‹ Bossuet orateurChapitre 189 sur 192 · Ms., t. XV, f · texte numérisé non relu

Ms., t. XV, f

de l'attaquer jusque clans sa racine, et que le souvenir des chutes passées lui inspire assez de sagesse pour ne plus trop présumer de ses forces et pour fuir résolument les rencontres dangereuses.

Lui refuse-t-il d'ailleurs tous les plaisirs? Non, mais, pour l'aider à se détacher de ceux qui le corrompent en attendant qu'ils le trahissent, il s'attache à ranimer en lui le désir d'une volupté toute céleste, qui seule peut contenter un grand courage et paraît digne surtout de ceux qui sont nés pour commander aux autres hommes :

Qui nous donnera, chrétiens, que nous sachions goûter ce plaisir sublime, plaisir toujours égal, toujours uniforme, qui naît, non du trouble de l'âme, mais de sa paix: non de sa maladie, mais de sa santé; non de ses passions, mais de son devoir ; non de la ferveur inquiète et toujours changeante de ses devoirs, mais de la rectitude immuable de sa conscience? Que ce plaisir est délicat! qu'il est généreux! qu'il est digne d'un grand courage, et qu'il est digne principalement de ceux qui sont nés pour commander! Car, si c'est quelque chose de si agréable d'imprimer le respect par ses regards, et de porter dans les yeux et sur le visage un caractère d'autorité, combien plus de conserver à la raison cet air de commandement avec lequel elle est née ; cette majesté intérieure qui modère les passions, qui tient les sens dans le devoir, qui calme, par son aspect, tous les mouvements séditieux, qui rend l'homme maître en lui-même *,

1. Sermon sur la Purification de la Sainte Vierge. Fin du 2e point. Ms., f. 113-14. Ce beau passage est reproduit littéralement dans le sermon sur V Amour des plaisirs, prêché en 1666.

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