‹ Bossuet orateurChapitre 173 sur 192 · DERNIERS PROGRÈS DE [^ORATEUR · texte numérisé non relu

DERNIERS PROGRÈS DE [^ORATEUR

plus retiré, où se tienne le conseil du cœur, où se déterminent tous ses desseins , où l'on donne la branle à ses mouvements, c'est là que, sans s'arrêter à la chaire matérielle, il faut dresser à ce maître invisible une chaire invisible et intérieure, où il prononce ses oracles avec empire ! Là, quiconque écoute, obéit; quiconque prête l'oreille, a le cœur touché.

Ces derniers mots, ajoutés au texte primitif, lui donnent plus de précision et de fermeté. L'idée, d'ailleurs, est si importante, que Bossuet a cru devoir y insister et jeter après coup sur la marge ce développement :

C'est là que la parole divine doit faire un ravage salutaire en brisant toutes les idoles, en renversant tous les autels où la créature est adorée, en répandant tout l'encens qu'on leur présente , en chassant toutes les victimes qu'on leur immole, et, sur ce débris, ériger le trône de Jésus-Christ victorieux : autrement , on n'écoute pas Jésus-Christ qui prêche '.

Le cours naturel des pensées arrache au prédicateur cette plainte :

S'il en est ainsi, chrétiens, hélas t que Jésus-Christ a peu d'auditeurs, et que dans la foule des assistants il se trouve peu de disciples2 !

1. Tout ce qui précède est tiré textuellement du second point du sermon sur la Parole de Dieu. L'orateur concluait ainsi : « C'est là qu'il faut se rendre attentif pour écouter Jésus-Christ. B — 2. Sur la Prédication êvangêlupu', 3° point (Ms.. t. XII, f. 81).

Et c'est une transition pour demander qu'à l'exemple des disciples véritables, les assistants qui ] 'écoutent se laissent toucher, prennent la résolution d'agir et agissent. La logique voulait que ces idées, si étroitement liées entre elles, fissent corps dans le discours. Bossuet les reprend donc, cellelà dans le second point du sermon sur la Parole de Dieu, et celle-ci dans le troisième, pour les réunir ; et l'on s'étonne qu'elles aient pu être séparées , tant la trame du discours est serrée, tant elle paraît indissoluble.

Plus loin, Bossuet supprime une page qui se traînait pour rapprocher le précepte qu'il donne de la paraphrase d'un texte de la Bible sur lequel il s'appuyait. D'ailleurs, au milieu de ces longueurs du développement, il lui était échappé des redites, des expressions négligées, une figure assez triviale : il les efface *, et, par ces corrections de nature très

1. Voici le passage du sermon sur la Parole de Dieu, 3e point (Ms., t. XII, f. 149) : oc Ne vous fiez donc pas, chrétiens, à ces émotions sensibles... Ne vous contentez pas de ces affections stériles et infructueuses, qui ne se tournent jamais en résolutions déterminées ; de ces fleurs qui trompent toujours les espérances, qui ne se nouent jamais pour donner des fruits; ou de ces fruits qui ne mûrissent point, qui sont le jouet des vents et la proie des animaux. Dieu ne veut point de tels arbres dans son jardin de délices; Jésus-Christ rejette de tels disciples de son école et de tels soldats de sa milice. Écoutez comme il s'en moque, si je l'ose dire, par la bouche du divin Psalmiste : Filii Ephrem..., etc. » Ce qui précède dans le texte donné par Déforis (Ou nous écoutons froidement... De telles èmo tiens, faibles, imparfaites 3 etc.) ressemble davantage au texte du sermon sur la Prédication evangéli^uc. Mais c'est une note jetée

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diverse, qui se pressent dans un espace si resserré, fait, d'une ébauche puissante, mais confuse, une peinture sobre et achevée :

Où sont-elles, ces âmes soumises que l'Évangile atten dril, que la parole de vérité touche jusqu'au cœur? En effet, ou nous écoutons froidement, ou ils élève seulement en nous des affections languissantes, faibles imitations des sentiments véritables; désirs toujours stériles et infructueux , qui demeurent toujours désirs, et qui ne tournent jamais en résolutions; flamme errante et volage, qui ne prend pas à sa matière, mais qui court légèrement par-dessus, et que le moindre souffle éteint , tellement que tout s'en perd en un instant, jusqu'au souvenir : Filii Ephrem, intendentes et mittentes arcum [conversi sunt in die belli *]. « Les entants d'Éphrem, dit David, préparaient leurs flèches et bandaient leurs arcs ; mais ils ont lâché le pied au jour de h guerre. » En écoutant la prédication, ils formaient en eux-mêmes dejgrands desseins ; ils semblaient aiguiser leurs armes contre leurs vices : au jour de la tentation, ils les ont rendus honteusement....

Dirai-je ici ce que je pense? De telles émotions, faibles, imparfaites , et qui se dissipent en un moment, sont dignes d'être formées devant un théâtre où l'on ne joue que des choses feintes, et non devant les chaires évangéliques où la sainte vérité de Dieu paraît dans sa pureté 2.

au bas d'une page (f. 148, v°) quelques années plus tard et vraisemblablement à l'époque du Carême de Saint. Germain (1666) :Bossuet se prépare à prêcher une troisième fiois sur le même sujet ; il a poules yeux ses deux esquisses et reporte sur le brouillon des Carmé-

cs un passage emprunté au sermon du Louvre.

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