‹ Bossuet orateurChapitre 21 sur 192 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

devait à son tour être effacé par Massillon et le Petit Carême. La Harpe proclama, comme Voltaire, que, dans le sermon, Massillon est « au-dessus de tout ce qui l'a précédé et de tout ce qui l'a suivi, par le nombre, la variété et l'excellence de ses productions ». Il est vrai qu'il ne peut sortir du genre où il excelle sans tomber au-dessous de lui-même, et La Harpe, qui se pique de tenir la balance égale, prononce ainsi sa sentence : « Chaque homme a reçu son partage, et le talent de l'éloquence, comme celui de la poésie, appelle ceux qui le possèdent à des genres différents. Bossuet était médiocre dans les sermons, et Massillon le fut dans l'oraison funèbre * ». — « Bossuet médiocre! Voilà, comme l'observait très finement M. Patin 2, deux mots qu'on n'a pas coutume de trouver ensemble; et M. Nisard s'est demandé si La Harpe avait lu les sermons dont il parle avec ce détachement3. On pouvait bien, sans prendre tant de peine, se prononcer. Ce mot dédaigneux, jeté en passant, résumait l'opinion commune du dix-huitième siècle. La Harpe, en l'exprimant, selon sa coutume, d'un ton d'oracle, l'imposait d'avance à l'avenir.

Elle régnait encore, lorsque la seconde édition complète des sermons 4 fut publiée en 1808, sept grandes années après la signature du Concordat et sous les auspices du cardinal Fesch. La suite des événements avait naturellement contribué à remettre en honneur la mémoire de celui que l'Église Gallicane invoquait « comme son oracle 5 ». Cette fois, du moins, les timorés s'habituè-

1. Lycée, seconde partie, liv. II, chap. I, s. 4. — 2. Éloge de Bossuet (1827). — 3. Hist. de la littér. franc., t. IV, p. 278. — 4. Collection complctte (sic) des Sermons, Panégyriques et Oraisons funèbres de J.-B. Bossuet, dix-sept tomes en dix-neuf volumes ir.-12. Taris, Lamy, 1808. — 5. Éjjitre dèdicatoire, p. xi.

Page 1