PLAN DE L'ORATEUR. 3C
vaines idoles auxquelles leur cœur sacrifie. A-t-il réussi à leur inspirer, avec l'horreur de leurs fautes, le mépris des plaisirs grossiers et des Liens vulgaires? Il reste à les désabuser de l'honneur du monde, cette « chimère des esprits superbes. » C'est l'objet du sermon pour le dimanche des Rameaux où l'orateur épuise toutes les ressources de son éloquence. Mais le mystère que l'Eglise célèbre lui vient en aide : son argument décisif, c'estla Passion de Jésus-Christ. Il la raconte et il la commente ; il insiste sur toutes les circonstances de l'agonie du Calvaire et sur ses causes ; il développe une à une et lentement les péripéties douloureuses de cette « sanglante tragédie ; » et si son discours n'est pas interrompu par les larmes, il en rougit pour ses auditeurs, il s'en accuse lui-même, et, rappelant la désolation de la mère de Jésus, le trouble même de ces Juifs qui s'en retournaient après le supplice en se frappant la poitrine, il termine par cette pathétique exhortation :
Qu'il ne soit pas dit, chrétiens, que nous soyons plus (luis que les Juifs. Ah f toutes nos églises sont aujourd'hui un Calvaire : qu'on nous voie sortir d'ici battant nos poitrines. Faisons résonner tout ce calvaire de nos cris et de nos sanglots; mais que ce ne soit pas Jé^us- Christ tout seul qui en fasse le sujet : Ne pleurez pas sur moi, nous dit-il Je n'ai que faire de vos soupirs ni de votre tendresse inutile. Pleurez, pécheurs, pleurez sur vous-mêmes1. »
1. Premier sermon pour le Vendredi saint. — Péroraison. Ms., t. XIII, f« 278.
Ces paroles placées dans la bouche de Jésus crucifié sont le dernier appel à la pénitence. Le prédicateur ne peut plus s'adresser qu'aux pécheurs réconciliés ; il ne peut plus les entretenir que des promesses faites aux chrétiens renouvelés parla grâce l, et de la nécessité de persévérer dans la voie où ils sont rentrés, s'ils veulent continuer à jouir de la paix annoncée et faite par Jésus-Christ "2.
On voit par le dessein général de cette station dans quelle mesure Bossuet conciliait la liberté du choix des sujets avec les exigences de la tradition. Dans la suite de ses discours, il cherchait des rapports de convenances et l'harmonie d'un ensemble plutôt qu'un enchaînement rigoureux et l'unité d'un tout. Et cette considération peut, en un sens, diminuer nos regrets, quand nous songeons à tout ce qui nous manque des quatre Carêmes qui ont suivi celui des Minimes : ce que nous avons ne ressemble pas aux fragments d'un ouvrage inachevé ou mutilé ; plusieurs de ces discours ont certainement perdu quelque chose à ne plus venir à leur rang dans la série à laquelle ils appartenaient ; mais chacun d'eux avait un commencement et une fin dans les règles, aussi bien qu'un sujet distinct ; il était donc complet et pouvait, s'il était séparé du reste, se suffire à lui-même.
1. Sur la Vie nouvelle du Chrétien ressuscité avec le Sauveur. Deuxième sermon pour le jour de Pâques).— 2. Sur la Paix faite et annoncée par Jésus- Christ. C'est le seul sermon de Bossuet qui ait été composé pour le dimanche de Quasi modo.