‹ Bossuet orateurChapitre 141 sur 192 · BOSSI'ET ET S. JEAN CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

BOSSI'ET ET S. JEAN CHRYSOSTOME

ôtest Qui étes-vous, et pourquoi venez-vous troubler mou repos ?» — Pourquoi ? Le demandez-vous ? C'est parce que votre sommeil est une léthargie, parce que votre repos est une mort, parce que je ne puis vous voir courir à votre perte éternelle en riant, en jouant, en battant des mains , comme si vous alliez en triomphe. Je viens ici pour vous troubler dans cette paix pernicieuse. Surge, qui dormis, et e.rsurge a mortuis1.

VA il rend la liberté, il rend la parole à cette conscience dont on avait étouffé la voix :

Parle, parle, ô conscience captive ; parle, parle, il est temps de rompre ce silence violent que l'on t'impose. Nous ne sommes point dans les bals, dans les assemblées. dans les divertissements, dans les jeux du monde ; c'est la prédication que tu entends, c'est l'Église de Dieu où tu es. Il t'est permis de parler devant ses autels; je suis ici de sa part, pour te soutenir dans tes justes reproches. Raconte à cette impudique toutes ses infamies, à ce voleur public toutes ses rapines, à cet hypocrite qui t.-umpe le monde la honte de son ambition cachée, à ce vieux pécheur qui avale l'iniquité comme l'eau, la longue suite de ses crimes ; dis-lui que Dieu qui l'a souffert ne le souffrira pas toujours : Tacui. numquid semper tacebo *?....

La conscience parlera dans le secret, sans doute. mais on voit qu'elle usera pleinement du droit qui lui est rendu et ne ménagera pas les termes. Le sermon sur nos Dispositions à regard des

1. Eplus.y v, 14. — 2. 2* point du même sermon Ms, lhhl..i. 9.

cessités de la vie ramène souvent de tels dialogues entre le pécheur pris à partie qui se débat ou qui hésite et le prédicateur qui le gourmande ; ici, Bossuet étale à ses yeux la vanité des richesses, dont l.i jouissance éphémère est sujette à tant de vicissitudes :

— « Mais je jouirai de mon travail. » — Et pour dix ans que tu as de vie ! — « Mais je regarde ma postérité que je veux laisser opulente. » — Peut-être que ta postérité n'en jouira pas. — « Mais peut-être aussi qu'elle en jouira. » — Et tant de sueurs pour un peut-être1 !....

Là, il veut obtenir de famé désabusée qu'elle mette au rang des biens superflus et méprisables la vie elle-même :

Je vous ai appris , âmes lidèles, à mépriser les biens superflus ; méprisez donc aussi votre vie ; car elle vous est superflue, puisque vous en attendez une meilleure. — x Je n'avais qu'un héritage, on me l'a brûlé, ah ! l'on m'ôte le pain des mains. — Mais j'en ai un autre aussi riche. » Vous ne perdez rien que de superflu — . Donc si nous pensons à l'éternité , toutes choses seront superflues.... — La perte de ce procès ôte le pain à vous et à vos enfants? Courage, mon frère, il vous reste encore cette nourriture immortelle qui est promise dans l'Évangile à ceux qui ont faim de la justice : ah ! ils seront rassasiés éternellement. Lâche et incrédule, pourquoi dites

1. Quatrième dim.,3e point. Ma., t. XII, f. 309. C'est la première esquisse d'un des morceaux les plus célèbres du sermon sur VAm ■ bition.

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