‹ Bossuet orateurChapitre 184 sur 192 · SERMON SUB [^ARDEUR DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

SERMON SUB [^ARDEUR DE LA PÉNITENCE

amour pour le souverain aimable : quel enfant ne le verrait pas ? Quel insensé pourrait le nier '!

Toute objection tombe devant cette conclusion donnée en peu de mots, d'un ton brusque, avec une sorte d'impatience, comme si le logicien rougissait de s'arrêter à démontrer l'évidence. Il ne perd plus sa peine à convaincre la raison, mais il gourmande les irrésolutions de la volonté :

C'est donc une folie manifeste, et de toutes les folies la plus folle, que de refuser son amour à Dieu qui nous cberche. Qu'attendons-nous , chrétiens ? Déjà nous devrions mourir de regret de l'avoir oublié durant tant d'années ; mais quel sera notre aveuglement et notre fureur, si nous ne voulons pas commencer encore! Car voulons-nous ne l'aimer jamais , ou voulons-nous l'aimer quelque jour? Jamais ! qui le pourrait dire ? Jamais! le peut-on seulement penser! en quoi donc différerionsnous d'avec les dénions *? Mais si nous le voulons aimer cjuelque jour, quand est-ce que viendra cejour ? Pourquoi ne sera-ce pas celui-ci ? Quelle grâce, quel privilège a ce jour que nous attendons, que nousle voulions consacrer entre tous les autres, en le donnant à l'amour de Dieu ? Tous les jours ne sont-ils pas à Dieu ? Oui, tous les jours sont à Dieu, mais jamais il n'y en a un qui soit à nous , et c'est celui qui se passe. Eh quoi! voulons-nous toujours donner au monde ce que nous avons et à Dieu ce que nous n'avons p

Cependant le pécheur essaye encore de se défendre; Bossuet le presse par un de ces dialogues

familiers auxquels nous sommes accoutumés, mais qui désormais prennent sur ses lèvres un tour plus concis et des formes plus véhémentes :

« — Mais je ne puis , direz-vous, je suis engagé. » — Malheureux, si vos liens sont si forts que l'amour de Dieu ne les puisse rompre; malheureux , s'ils sont faibles], que vous ne vouliez pas les rompre pour l'amour de Dieu! — o Ah ! laissez démêler cette affaire ! » — Mais plutôt voyez dans l'empressement que cette affaire vous donne, celui que mérite l'affaire de Dieu; Jésus ne permet pas d'ensevelir son propre père. — « Mais laissez apaiser cette passion ; après, j'irai à Dieu d'un esprit plus calme. » — Voyez cet insensé sur le bord d'un fleuve, qui, voulant passer à l'autre rive , attend que le fleuve se soit écoulé ; et il ne s'aperçoit pas qu'il coule sans cesse ! Il faut passer par-dessus le fleuve, il faut marcher contre le torrent, résister au cours de nos passions, et non attendre de voir écoulé ce qui ne s'écoule jamais tout à fait.

L'expérience du moraliste lui fournit, comme un dernier argument, une peinture de la vie humaine ; il semble d'abord que ce soit une concession, Bosr suet voudrait qu'il lui fût permis de se montremoins sévère :

Mais peut-être que je me trompe, et les passions en effet s'écoulent bientôt. Elles s'écoulent souvent, il est véritable; mais une autre succède en sa place. Chaque âge a sa passion dominante : le plaisir cède à l'ambition et l'ambition cède à l'avarice ; une jeunesse emportée ne

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songe qu'à la volupté; l'esprit étant mûri tout à fait, on veut pousser sa fortune, et on s'abandonne à l'ambition; enfin dans le déclin et sur le retour, la force commence à manquer; pour avancer ses desseins, on s'applique à conserver ce qu'on a acquis, à le faire profiter , à bâtir dessus, et on tombe insensiblement dans le piège de l'avarice; c'est l'histoire de la vie humaine. L'amour du monde ne fait que changer de nom; un vice cède la place à un autre vice, et, au lieu de la remettre à Jésus) le légitime Seigneur, il laisse un successeur de sa race, enfant comme lui de la même convoitise.

Bossue t ramène alors à Jésus-Christ l'âme désabusée de ses dernières illusions et gagnée par les ail rai ts de la grâce :

Interrompons aujourd'hui le cours de cette succession malheureuse ; renversons la passion qui domine en nous ; et de peur qu'une autre n'en prenne la place, faisons promptement régner Celui auquel le règne appartient l.

J'ai voulu mettre sous les yeux du Lecteur tout ce ige qui achèvera de montrer par quels liens intimes l.i m<»r.il<* est rattachée au dogme dans Le Carême duLouvre, •'[ quelle vertu persuasive la parole do L'orateur y a puisée dans l'Evangile. Bossuet peut maintenant laisser là les ri ueurs delà loi de Moïse et cette justice divine qu'il avait montrée trop souvent lui-même , d'après le textede la Bible, toujours l'épée et la foudre à la main, la menace aux

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