er point. — 2. lie point. — 3. 3e poiut
sans miséricorde, etc'estpar oùBossuet termine son discours, reprenant sans cesse sous de nouvelles formes ridée qui en fait la force :
Ceci nous manquait encore pour établir l'autorité
sainte de la parole de Dieu ; il fallait encore ce nouveau rapport entre la doctrine sacrée et l'Eucharistie. Celleci, s'approchant des hommes, vient discerner les consciences avec une autorité déjuge; elle couronne les uns, elle condamne les autres : ainsi la divine parole, ce pain des oreilles, ce corps spirituel de la vérité, ceux qu'elle ne touche pas. elle les juge ; ceux qu'elle ne convertit pas, elle les condamne; ceux qu'elle ne nourrit pas, elle les tue.
L'orateur chrétien n'aurait garde de compromettre la dignité de son ministère en se mettant luimême en cause ; il paraît ne songer qu'aux autres, et définir la façon dont il faut l'entendre, plutôt que la façon dont il doit parler. Mais, puisque c'est Jésus-Christ que Ton écoute, l'oblig-ation de prêter l'oreille du cœur au prédicateur invisible est plus impérieuse encore pour le prédicateur que pour les simples fidèles ; leurs devoirs sont étroitement liés, et, lorsque Bossuet invite ses auditeurs à rentrer dans leur conscience, l'accent de sa parole et l'ordre même de son discours montrent assez qu'il a commencé par interroger la sienne jusque dans ses plus intimes profondeurs :
Que chacun parle à «a conscience, et s'interroge soimêmeen quel esprit il écoute. Que chacun pèse devant Dieu
SERMON S r i ; LA PAROLE DE DIEU. 349
si c'est un crime médiocre de ne faire plus, comme nous faisons, qu'un divertissement et un jeu du plus grave, du plus important, du plus nécessaire emploi d\ l Église; car c'est ainsi que les saints conciles comment le ministère de la parole. Mais pensez maintenant , mes frères, quelle est l'audace de ceux qui attendent ou exigent même des prédicateurs autre chose que l'Évangile; qui veulent qu'on leur adoucisse les vérités chrétiennes , ou que. pour les rendre agréables, on y mêle les inventions de l'esprit humain. lis pourraient, avec la même licence, souhaiter de voir violer la sainteté de l'autel en falsifiant les mystères. Cette pensée vous tait horreur; mais sachez qu'il y a pareille obligation de traiter < la sainte
parole et les mystères sacrés : d'où il faut tirer celte conséquence, qui doit faire trembler tout en^iiiin et / s dicateurs et les auditeurs, que tel que serait le crime de ceux qui feraient ou exigeraient la célébration des divins mystères autrement que Jésus- Christ ne les a laissés, tel est l 'attentat dès prédicateurs, et tel celui des auditeurs. quand ceux ci désirent et que ceux-là donnent la parole de l'Évangile autrement quenel'a déposée entre les mains de son Église le céie>te prédicateur que le Père nous ordonne aujourd'hui d'entendre : Jj^suut an>hlr '.
Pour se maintenir à la hauteur de tels principes, on n'est pas surpris de voir Bossuet reprendre les sévères maximes de saint Paul et, comme l'Àp< prescrire aux prédicateurs de se rendre recommandantes dans Les consciences par la manifestation de la vérité*, sans s'étudiera Qatter les oreilles, ni
i. i . -< Le texte du sermon, tiré de l'Evangile du jour. Alatth., xv u, :-. — 1'. Il Cor., iv, 2.
poursuivre uue vaine renommée. De nouveau, il tempère cette doctrine austère par celle de saint Augustin, qui fait à Féloquence sa part dans les discours chrétiens, d'une façon moins jalouse, mais avec une extrême circonspection. Elle doit suivre comme une servante sans être appelée ', c'est-à-dire qu'elle ne doit pas être « recherchée avec trop d'étude; il faut qu'elle vienne comme d'elle-même, attirée par la grandeur des choses, et pour servir d'interprète à la sagesse qui parle. »
Ainsi le prédicateur évangélique , c'est celui qui fait parler Jésus-Christ ; mais il ne lui fait pas tenir un langage d'homme, il craint de donner un corps étranger à sa vérité éternelle. C'est pourquoi il puise tout dans les Écritures, il en emprunte même les termes sacrés , non seulement pour tortiller, mais pour embellir son discours. Dans le désir qu'il a de gagner les âmes, il ne cherche que les choses et les sentiments. Ce n'est pas, dit saint Augustin* , qu'il néglige quelques ornements de l'élocution, quand il les rencontre en passant et qu'il les voit comme fleurir devant lui par la force des bonnes pensées qui les poussent ; mais aussi n'affecte-t-il pas de s'en trop parer, et tout appareil lui est bon, pourvu qu'il soit un miroir où Jésus-Christ paraisse en sa vérité, un canal d'où sortent en leur pureté les eaux vives de son Évangile; ou, s'il faut quelque chose de plus animé, un interprète fidèle qui n'altère ni ne détourne, ni ne mêle, ni n'affaiblisse sa sainte parole 5.