JUGEMENTS PORTÉS SUR LES SERMONS DE BOSSUET. XXXIII
langue de notre pays ou de notre temps. Un mot ou un tour vieillis ne furent plus nécessairement des fautes de goût, même pour les puristes, et les délicats purent, avec M. de Sacy *, goûter sous toute réserve ce qu'il y a d'exquis même dans les improvisations de la jeunesse de Bossuet, tandis que ses œuvres inachevées, inégales, mais où l'on saisit au vif la fécondité naturelle et l'impétueux élan du génie, avaient d'avance gagné leur cause devant la libre et impartiale critique de M. Sainte-Beuve 2.
Je ne puis songer à retracer tous les épisodes de ce retour de l'opinion, qui a été, pour ainsi dire, universel ; mais je tiendrais à en revendiquer le principal honneur pour l'Université, si dévouée au génie de Bossuet, alors même qu'elle n'accepte pas toutes ses maximes. Sur ce point, comme sur tant d'autres, c'est M. Villemain qui avait pris l'initiative : dans cette chaire de la Sorbonne, que son souvenir remplit encore, il ouvrit les yeux aux gens de goût, en même temps qu'il intéressait les esprits religieux, en les accoutumant à chercher, dans les sermons de Bossuet, comme dans ses Oraisons funèbres, l'inspiration des Pires de l'Église, leur doctrine et leur éloquence. Lorsque l'Éloge de Bossuet fut mis au concours en 1827, ce sont deux élèves de M. Villemain, deux de nos maîtres, M. Patin et M. Saint-Marc Girardin, qui partagèrent le prix décerné par l'Académie française, et ni l'un ni l'autre n'avait négligé de mettre en lumière la beauté des sermons. Puis, la tradition se continue à lKcole normale : c'est M. Dubois qui, en assignant aux sermons la place qu'ils ont gardée sur les programmes
1. Préfnce placée en tête d'un choix des Sermons de Bossuet (Paris, Techener, 1859). — Variétés littéraires (Paris, Didier, 1861, t. I, p. 306-314). — 2. Causeries du Lundi, t. X, p. HO-17-t ; Nouveaux Lundis, t. II, p. 333-358.
XXXiV INTRODUCTION.
de l'Agrégation ou de la Licence, leur a donné rang parmi les textes classiques et en fait un sujet d'étude même pour les élèves de nos écoles. M. Nisard les expliquait alors à nos aînés, et nous gardons à notre tour un fidèle souvenir de la vive ardeur avec laquelle M. Jacquinet traitait ce sujet de prédilection, dont il vient d'éclairer les abords par son beau travail sur les prédicateurs du commencement et du milieu du dix-septième siècle {, ceux que Bossuet a remplacés dans la chaire.
11 appartenait à M.. Nisard de dire le dernier mot sur une question dont iis'est épris entre toutes et qu'il n'a pas cessé d'approfondir. Après avoir montré quelle place il convenait de faire aux sermons dans la suite des œuvres de Bossuet et dans l'histoire de sa pensée 2, il a tenu à marquer aussi le rang qui lui appartient parmi les sermonnaires 3. Sévère peut-être pour Massillon , il aura cédé sans le vouloir au secret besoin d'exercer sur lui des représailles. Il a rendu pleinement justice à Bourdaloue, le moraliste de la chaire; mais l'orateur chrétien par excellence, celui qui excelle dans l'explication du dogme comme dans la peinture des mœurs, celui qui relève par l'éclat des images et par l'accent de l'enthousiasme la forced'unedialectiquevictoi'ieuse, c'estBossuet; et M. Nisard a trouvé pour l'établir des raisons si sensibles et une telle justesse d'expression, qu'il est difficile
1 . Des prédicateurs du dix-septième siècle avant Bossuet, thèse soutenue devant la Faculté des Lettres de Paris, le 15 juin 1863, couronnée par l'Académie française. Un volume in-8°, Paris, Didier, 1863. — 2. Histoire de la littérature française, livre III, chap. XIII, 7. — 3. Les Grands sermonnaires français, article publié dans la Revue des D eux- M on des, janvier 1857, réimprimé dans les Études d'histoire et de littérature (1859), et dans le tome IV de Y Histoire de la lit ter. franc., liv. IV, chap. YZ5»