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C'est l'opinion développée avec force par M. Havet

372 CARÊ31E DES CARMÉLITES.

Pascal l'honneur d'avoir exercé sur Tesprit de Bossuet une influence décisive ? La tentation, je dois l'avouer, était bien forte : comment ne pas songer à Pascal, lorsqu'on retrouve, à chaque instant, dans tel ou tel de nos sermons , non seulement l'idée générale de son Apologie de la religion, mais ses arguments familiers., et parfois le tour même qu'il leur a donné ou quelques-unes de ces expressions saisissantes qui Semblent caractériser son style? De ce point de vue, les rapprochements étaient inévitables; on en a déjà fait beaucoup : j'ajouterai qu'il serait facile de les multiplier à l'infini.

Il faut réserver, dans cette discussion, une place à part pour Je morceau de Bossuet qui l'a provoquée. Vers la fin du premier point de son sermon pour la profession de foi de J/me de la Vallière, l'orateur s'écriait :

.... 0 Dieu, qu'est-ce donc que V homme ? Est-ce un prodige ? Est-ce un composé monstrueux de choses incompatibles? Ou bien est-ce une énigme inexplicable?

Non, Messieurs, nous avons expliqué V énigme. Ce qu'il y a de si granddans l'homme est un reste de sa première institution; ce qu'il y a de si bas et qui paraît si mal assorti avecsespremiersprincipes,cV.s?te malheureux effet de sa chute. Il ressemble à un édifier ruiné, qui, dans ses masures renversées, conserve encore quelque chose de la beauté et de la grandeur de son premier plan. Fondé dans son origine sur la connaissance de Dieu et sur son amour, par ^a volonté dépravée il est tombé en ruine : le comble s'est abattu sur les murailles, et les murailles sur le

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fondement. Mais qu'on remue ces ruines , on trouvera dans les restes de ce bâtiment renversé, et les traces des fondations, et l'idée du premier dessein, et la marque de l'architecte. Uimpression.de Dieu -reste encore en l'homme si forte mil ne peut la perdre et tout ensemble si faible qu'il ne peut la suivre ; si bien qu'elle semble n'être restée que pour le convaincre de sa faute et lui faire sentir sa perte!

On comprend que M. Faugère ' n'ait pu lire ces paroles éloquentes sans se demander si Bossuet, lorsqu'il les prononça, connaissait ce fameux passage de Pascal :

Quelle chimère est-ce donc que l'homme? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d'incertitude et d'erreur, gloire et rebut de l'univers - 1

A la question posée par M. Faugère, M. Havet ne balance pas à répondre par une affirmation catégorique et à dire que cette belle page de Bossuet a été écrite sous l'inspiration des Pensées*. J'en tomberai d'accord, pour cette fois, sans difficulté. Le li\ re des Pensées avait paru dans les premiers jours

1. Penser* ohoiHai âe Blai*6 Pascal, Paris, Delalain, 1848, in -12. p. 226, en note. — 2. Les premiers éditeurs avaient atténué la pensée de Pasral, en substituant à ces mots : a cloaque d'incertitude ,•1 d'erreur,* ceux-ci: « amas d'incertitude;» ils avaient aussi effacé ces «lux exclamations : ce quel monstre ! quel prçdige ! n II est curieux de retrouver bous la plume de Bossuet les vives expressions qui on1 effrayé Port-Royal. — 3. Pensée» de Patoal, 1861, p. 120, 123 (en note).

de l'année 1670 *, et je crois fermement que Bossuet n'aura pas été des moins empressés à lirt* un nouvel ouvrage de l'auteur des Provinciales. 111' avait lu, lorsqu'il prononça V Oraison funèbre de Madame (21 août 1670) et, cinq ans plus tard, le sermon pour la profession defoideMme de la V allier e (4 juin 167oj. S'il arrive donc qu'en reprenant un de ses anciens discours, il le modifie pour se rapprocher d'une façon presque évidente de ce que M. Havet appelle si bien « le cri de Pascal éperdu, ou le « double tranchant de sa dialectique, » il est vraisemblable, et je veux regarder comme certain, que l'impression récente encore de la lecture des Pensées a été pour quelque chose dans ce changement.

Mais ce changement ne peut plus être, à ce moment de la carrière de Bossuet et dans la suite de ses œuvres, qu'un accident de médiocre conséquence. Il n'est d'ailleurs facile à ressaisir que dans le détail et dans la nuance du style. L'antithèse qui fait le fond du développement, les expressions les plus saillantes, le tour même de ces exclamations passionnées, est-ce à Pascal que Bossuet les emprunte, lorsqu'il les retrouvait, plus aisément que nous ne pouvons le faire nous-mêmes, dans le sermon sur la Mort, prêché au Louvre en 1662, dans le sermon sur la Passion de Jésus-Christ, prêché aux Carmélites en 1661 ?

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