SERMON SUB L A MORT
quel plaisir pour lui de donner la vie] Quelle consolation, même en présence de la mort! Quelle espérance en vue de l'éternité !
L'idée de la mort a plus de force que l'idée même du jugement , le doute ne peut avoir sur elle aucune irise : que l'orateur nous oblige seulement h rentrer en nous-mêmes, et chacun de nous la retrouvera, dans le passé, dans l'avenir, mêlée à ses souvenirs les plus chers comme à ses plus poignantes inquiétudes. Aussi le sermon sur la Mort, qui vient après le sermon sur VImpénitenee finale et un sermon sur l'Ambition, me paraît-il occuper celte place par une gradation calculée; et je croirais volontiers que Bossuet en avait fait tout d'abord le rentre de sa composition. A ceux qui chercheraient encore à se rassurer contre les menaces de l'Ecriture parle vague désir d'une pénitence tardive ou par quelque reste d'une invincible confiance dans la miséricorde infinie de celui qui les jugera ; à ceux qui continueront à poursuivre avec une aveugle obstination les faveurs inconstantes de la fortune, parce qu'ils se flattent d'appartenir au petil nombre de «eux qu'elle n'aura pas trahis, 2e prédicateur est certain d'ouvrir les yeux, quoi qu'ils fassent, eu donnant pour terme à leurs espérances la nécessité de mourir,
Ici tout efforl d'imagination sérail superflu; Bossuet n'a qu'à faire appel à toul ce que le monde sait de la vie de tous les jours. C'esl la familiarité mémo
de son langage qui, sans effort, captive les attentions :
On n'entend dans les funérailles que des paroles cl'étonnement , de ce que ce mortel est mort. Chacun rappelle en son souvenir depuis quel temps il lui a parlé, et de quoi le défunt l'a entretenu ; et tout d'un coup il est mort ! « Voilà, dit-on, ce que c'est que l'homme ! » Et celui qui le dit, c'est un homme; et cet homme ne s'applique rien, oublieux de sa destinée; ou, s'il passe dans son esprit quelque désir volage de s'y préparer , il dissipe bientôt ces noires idées, et je puis dire , Messieurs, que les mortels n'ont pas moins de soin d'ensevelir les pensées de la mort que d'enterrer les morts mêmes l.
Évidemment ni la nature des choses, ni les lumières naturelles de la raison ne permettent que Ton écarte une pensée qui tient de si près au mystère de notre destinée et à la règle de nos actions. Comment se peut-il que l'esprit humain, dont la curiosité parcourt le ciel et la terre, néglige ainsi de savoir « ce qui nous touche » et « ce que nous sommes? » Mais les grands oublient plus facilement que les autres hommes ce qui peut manquer à leur grandeur; c'est avec eux qu'il fallait accompagner J«' sus-Christ au tombeau de Lazare, soulever la pierre et lire dans ce fidèle miroir des choses humaines. C'est à eux quil était nécessaire de dire, comme dans l'Évangile : t Vcmi et vide 2, venez et