‹ Bossuet orateurChapitre 18 sur 192 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

froidement, malgré les éclatantes beautés qu'il renferme et le prestige attaché au grand nom de Bossuet.

Parmi les exceptions, qui sont fort rares, je n'aurais garde d'en omettre une, qui a son prix. C'est une lettre du P. de Neuville, adressée à Timprimeur des sermons, et que celui-ci se hâta de placer en tête du premier volume de l'édition originale. Il faisait bien : le P. Charles de Neuville était jésuite et passait pour un des premiers prédicateurs de son temps. Trop vieux pour se résigner à l'exil, lorsque l'ordonnance royale de 1763 dispersa la Compagnie, et trop respecté pour qu'on songeât à lui interdire de rester en France, il avait alors près de quatre-vingts ans et vivait dans la retraite, occupé à revoir les sermons qui avaient fait sa renommée et qu'on le pressait de publier lui-même avant de mourir. Les sermons de Bossuet, qu'on lui fit lire avant le public, lui inspirèrent pour son travail un dégoût qu'il exprima sur-le-champ, avec une candeur touchante: « Y pensezvous, monsieur ? Vous souhaitez que mes sermons paraissent, et vous m'envoyez Bossuet!... Que mes paperasses me semblent froides et inanimées ! que je me trouve petit et rampant t combien je sens que je ne suis rien ! » Et le bon vieillard est assez sincère, non-seulement pour se dérober personnellement à toute comparaison indiscrète, mais pour mettre au-dessous de Bossuet Bourdaloue lui-même, son propre maître et l'honneur de son ordre. 11 sent qu'on peut « avec de l'esprit, de l'étude, des efforts, » se promettre de « marcher sur les pas de l'immortel Bourdaloue, » et, sans se flatter d'atteindre jamais à la perfection d'un tel modèle, a aspirer à lui ressembler ». Mais imiter un Bossuet, se promettre dY'galer « ce maître unique » du sublime et du pathétique, quelle folie ! Aucun art n'y pourrait suffire ; il fau-

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