‹ Bossuet orateurChapitre 148 sur 192 · SERMON SUR LA HAINE DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

SERMON SUR LA HAINE DE LA VÉRITÉ

Ces belles paroles, où Bossuet résume avec tant d'autorité la doctrine de saint Augustin sur L'éloquence, et, mieux que son maître, unit l'exemple au précepte, pourraient être considérés comme le dernier mot de la rhétorique chrétienne. Prononcées presque au début du Carême des Carmélites, elles prenaient à cette place le caractère d'un engagement solennel, que Bossuet, du reste, a tenu, pendant toute la durée de cette station, avec la plus rigoureuse fidélité.

On sait déjà que, pour Bossuet, le plus facile à promettre et à tenir, c'était de ne point altérer par un coupable mélange la simplicité de l'Evangile. A aucun moment de sa vie, il ne s'est montré plus occupé de la défendre contre les illusions et les sophismes1. Il n'accuse pas seulement les casuistes, mais ceux qui les fatiguent de leurs consultations infinies et surprennent leur complaisance ; il remonte au vrai coupable, qui séduit les uns et les autres : c'est l'amour-propre, toujours ennemi de la vérité, qu'il connaît pourtant et dont il croyait aimer la beauté céleste, mais qu'il cherche presque aussitôt à oublier et à haïr, parce qu'elle contrarie ses inclinations, et, jusqu'au sein des plaisirs. le poursuit de ses reproches.

Par une comparaison agréable, l'orateur nous

1. Voyez, ce que j'ai dit plus haut (liv. I, chap. V, p. 198-200) du Panégyrique de $aini Joseph.

3o2 CARÊME DES CARMÉLITES.

conduit à la toilette d'une femme mondaine, follement amoureuse de ces agréments de la personne qui durent un jour. La glace trop fidèle lui montret-el!e en plein sa laideur ? elle cherchera d'abord un miroir qui flatte; puis, elle aura recours au plâtre, aux fausses couleurs, pour se refaire un visage et laisser jouir sa vanité du spectacle d'une beauté imaginaire. Ainsi fait le pécheur : il court après ses désirs, et perd la beauté de son âme. La règle de vérité lui montre alors sa difformité, qui l'étonné et lui fait horreur. Il faut, à tout prix, changer ce miroir, qui mentait sans doute, et repaître nos yeux d'une image dont notre orgueil ait moins à souffrir. On croit entendre délibérer l'âme faible qui travaille à s'abuser elle-même :

« Ces lois austères, dont on nous effraye , ne sont pas les lois de l'Évangile; elles1 ne sont pas si fâcheuses, ni si ennemies de l'humanité. Cette loi de la dilection Mes ennemis, cette sévérité de la pénitence et de la mortification chrétienne, ce précepte terrible du détachement du monde, de ses vanités et de ses pompes , ne se doit pas prendre au pied de la lettre : tout cela tient plus du conseil que du commandement absolu. » — Nous éloignons ces dures maximes, et nous mettons en leur place, ainsi qu'une glace flatteuse, les maximes d'une piété accommodante.

1 . Pour : celles ci. — 2. Addition marginale que je crois remettre à sa véritable place. Bossuet a senti après coup le besoin de développer ce qu'il disait d'abord d'une façon plus générale de oc ces lois lères. j> Puis viendra naturellement cette transition : <( Nous éloignons ces dures maximes »

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