‹ Bossuet orateurChapitre 149 sur 192 · SERMON SUE LA II UNK DE LA VERITE · texte numérisé non relu

SERMON SUE LA II UNK DE LA VERITE

Mais, chrétiens . il est malaise de détruire tout à fait en nous cette règle de vérité, qui est si profondément empreinte en nos âmes; et, quelque petit rayon qui nous

en demeure, c'est assez pour convaincre nos mauvaises mœurs et notre vie licencieuse. Cette pensée nous chagrine, mais notre amour-propre s'avance à propos pour nous ôter cette inquiétude; il nous présente un tard agréable, il don no de fausses couleurs à nos intentions, il dore si bien nos vices que nous les prenons pourdes vertus. Voilà, chrétiens, les deux manières par lesquelles nous falsifions et l'Évangile et nous-mêmes : nous craignons de le découvrir en sa vérité et de nous voir nous-mêmes tels que nous sommes. Nous ne pouvons nous résoudre à nous accorder avec l'Évangile par une conduite réglée : nous tachons de nous approcher1, en déguisant l'un et l'autre-, en luisant de l'Évangile un assemblage monstrueux de vrai et de faux, et de nous-mêmes un personnage de théâtre qui n'a que des actions empruntées, et à qui rien ne convient5 moins que ce qu'il parait1.

Bossuet s'afflige et s'indigne encore une fois de ers i détours infinis » où Ton a cherché à perdre « la trace toute droite de la vérité, » de tant de questions et d'incidents, qui « raffinent sur les chicanes du barreau » et qui « enveloppent la règle (Ns mœurs. » Pour couper court à toutes ces « fausses subtilités, » il lui suffit de quelques paroles loyales, marquées, selon sa coutume, au coin du bon sens, et appuyées sur latraditîonde VÉ

1. De cet accord. — 2. L'Évangile et nous. - ::. Ne se rapporte effectivement. — 1. Sur la Haine de la Vérité, -Ie point

A Dieu ne plaise qu'il consente à faire de F écolo de Jésus-Christ une académie où chacun s'amuse à disputer « comme il lui plaît ! » Sans nier qu'il puisse quelquefois se rencontrer des difficultés extraordinaires, il renvoie les scrupuleux à deux grands docteurs qui savent bien régler les consciences « sur la plupart des devoirs du christianisme » : c'est la simplicité et la bonne foi, dont il ne craint pas d'assurer qu'elles laisseront peu de questions indécises. Et, serrant de plus près ceux qui subtilisent sans mesure, il engage avec eux ce dialogue :

Aimez vos ennemis, faites-leur du bien. — «Mais c'est une question, direz-vous, ce que signifie cet amour, si aimer ne veut pas dire ne les haïr point; et pour ce qui regarde de leur bien faire ' , il faut savoir dans quel ordre, et quoi*. » —C'est peut-être qu'il suffira de venir à eux, après que vous s aurez épuisé votre libéralité sur tous les autres; et alors ils se contenteront, s'il leur plaît, de vos bonnes volontés *.

Raffinements ridicules ! Aimer, c'est-à-dire aimer. L'ordre de faire du bien à nos ennemis dépend des occasions particulières que Dieu nous * présente pour ral-

1. Les éditeurs corrigent et mettent : leur faire du bien. Bossuet se servait encore de l'expression latine : iis benefacere. — 2. Var. : Dans quel ordre et s'il ne suffit pas de venir à eux. — 3. Bossuet avait rois d'abord : nous aurons. Il continuait à faire parler les casuistes. Mais la patience lui échappe, il reprend la parole et continue sur le ton de l'ironie. — 4. Var. : de nos bons désirs. — 6. Ici, au contraire, Bossuet quitte la seconde personne pour la première. Il se fait sa part du précepte, et tient l'engagement qu'il avait pris en disant : « Ne faisons ici la guerre à personne, sinon à nous-mêmes et à nos vices. »

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