‹ Bossuet orateurChapitre 166 sur 192 · Pensées, art. IX. — 2. lî/iâ., art. Xili · texte numérisé non relu

Pensées, art. IX. — 2. lî/iâ., art. Xili

brasse La vérité en versant des pleurs de joie *. Ainsi Pascal, soit qu'il exprime la pitié, la surprise, la colère, ou les angoisses du doute, ou les ravissements de l'extase, obéit sur l'heure à l'émotion qui le possède, et c'est ce qui rend son éloquence si contagieuse, pour emprunter à M. Havet un mot heureux, qui en marque bien toute la force et peut-être aussi le défaut. Oui, c'est une éloquence contagieuse ; elle pénètre au fond des cœurs les plus rebelles et elle y porte le trouble, mais pour l'y laisser; en vain Pascal nous promet-il, d'un ton assuré, la paix sansfm qui accompagne la certitude : peut-on compter sur son témoignage et partager sesillusions, lorsque la véhémence de son langage trahit ou la sombre ardeur d'un sectaire, ou la fiévreuse exaltation d'un malade, ou l'effort désespéré d'une âme tourmentée par le besoin de croire et que le doute menace de ressaisir jusque dans le sein de la foi ?

Cette sérénité dans la foi, que Pascal a cherchée avec tant d'ardeur sans pouvoir jamais y atteindre, a été le partage de Bossuet ; elle a fait l'unité de sa vie, elle a fait aussi l'originalité de saparole. Bossuet s'émeut, il s'enflamme, il s'exalte jusqu'à l'enthousiasme ; mais il n'est jamais troublé, il ne trouble pas; il rassure et il entraîne. Pour vaincre rindifférence, pour confondre l'incrédulité, il sait tracer de vives peintures de l'aveuglement et du malheur de

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