbé Maury, d'un Carême que Bossuet aurait prêché en 1663, dans ce couvent de Bénédictines du Val-de-Grâce où la Reine-Mère aimait à se retirer. On verra combien la découverte de cette méprise, qui remonte peut-être à Bossuet lui-même, m'a été utile pour reconstituer le Carême des Carmélites.
Il est donc bien acquis dorénavant, d'abord, que le Carême des Minimes, prêché en 1658, d'après Ledieu, en 1659, d'après Déforis et tous ceux qui Font copié, Ta été en 1660, comme M. Floquet l'a solidement établi ; et ensuite que c'est la première station que Bossuet ait prêchée dans la capitale. Jusque-là, en 1659, comme en 1657, il n'avait prononcé que des discours isolés. Je suis heureux de pouvoir affirmer, de plus, que ce premier Carême de Bossuet nous est parvenu complet.
Le fait est assez considérable pour que je me s<-nte obligé d'entrer dans le détail des preuves sur lesquelles s'appuie mon assertion. Il était d'ailleurs si facile à constater par l'étude des manuscrits, qu'on se demandera, sans doute, en les parcourant pour vérifier ce que j'avance, comment il n'a pas frappé les yeux de l'abbé Vaillant, et surtout, comment M. Lâchât, qui l'a entrevu, n'a pas été jusqu'au bout - inductions.
Prenons pour point de départ le sermon sur les
linnons et le sermon sur l Honneur du monde : ils appartiennent^ sans aucun doute, à l'année 1660; car, dans l'un, Bossuet fait allusion à la paix récemment conclue avec l'Espagne l, qui venait d'être promulguée officiellement la veille (14 février) 2; dans l'autre , il adresse un compliment au prince de Coudé, qui venait de rentrer en France, en vertu d'une clause insérée dans les traités 5. Or, sur l'euvi'loppe des deux serinons, Bossuet lui-même a mis une note qui nous apprend formellement qu'ils ont été prêches aux Minimes, le premier 4et le sixième 5 dimanche du Carême. Des notes analogues désignent les serinons composés pour le deuxième c, le troisième '■ et le cinquième 8 dimanche du même Ca-
1. Vaillant, p. 74-77.— 2. Floquet, t. II, p. 30-42. — 3. lbid.. p. 12-53. — L'abbé Vaillant avait bien reconnu la date du discours (p. GO), mais, trompé par une indication erronée de M. de Bansset [Histoire de Bossuet, liv. II, chap. v), il le croyait prêché à Dijon,
— I. Car. Min.. 1 (Il m. — Il est vrai que cette note ne se trouve pas en tête de notre sermon (Ms., t. XII, f. GO), mais en tête du premier sermon sur les Démons (ibid., f. 35), où elle a été placée par mégarde, et sans doute parce que l'enveloppe était commune à deux sermons composés sur le même sujet. — 5. Car. Min., 6 dim. (Ms., i. XII, f. 177.) — G. Premier sermon pour le deuxième dimanche de Carême, lia . t. XI r. f. 115. Car. Min.. 2 dim.) — M
rt à sa place; mais le sommaire placé en tète du ra est celui du discours suivant, prêché aux Carmélites. M. Lâchât dit de nutre discours : <r Prêché probablement dans le carême do 1660. » Pourquoi n'est-il p 0ur ce
discours que pour les deux qui suivent? — 7. Car. Min.. 3 dim. [Ma., t. XII. i. 231.) — C'est ledeuxume sermon pour le troisième dimanche de ('avenir. — s. Car. M >.. :> di ■■. | Ms.. t. XIII. f. 2.)
— C'est le premier sermon pour le dimanche de la Passion.
renie , et même pour le premier dimanche après Pâques l. Voilà des points incontestables.
J'ajouterai qu'un mot barré 2 en tête du sermon sur la Parole de Jésus-Christ semble prouver que pour Bossuet, au moment où il met ses numéros d'ordre, le second sermon du Carême et le sermon du second dimanche , c'est précisément la même chose ; le Carême des Minimes paraît donc n'avoir été qu'un petit Carême.
Pour compléter la série des dimanches, il manquerait encore deux discours. Mais il suflit de feuilleter le recueil de la Bibliothèque impériale. Au premier coup d'oeil, des indices certains, le seul format du papier, plus grand que de coutume et régulièrement couvert jusqu'aux marges dans tous les sens, et puis surtout le caractère de l'écriture, une -rosse écriture pleine et ferme, très facile à lire, permettent de placer au quatrième dimanche le sermon sur nos Dispositions à Regard des nécessités de la vie "% au^si sûrement que si l'enveloppe et la note de
1. Car. Min., Quasimoâo. Ois., t. XII, f. 109.) — L'indication n'avait pas échappé à l'abbé Vaillant (p. 68); M. Floquet en a tenu compte (t. II, p. 56). M. Lâchât commet une inconséquence bien singulière (t. X, p. 201) dans cette note : « Prêché à Metz en 1058, ou à Paris en (659. Inutile de signaler les traits qui dénoncent, dans ce sermon, la fin de la première époque ou le commencement de la deuxième... » Est-ce là une raison suffisante pour se mettre en désaccord avec Bossuet lui-même 1 — 2. F. 115 : le mot ser. (sermon, Cf. f. 35) est effacé et remplacé par celui de dim dimanche). — 3. Ms., t. XII, f. 300-310. — C'est le premier sermon pour le quatrième dimanche de carême. M. Lâchât le place en 1662. Les sermons du Carême du Louvre sont pourtant faciles à reconnaître.
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Bossiici nr s'étaii nt pas égarées. Jen'bésite pas davantage à revendiquer pour le Carême des Minimes le premier des quatre sermons pour lf vendredi saint [, et le second <J<-> nombreux sermons pour le jour de Pâqui
Peut-être y pourrait-on joindre encore, mais sous réserve, comme le fait très bien M. Lâchât, un sermon pour la fête de l Annonciation* , et un sermon sur la Compassion de la Sainte Vierge 4. En revanche, on peut, sans aucune hésitation, rattacher au Carême des Minimes les sermons sur la Charité fraternelle et sur [Église, prêches l'avant-veille el la veille du premier dimanche aux Filles nouvelles catholiques et aux Hommes converti s à la foi, et un Panégyrique de saint François de Pmde, prononcé encore pour les Minimes, à leurprière, el adressé à leur Église comme un sermon d'adieu. Nous aurions ainsi
1. lis., t. XIII. f. 266-278. — 11 Lach.at le croit « prêché à Metz,
ver- 1656. » — 2. Je suis d'accord avec M. Lâchât pour ce sermon,
comme pour ceux des troisième et cinquième dimanches. — 3. Le
troisième des éditions ordinaires. (Ms., t. XV, f. 83-88. M). Lâchât
(t. XI, p. 177) est «l'avis qu'il a été «f prêché probablement dans le
carême de 1660, aux Minimes de la place Royale. > M. Floquet (t. II,
sonjecture qu'il a pu être ; Saint-Lasare, maia il ne
- en quelle année. La date parait fixée par récriture. —