‹ Bossuet orateurChapitre 150 sur 192 · SERMON SUR LA HATNE DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

SERMON SUR LA HATNE DE LA VÉRITÉ

lumer,s'il se peut, en eux le feu de la charité que nos inimitiés ont éteint; pourquoi rattinerdavantage? Grâce à la miséricorde divine, la piété chrétienne ne dépend pasdes inventions de l'esprit humain . et , pour vivre selon Dieu en simplicité, le chrétien n'a pas besoin d'une grande étude, ni d'un grand appareil de littérature ; « peu de choses lui suffisent, dit Tertullien , pour connaître de la vérité ce qu'il lui en faut pour se conduire l. »

Bossuet fait bonne et prompte justice des artifices de toute sorte par lesquels Tamour-propre réussit à prendre le change sur sa conduite et sur les règles qui le condamnent. Il le poursuit dans les voies tortueuses où il se dérobe, l'oblige à se voir, sans déguisement, tel qu'il est, à se juger selon ses œuvres, à reconnaître la vérité et à la trouver belle lorsqu'elle lui reproche ses fautes, comme il le fait si aisément lorsque cette divine lumière dévoile et confond d'autres coupables. Si les pécheurs s'obstinent, il les reprendra durement ; il leur jettera au front « des vérités toutes sèches. » Murmureront-ils jusqu'à la fin, d'une voix suppliante :

« Dites-nous des choses qui nous plaisent , trompeznous par des erreurs agréables.... Enseignez-nous des voies détournées où nous puissions nous sauver avec nos vices »

Il faut les étonner pour qu'ils rentrent en euxmêmes, et obtenir d'eux qu'ils cessent au moins de

1. Christiano panels ad selentiam reritatis ojnis est. — Tertull., De uni ma, '2,

3o6 CARÊME DES CARMÉLITES.

chercher des flatteurs jusque dans la chaire et au tribunal de la pénitence :

Cherchez-y des amis et non des trompeurs, des juges et non des complices... Ne vous contentez pas de replâtrer où il faut toucher jusqu'au fondement. C'est un commencement de salut d'être capable des remèdes forts. Ne cherchez ni complaisance ni tempérament , ni adoucissement ni condescendance. Venez, venez rougir tout de bon, tandis que la honte est salutaire ; venez vous voir tout1 tels que vous êtes, afin que vous ayez horreur de vous-mêmes, et que, confondus par les reproches , vous vous rendiez enfin dignes de louanges a —

Tel est le véritable esprit de la condescendance chrétienne, qui veut bien que la charité soit patiente et qu'elle supporte l'infirmité, mais « sans l'excuser, sans lui complaire, » sans rien relâcher des droits de la vérité, qui est inflexible.

L'orateur se sent à Taise pour tenir ce ferme langage dans une de ces maisons où il se plaisait à retrouver une image de la primitive communauté chrétienne, devant ces âmes « saintes etreligieuses,» que leur détachement de la terre et la pureté qu'elles professent « égalent en quelque sorte aux Anges 3.» Aussi à peine s'est-il arrêté, dans cette station, aux arguments que le simple bon sens suggère ou accepte ; la fragilité de la vie*, l'inconstance de la

1. Tout tels, tout a fait tels que vous êtes. — 2. 3e point. — 3. Deuxième sermon pour la Pentecôte. — 4. Ibid., :Je point,

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