XXX INTRODUCTION
se repeiuir d'avoir usurpé la place d'un autre en faisant des sermons de Bossuet son bien propre et sa découverte *. A ce titre, sa propre gloire paraissait intéressée à en surfaire le mérite; l'admiration dont il aimait à faire tapage parut donc affectée, ou, tout au moins, entachée de superstition : dételle façon que, sans le savoir, on retourna contre lui en 1810 une accusation dont il avait pris l'initiative en 1772.
A l'enthousiasme bruyant et diffus du Discours préliminaire, Dussault opposa, d'une façon courtoise, mais très nette, « l'opinion des connaisseurs2 ». On peut ajouter foi à son témoignage : Dussault est resté un critique très estimable, et ses jugements faisaient autorité sous l'empire II professait d'ailleurs pour Bossuet une admiration ardente, mais éclairée, qui se piquait de distinguer et de choisir : « Et après tout, disait-il, Bossuet n'at-il donc pas assez de la gloire de ses incomparables Oraisons funèbres, de ses belles dissertations théologiques et de son sublime Discours sur l'Histoire universelle? Faut-il, pour rehausser le monument de sa renommée, y joindre quelques matériaux informes, empreints parfois du sceau de son génie, et plus souvent infectés de la rouille d'une époque où le goût n'était pas encore épuré, où l'éloquence française était encore sauvage, et notre littérature à demi-barbare? » Il s'attachait alors à de courts passages, déclarant qu'aucune autorité littéraire ne l'empêcherait de les trouver très mauvais et même ridicules. Et, à ce propos, il se demandait si très souvent on ne se méprend pas sur l'impression qu'on éprouve, au point de croire qu'on est frappé par des beautés sublimes,
1. Dussault, Annales littéraires, t. III, p. 219. — 2. Dussault, articles publiés dans le Journal des Débats (juin 1810, mai 1811).