BOSSTET ET LOUIS XIV
et assurément cette «irconstancc suffirait pour donner au Carême du Louvre un intérêt particulier.
Bossuet avait déjà prêché devant la plupart des grands personnages de la cour ou des membres de la famille royale, il prêchait pour la première fois devant le roi : insigne honneur auquel était attaché un grand péril. Le jeune orateur n'a point essayé de cacher à quel point il était touché de l'un et de l'autre. Le sermon du premier dimanche se termine par une prière où respire en toute sincérité une émotion que Bossuet avait peine à maîtriser :
0 Dieu ! donnez efficace à votre parole. 0 Dieu , vous voyez en quel lieu je prêche, et vous savez , ô Dieu ! ce qu'il y faut dire. Donnez-moi des paroles sages ; donnezmoi des paroles efficaces, puissantes; donnez-moi la prudence; donnez-moi la force; donnez-moi la circonspection ; donnez-moi la simplicité. Vous savez, 6 Dieu vivant, que le zèle ardent qui m'anime pour le service de mon roi, me fait tenir à bonheur d'annoncer votre Évangile à ce grand monarque, grand véritablement, et digne, par la grandeur de son âme, de n'entendre que de grandes choses, digne , par l'amour qu'il a pour la vérité, de n'être jamais déçu. Sire, c'est Dieu qui doit parler dans cette chaire : qu'il tasse donc par son Saint-Esprit , car c'est lui seul qui peut faire un si grand ouvrage, que l'homme n'y paraisse pas 1....
mons sur la Purification de la Sainte I icr;/c. sur la Prédication écan/jêliquc, »ur V lmpênitmcc finale, rtW la Pmcidcncc, sur la Mort, BUT V Annonciation, sur V 'Ambition, sur le* Demirs a 7,
sur la Pauion de X.-S. Jésvs-Ckrltt.
1. Sur la Prédication éran<ién,jut. Péroraison. Ms., t. XI I, E. 82.
Le sentiment du devoir, que ces paroles expriment avec tant de force et d'une façon si touchante, anime également toute la suite de la station. Là où Bossuet développe en termes généraux les préceptes de la morale chrétienne, il est clair qu'un ennemi si déclaré de la casuistique ne pouvait avoir qu'une mesure; s'il admet quelque distinction, c'est pour rappeler au prince, c'est pour se rappeler à luimême les obligations particulières qui s'ajoutent par surcroît aux obligations communes dont ils ont leur part, égale à celle de tous les chrétiens. Comment ouvre-t-il le Carême? Par un sermon sur la Prédication évangéliqne, où il prend soin tout d'abord de se retracer ses propres devoirs. Comment Fa-t-il temiiné? Par un sermon sur les devoirs des rois.
Je n'ai plus à faire connaître les idées de Bossuet sur la royauté; il les développe au Louvre telles qu'il les avait conçues à Navarre, professées déjà en Sorbonne et à Metz, telles qu'il les défendra plus tard à Meaux, saris quele temps ni les circonstances aient pu altérer des convictions dont l'excès et la loyauté sont également manifestes à toutes les époques de sa vie.
Le théologien part de cette chimère, plus ou moins autorisée par quelques textes delà Bible, qu'il n'est pas d'empire dont la Providence n'ait établi les lois, pas de souverain qu'elle n'ait choisi. Règne-t-il par droit de naissance? par droit d'élec-