‹ Bossuet orateurChapitre 13 sur 192 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

Il est vraisemblable que Maury serait allé beaucoup plus loin : eu fait de rhétorique et d'éloquence, il avait foi dans ses lumières; on pouvait tout craindre de la vivacité même de ses impressions, du trouble où le jetait le sublime de Bossuet : « Lorsqu'une rapide véhémence entraîne ce grand homme, disait-il, on se sent transporté dans une région inconnue; on ne sait plus où il prend ses expressions et ses idées ; son style se passionne et s'enflamme; son enthousiasme porte de toutes parts la lumière et la terreur, et alors il n'est plus possible de le lire, il faut qu'on le déclame ». Maury laisse échapper naïvement un mot terrible. Malheur aux endroits faibles qui ne soutiendront pas l'emphatique sonorité de sa voix ! Maury, pour l'honneur de Bossuet, lui aurait appris à déclamer d'un ton plus égal; on voit quel style il lui aurait prêté au besoin pour remplir le vide de ses esquisses et relever les parties languissantes de ses discours.

Boudet, gagné d'avance aux idées qu'exprimait Maury, le mit aux prises avec Déforis ; on eut beau faire : le bénédictin refusa d'entendre raison ; il était « d'humeur irascible, » à ce point que, le libraire ayant voulu, sans en avertir les Blancs-Manteaux, mettre en tête de leur édition des sermons un Discours préliminaire écrit et signé par l'abbé Maury , Dom Déforis revendiqua ses droits; il fallut imprimer le discours à part { et grossir encore les trois volumes d'une longue préface, où l'on trouve, à la vérité, beaucoup de renseignements précieux, mais dont la lourde prose n'est relevée par aucune fleur de rhétorique. L'opiniâtre Déforis n'avait

1. Rè flexions sur les sermons nouveaux de Bossuet, publiées, comme les sermons de Bossuet, dans les trois formats. (Paris, Boudet, 1772.)

REPROCHES ADRESSÉS A DOH DÉFORIS. XIX

consenti ni à céder sa place, ni à suivre en rien les conseils qui lui étaient donnés avec tant d'assurances et pa.un homme si habile. Il voulut donner tous les serinons, les donner complets, sans en perdre une ligne, pas même les variantes, très nombreuses dans le manuscrit. Il voulut aussi laisser dans le texte les négligences, les hardiesses et les irrégularités de langage, soit réelles, soit apparentes; les puristes auraient effacé les locutions vieillies, les tours surannés : le bénédictin pensa qu'il était plus simple de laisser Bossuet parler comme il a parlé, comme on parlait de son temps, fût-ce un peu loin de la Cour et avant les Provinciales. On put lui dire, assez crûment (Maury l'avoue, mais il pardonne à l'expression d'être si crue, tant elle est juste), qu'il avait tenu à t ramasser jusqu'au linge sale de Bossuet ». En ce temps-là, on en voulait à Déforis des suppressions et des corrections auxquelles il s'est obstinément refusé; on devait lui reprocher de nos jours, avec plus déraison, les additions qu'il s'est permises. On aurait grand tort de les lui reprocher toutes : il en est de fort utiles. Pour les citations, par exemple < et on sait quelle place elles tenaient dans les sermons de Bossuet, comme dans le reste de ses ouvrages), il est souvent impossible de les déchiffrer dans le manuscrit. Bossuet indique par un seul mot ou par quelques initiales le passage de l'Écriture ou des Pères qu'il se proposait de citer en chaire; comme il écrit vite et n'écrit que pour lui-même, il cite de mémoire et sans renvoi. Ce sont les Blancs-Manteaux •qui, mettant sans doute en commun leurs souvenirs, ont consulté les originaux, vérifié les citations, indiqué au bas des pages l'auteur et le livre, ie chapitre et le verset, c'est un labeur immense qu'ils ont épargné à leurs successeurs, laïques ou clercs

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