Pi. LXXVII, 12. — 2. Ms., ibld., f
Cette réflexion est le dernier emprunt que l'orateur se soit fait; il en relève la gravité par une image du jugement, d'autant plus saisissante, qu'elle est réduite à quelques traits :
.... A qui est-ce qu'il appartient de toucher les cœurs, sinon à la vérité ? C'est elle qui apparaîtra 4 au dernier jour ; et alors on connaîtra combien la vérité est touchante. « En la voyant, dit le Sage, ils seront troublés d'une crainte horrible. » Videntesturbahuntur timoré horripili 2. Ils seront agités et angoissés ; eux-mêmes se voudront cacher dans l'abîme. Pourquoi cette agitation, Messieurs ? c'est que la vérité leur parle; pourquoi cette angoisse ? c'est que la vérité les presse ; pourquoi cette fuite précipitée ? c'est que la vérité les poursuit. Ah ! te trouverons-nous partout3 , ô* Vérité persécutante? Oui, jusqu'au fond de l'abîme, ils la trouveront : spectacle horrible à leurs yeux, poids insupportable sur leurs consciences, flamme toujours dévorante dans leurs entrailles.
Il serait trop facile à Bossuet de développer cette peinture ; il n'aurait garde d'en affaiblir reflet en lui donnant l'étendue démesurée d'une digression ou les couleurs banales du lieu commun. Aussi se hâte-t-il de conclure, sur le ton de l'insinuation familière, en peu de mots :
Qui nous donnera, chrétiens, que nous soyons touchés de la vérité, de peur d'en être touchés de cette manière furieuse et désespérée4 ?
1. Var. C'est elle qui pénétrera tous les cœurs rebelles. — 2. Sapn V, 2. — 3. Var. toujours. — 4. Mb., f. 82.