‹ Bossuet orateurChapitre 172 sur 192 · DERNIERS PROGRÈS DE L'ORATEFR · texte numérisé non relu

DERNIERS PROGRÈS DE L'ORATEFR

La Rochefoucauld revoyait ses Maximes. On aimait les idées justes et fines, les expressions choisies, toutes les élégance» de la pensée et du langage. Du haut de cette chaire, accoutumée aux discours étudiés des Senault et des Leboux, il paraissait nécessaire, non pas, sans doute, de chatouiller les oreilles par la douceur passagère d'un entretien agréable i3 mais de satisfaire pourtant ces délicats que les inégalités de l'improvisation n'auraient pas rebutés moins sûrement que la mysticité du cloître ou le pédantisme de l'école.

Il sera bon de montrer tout au juste, par un exemple, dans quelle mesure Bossuet a entendu l'a ire ia part de cette nouvelle nécessité. Le sermon sur la Prédication évanc/élique reproduit presque toutes les idées du sermon sur la Parole de Dira- ; il les reproduit souvent dans les mêmes termes. J'ajouterai que le sermon prêché aux Carmélites renfermait des pages si heureusementinspirées que Bossuet, en reprenant ce sujet, n'a pas toujours réussi, je ne dirai pas à se surpasser, mais à se retrouver égal à kii-même. Pourquoi donc le refaisait-il ? D'abord , pour l'adapter aux paroles d'un autre Evangile et ouvrir la station par un discours dont il

1. Sur la Prédication évangêlîqve, 3e point. — 2. Ainsi dans le *crmon ittr fa Prédication èvainjélique. l'amplitication sur la dignité delà parole qui commence le troisième point n'a pas l'onction des beaux passages que j'ai cités sur les rapports de la chaire et de l'autel. C'est ce qui explique pourquoi le sermon sur la Parole de Dieu est plus connu et a pu passer jusqu'à présent pour plus :

semble, en effet, qu'il devait être « le préparai if et « le fondement de tous les autres !; » puis, pour corriger ce qu'il y avait de trop artificiel dans la division, et, du même coup, donner aux trois points du sermon un objet plus distinct, un ordre plus rigoureux et des proportions plus exactes ; enfin, pour soumettre à un examen sévère tous les détails de l'expression.

Yoici une page qui permet de le suivre dans cetravail de sa pensée. Il a commencé par reprendre dans son premier sermon un passage où il disait avec quel recueillement il faut entendre, non plus l'orateur dont la voix frappe l'oreille, mais le prédicateur invisible qui parle au fond du cœur. Ce sont d'abord les mêmes termes ; Bossuet les transcrit presque sans y rien changer :

Pour entendre prêcher Jésus-Christ * , il ne faut pas ramasser son attention au lieu où se mesurent les périodes, mais au lieu où se règlent les mœurs; il ne faut pas se recueillir au lieu où se goûtent les belles pensées , mais au lieu où se produisent les bons désirs : ce n'est pas même assez de se retirer au lieu où se forment les jugements; il faut aller à celui où se prennent les résolutions. Enfin, s'il y a quelque endroit encore plus profond et

1. Fin de l'exorde. Le sermon sur la Parole de Dieu avait été prêché le second dimanche . — 2. Cf. sur la Parole de Dieu (Ms . , t. XII, f. 144) : <r Pour rencontrer cette école et pour écouter cette voix, il faut se retirer au plus grand secret et dans le centre du cœur. Il ne faut pas, etc. » Ce qui suit est répété mot pour mot dans les deux discours.

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