‹ Bossuet orateurChapitre 133 sur 192 · Liv. I, cbap. I · texte numérisé non relu

Liv. I, cbap. I

l'i.i m ra dé ni n '109

ayant à traiter quelque poinl de morale chrétienne

nouveau pour lui, obéit à l'inspiration pi*i

sans être ni soutenu, ni gêné par de trop récents

souvenirs.

Il suffira d'un exemple, qui me parait considérable el décisif. Je parle des quatre sermons sur ht Passion de Jésus-Christ. Si Ton ne savait pas. de façon certaine, qu'ils ont été écrits de 16(30 à 16 et que deux d'entre eux ont été prêches devant Louis XIV, assurément on les croirait plus anciens que les sermons sur £ Honneur du ///mule, on sttr F Utilité des souffrances , ou sttr les Devoir* des , ou sur la Justice, prêches le dimanche des Rameaux dans les quatre mêmes stations. Je prends, dan? la I ission prêchée aux Minimes , la paraphrase de celle parole de saint Pierre : Tradebat autem jmlicanti se injuste [ :

Il (Jésus) se donne à eux pour en faire tout ce qu'ils veulent. On le veut baiser, il donne les lèvres: on le veut lier, il présente les mains ; on le veut souffleter, il tend les joues : happer à coups de bâton, il tend le do-: flageller inhumainement, il tend les épaules. On l'accuse devant Caïphe et devant Pilate , il se tient pour tout convaincu. Hérodeet toute sa cour se moque de lui, et on le renvoie comme un fou; il avoue tout par son silence. On l'abandonne aux valets et aux soldats, et il s'abandonne encore plus lui-même. Cette face autre! si majestueuse, qui ravissait en admiration le ciel et la

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terre, il la présente droite et immobile aux crachats de cette canaille; on lui arrache les cheveux et la barbe : il ne dit mot, il ne souffle pas ; c'est une pauvre brebis qui se laisse tondre. — « Venez s venez, camarades , dit cette soldatesque insolente; voilà ce fou dans le corps de garde, qui s'imagine être Roi des Juifs ; il faut lui mettre une couronne d'épines. » — « Tradebat autem judicanti se injuste. » Il la reçoit et elle ne tient pas assez ; il faut l'enfoncer à coups de bâton : frappez, voilà la tête. Hérode l'a habillé de blanc comme un fou. — « Apporte cette vieille casaque d'écarlate pour le changer de couleur. » — ((Mettez, voilà les épaules. » — « Donne, donne ta main, Roi des Juifs, tiens ce roseau en forme de sceptre. » — « La voilà, faites-en ce que vous voudrez. » — « Ah! maintenant ce n'est plus un jeu, ton arrêt de mort est donné ; donne encore ta main, qu'on la cloue. » — « Tenez, la voilà encore. » Enfin, assemblez-vous, ô Juifs et Romains, grands et petits, bourgeois et soldats; revenez cent fois à la charge; multipliez sans fin les coups, les injures : plaies sur plaies, douleurs sur douleurs, indignités sur indignités ; insultez à sa misère jusque sur la croix ; qu'il devienne l'unique objet de votre risée comme un insensé, de votre fureur comme un scélérat. Tradebat autem ; il s'abandonne à vous sans réserve , il est prêt à soutenir tout ensemble tout ce qu'il y a de dur et d'insupportable dans une raillerie inhumaine et dans une cruauté malicieuse * !

On est frappé, je n'en doute pas, de la vérité et du mouvement dramatique de ce récit ; une cer-

1. Premier sermon pour le Ye)idrcdisamt,2*\iO\rit. Ms., t. XIII, fr274

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