‹ Bossuet orateurChapitre 168 sur 192 · Sur lu Dicinité de la Religion (16G5), 1er point · texte numérisé non relu

Sur lu Dicinité de la Religion (16G5), 1er point

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i>q est moins tourmenté du sentiment de son péril et de la faiblesse : e1 pourtant les plus résolus ue peuvent se défendre de quelque tristesse en com< parant le peu de fruit de leurs efforts et les inévitables incertitudes de leur pensée avec cette foi pleine et entière, où Bossuet a puisé une sécurité si profonde et de si Sublimes inspirations.

Je trouve les noms de Pascal et de Bossuet réunis d'une façon inattendue et singulière sous la plume d'un écrivain dont on connaît l'extrême délicatesse : « A mon gré, disait Joubert1, Bossuet c'est Pascal^ mais Pascal orateur, Pascal évêque, Pascal docteur, Paseal homme et homme d'Etat, homme de cour, homme du monde, homme d'église, Pascal savant dans toutes sortes de sciences, et ayant toutes les vertus aussi bien que tous les talents. Je m'arrête, ajoute-t-il , je crains de vous scandaliser. » La crainte est assez fondée, car ce rapprochement, sur plus d'un point, manque de justesse, et il faudrait, par exemple, changer du tout au tout le fond même d'un caractère, pour se représenter Pascal évoque, Pascal homme d'État ou homme de cour.

La partialité de Joubert est d'ailleurs hop évidente, et, si grand que soit Bossuet, c'est lui trop accorder sans doute que de voir dans ses œuvres la suite et le ronronnement de tout ce que P

1. Lettre à M. Mo(ê, du 30 mars 1804. — Joubert, Œuvres, t. I, p. 127.

avait essayé, l' accomplissement de tout ce que Pascal avait promis. Bossuet ne surpasse point Pascal, il ne lui ressemble pas à ce point. J'ajouterai qu'il ne serait même pas très exact de dire qu'il le continue : la vérité est qu'il lui succède, et que la même année a vu Pascal mourir et Bossuet prendre possession de la plénitude de son génie (1662). Sept ans plus tard, on devait voir Bourdaloue s'emparer de la chaire en maître, au moment où Bossuet cessait de prêcher (1669). Tous deux ont pu, au déclin d'une vie pleine de jours et d'oeuvres, entendre les premiers sermons prêches à Versailles par Massillon (1699). De telles rencontres font songer à cet arbre mystérieux dont la branche fatale devait faire tomber devant Enée toutes les barrières ; le héros la saisit, elle céda sans effort à la main prédestinée, et sur-lechamp fut remplacée par une autre :

Uno avulso, non déficit alter Anreus et simili frondescit virga métallo '.

Telle fut la destinée de l'éloquence chrétienne, sous le règne de Louis XIV : trois fois dans un demisiècle, l'arbre sacré, sans épuiser sa fécondité merveilleuse, laissa cueillir et vit repousser aussitôt le rameau d'or.

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