VI INTRODUCTION
sa fille *. Dix mois plus tard, après la mort de celle j rincesse, les bienséances voulaient que le même désir lût exprimé2 et lut satisfait; dès lors, en publiant l'une après l'autre ses quatre dernièresoraisonsfunèbres (1683-H87), l'évêque de Meaux ne lit plus que céder au vœu des familles et obéir à la coutume.
Quant au discours prononcé, dans l'intervalle, à l'ouverture de la fameuse assemblée du clergé (9 novembre 1681), c'était, à proprement parler, quel que puisse être l'éclat de la forme, un ouvrage de controverse, et il était nécessaire qu'on put lire à Rome et par toute la France cette profession de foi solennelle où l'Église gallicane, par la bouche du plus autorisé de ses docteurs'; s'étudiait à concilier avec le soin jaloux de ses libertés particulières sa foi constante dans la suprématie du Saint-Siège et son inviolable attachement pour l'unité de l'Église.
Le sermon pour la Profession de foi de Mme de la Val- Hère, puis Y oraison funèbre de Nicolas Cornet, furent donnés au public du vivant de Bossuet, mais par des mains étrangères. Bossuet n'en cacha pas son déplaisir, et, bien que chacun de ces discours, altéré peut-être dans quelques détails^ fût évidemment de lui, il alla, pour l'un et pour l'autre, jusqu'à déclarer qu'il n'y reconnaissait point son ouvrage 3.
C'est assez dire qu'il n'était jamais entré dans la pensée de Bossuet de recueillir ses sermons, et si, même après lui, ils ont reparu au jour pour ajouter quelque chose à sa gloire, on prouverait sans peine qu'il n'en a jamais
1. Lediea, Mémoires touchant mentire J.-B. Bossuet. êvêgne de . Édition de l'abbé Guettée. Paris, Didier, 1856, p. 129. — 2. Ibid. — 3. Ibld., p. 88 et 91 : a. L'auteur ne s'y reconnaissait pas. . . L'auteur ne s'y est pas du tout reconnu ».
Histoire des sermons dé bossui p. vu
eu ni le pressentiment, ni le désir. Il serait donc assez injuste de taire aux premiers éditeurs des œuvres posthumes de levêque de Meaux un reproche de n'avoir point songé à y joindre un choix des sermons ou ùe> panégyriques. L'abbé Bossuet savait que le temps seul avait manqué à son oncle pour faire imprimer lui-même les Elévations sur les Mystères, les Méditations sur f Évangile, la Politique tirée de l'Écriture Soinh- : ces ouvrages, auxquels il était occupé à mettre la dernière main, appartenaient au public; les sermons, au contraire, n'avaient pas été faits pour être lus.
Avaient-ils même été écrits? On en a douté pendant toute la première moitié du dix-huitième siècle. L'erreur,
accréditée par le P. La Rue '.qui avait prononcé l'oraison funèbre de Bossuet, par Burigny, son premier bio-
ipbe *, pouvait avoir les plus lâcheuses conséquences. Oui aurait songé à tirer de l'oubli et à préserver d'une destruction prochaine, inévitable, des discours qui, disait-on, n'existaient pas? Chose singulière ! c'estl'abbé Ledieu qui avait trompé le P. La Rue. Dans le précieux mémoire qu'il avait rédigé pour lui. « touchant la vie et les ouvrages de Messire Bossuet, évèque de Meaux. » Ledieu disait en propres termes :
« Ce n'est, la plupart, qu'uneou deux feuilles volantes, où est un texte en tête, un raisonnement, avec ce mot en marge : Pour Vexorde; une division en deux ou trois membres toujours marqués distinctement à la suite du texte et du dessein de l'exorde; et pour le corps du discours, l'on n'y trouve que quelques passages des
1. Dans la Préface de ses Sermon» (1719). — 2. Vie de 1/. Bot- 1761, in-12, p, 'i'ï-70.