SERMON SUR LES SOUFFRANCES
récompense et si prompte et si magnifique, relève l'espérance et le courage de ceux qui souffrent sans murmure ' ; l'exemple du mauvais larron qui, s'endurcit et ne cessera de souffrir sur la croix que pour endurer les peines éternelles, avertit et menace les opiniâtres que la souffrance éprouve sans les instruire *. Mais la partie essentielle du discours (comme il arrive souvent chezBossuet), c'est la première où il parle de Jésus-Christ lui-môme, « loi vivante » et « règle animée » des chrétiens. Quel est le chemin de la perfection, quelle est la voie du salut, sinon d'entrer dans l'esprit de Jésus, un « esprit vigoureux qui se nourrit de douleurs et qui fait ses délices des afflictions? » A cet appétit de. souffrances qui ne peut être rassasié que par la mort, le prédicateur rougit d'opposer la délicatesse de ceux qui se croient les enfants de Jésus-Christ :
Eh bien ! Messieurs, la loi des souffrances vous semblet-elle écrite sur notre modèle en des caractères assez visibles ? Jetez, jetez les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi.... Regardez-le parmi ses souffrances. Chrétiens, c'est de ses blessures que vous êtes nés ; il vous a enfantés à la vie nouvelle parmi ses douleurs immenses; et la grâce qui vous sanctifie, et l'esprit qui vous régénère est coulé sur vous avec son sang de ses veines déchirées. Enfants de sang, enfants de douleurs, quoi ! vous pensez vous sauver parmi les délices3!
Non seulement Jésus-Christ veut qu'on souffre
L 2* point. — 2. 3« point. — 3. 1er point. Ma., t. XIII, f. 200.
comme lui : il veut souffrir dans les membres de son corps mystique. Et comment l'Eglise « qui est son corps, » comment les fidèles qui sont « ses membres» » et que leur profession oblige à porter « imprimé sur eux le caractère de sa croix et de ses souffrances, » comment lui refuseraient-ils un sacrifice qui est si peu de chose au prix du martyre où couraient les premiers chrétiens : la soumission d'un cœur blessé par la perte de ce qu'il aimait, quelques travaux entrepris pour l'amour de Dieu et les larmes de la pénitence?
Les cérémonies du Vendredi saint ramènent le prédicateur et tous les fidèles avec lui au pied de la croix. Il recommence à lire, dans le livre sanglant qui renferme c toute l'économie du salut, » larègle infaillible de nos jugements et de nos actions. La croix apprend au chrétien à mépriser les biens de ce monde et la plus décevante de ses illusions, le faux honneur. La croix lui apprend à n'estimer rien que son âme, faite à l'image de Dieu, et rachetée au prix du sang de Jésus. La croix lui apprend à quitter tout saus regrets pour la sauver t en allant à Dieu et à son royaume *. » On voit avec quelle complaisance Bossuet revient à ces grandes leçons, avec quelle énergie il y insiste, avec quelle scrupuleuse fidélité il s'applique à développer dans toute leur force les principes les plus rigoureux et les maximes les plus austères de la foi chrétienne.