‹ Bossuet orateurChapitre 171 sur 192 · ASPECT DES MANUSCRITS AUTOGRAPHES · texte numérisé non relu

ASPECT DES MANUSCRITS AUTOGRAPHES

nés comme un premier, un second, un troisième sermon pour le jeudi de la cinquième semaine ; mais l'abbé Vaillant a montré sans peine, bd s'appuyant sur le texte très formel de l'orateur, qu'ils se font suite et développent le même Evangile, celui de la Madeleine '. Enfin nous possédons le sermon sur les Devoirs dès m m, et le sermon sur la Passion de Jésus-Christ, prononcés le jour des Rameaux el le vendredi saint (7 avril) P. En tout, onze discours entiers et deux fragments dont l'origine et la date sont également certaines.

Pour quelques-uns de ces discours, je n'ai cependant qu'une preuve, et la tire du seul aspect du manuscrit. Mais cette preuve est suffisante à ce moment de la carrière de Bossuet, et surtout lorsqu'il ne s'agit plus que de répartir entre les deux Carêmes de 1662 et 1666 les sermons qui ont été prêches m présence de Louis XIV. Les habitudes de composition de l'orateur et les formes mêmes de son écriture ont tellement changé dans cet intervalle

1. Étude twr le» iernemde ItaatNrf, p. 101-103. La Gazette no

mentionne que le sermon du mercredi M mars (p. 308). Évidemment, il y a là une lacune. — 2. (jdztttr, p. 861-i. — Le jour de P&quea, il n'y avait pas de prédication au Louvre Le poi si la reine communiaient à .Saint-Germain-l'Auxerrois et entendaient le sermon à fêaint-Kuatache, leurs deux paroisses. Le !» avril 1662, la (ùiwttc nons apprend (p. 375) que Leurs V , mendirent.

avec une satisfaction singulière, la prédication que Pom I

rai de l'ordre des Feuillants, fit avec beaucoup de doctrine et d'éloquence. »

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que, s'il était permis de briser la reliure des gros volumes conservés à la Bibliothèque impériale pour en modifier l'ordre et former de chacun de ces deux Carêmes un cahier distinct, j'affirme qu'aussitôt le partage ne ferait plus l'ombre d'un doute, et que personne ne serait plus tenté de déplacer ni le sermon sur la Providence, pour l'attribuer au Carême de Saint-Germain, ni le sermon sur l Amour des plaisirs, en disant qu'il a été prêché au Louvre *. Quelques mois à peine avaient séparé le Carême du Louvre du Carême des Carmélites : aussi offrent-ils, au premier coup d'oeil, des différences beaucoup moins sensibles; lorsqu'on est arrivé à les saisir, elles sont caractéristiques et révèlent, jusque dans les moindres choses, le redoublement de soin qui a présidé au nouveau travail de Bossuet. Ainsi les marges, que le jeune orateur n'avaitpas même senti le besoin de réserver sur les larges feuilles du Carême des Minimes, sont dorénavant uniformes, souvent chargées, non seulement de renvois aux textes sacrés, mais d'additions faites après coup et de corrections étudiées. En même temps, la grande écri-

1. Je restituerai ainsi au Carême de Saint- Germain (lfiiiG) les sermons sur V Aumône, sur V Honneur, sur V Enfant prodigue (c'est le titre que Bossuet donnait au sermon sur F Amour des plaisirs), sur la Charité fraternelle, sur le Culte dû à Dieu, la troisième rédaction du sermon sur V Ambition, la seconde du sermon sur la Haine de la vérité, qui appartiennent indubitablement à cette station, tout aussi bien que le 2e sermon pour la Purification, le sermon sur la Justice et le 4e sermon sur la Passion de JV.-S. Jésus- Christ.

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ture si distincte et si lisible, qui est, avec de simples nuances, celle de nos sermons, à partir de 1657, esl devenue, dans les sermons du Louvre, plus grêle, mais plus ferme, plus régulière; la plume n'y court plus avec autant de confiance et de fougue sur le papier; c'est au point que, lorsqu'on les compare aux sermons de l'année précédente, on croirait voir, en regard d'un premier brouillon, une mise au net.

Si telle est l'impression que laisse, au premier abord, le seul aspect des manuscrits, une étude attentive des discours ne peut que la justifier et l'affermir. Dans cette mise au net, on voit presque entièrement disparaître les dernières imperfections que je signalais dans le Carême des Carmélites: d'une part, les irrégularités qui trahissaient la précipitation du travail; de l'autre, les subtilités de doctrine et de langage où l'orateur, parlant pour le petit nombre des âmes choisies, avait insensiblement fini par se complaire.

Au Louvre, Bossuet parlait à des mondains : il fallait bien mettre à leur portée les obscurités du dogme par des formes d'exposition plus transparentes. De ces hautes considérations, qui exigent (et Bossuet le sait bien) une application très soutenue, il se montre plus pressé de tirer des règles de conduite, plus soigneux d'animer son discours par des exhortations ou reparaît cette familiarité véhémente dont il avait le secret lorsqu'il s'adressait à un

auditoire populaire. Du reste, lorsqu'il touche au fond même de la doctrine, il l'expose comme aux Carmélites avec force et dans sa pureté. Son langage n'est pas moins digne du sanctuaire; mais, dépouillé d'allégories et de figures, plus austère et plus accessible en même temps, il ne s'adresse plus seulement aux initiés : les lumières du sens commun suffisent pour y atteindre, comme la simplicité du cœur pour en être ému '.

Le brillant cortège qui accompagnait le roi, la reine ou la reine mère dans la chapelle du Louvre, ne rappelait en aucune façon ni l'auditoire nombreux, mêlé et bruyant de l'église des Minimes, ni la silencieuse austérité de la chapelle des Carmélites. Ce n'était plus le couvent, ce n'était plus la ville, mais la cour, c'est-à-dire l'élite de la société polie, ces nobles seigneurs, ces grandes dames qui se piquaient d'estimer et de cultiver le bel esprit, pour qui Vaugelas avait fixé dans ses Remarquas les règles de leur propre langage et dont Molière, dans la Critique de l'Ecole des Femmes, ne craignait pas d'invoquer le jugement. C'était le moment précis où, dans les rangs mêmes de cette noblesse dont nos rois aimaient à se montrer entourés, Mme de Sévigné écrivait à M. de Pomponne le journal des interrogatoires deFouquet, où Mmc de la Fayette publiait la Princesse de Montpemier, où

1. Voyez comment il explique dans le sermon sur V Annonciation le mystère du Dieu fait chair, et définit l'amour de Dieu pour ses créatures.

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