XL INTRODUCTION
chat cette justice qu'il a été revu avec assez de soin sur les manuscrits conservés à la Bibliothèque impériale et au grand séminaire de Meaux, ou tout au moins sur l'édition originale. Les variantes des manuscrits ont été rétablies au bas des pages, un peu plus nombreuses que Déforis n'avait cru pouvoir les conserver. Une partie de celles qui s'étaient glissées dans le texte, pour y prendre la place de la version définitive ou pour y faire double emploi, sont redescendues dans les notes. Toutes les additions de Déforis ont été supprimées complètement. Plusieurs auraient pu être conservées utilement à titre de notes explicatives; mais nous ne pourrions, sans mauvaise grâce, reprocher à M. Lâchât un excès de zèle qui n'était, à le bien prendre, qu'une garantie d'exactitude. Cette scrupuleuse fidélité dont M. Lâchât fait profession aurait suffi, non pour donner une édition critique des Sermons de Bossuet comparable à l'excellent Pascal de M. Havet, mais pour en fixer du moins le texte, comme M. Faugère l'a fait, à très-peu de chose près, pour les Pensées. Mais la seule révision de nos manuscrits exigeait plus de temps que n'en pouvait donner un écrivain assez intrépide pour mener de front deux entreprises aussi considérables qu'une édition complète des œuvres de Bossuet et une traduction de saint Thomas d'Aquin. La tâche aurait été lourde pour une communauté de bénédictins; elle est écrasante pour un homme livré à ses propres forces, si ardent au travail et si habile qu'on le suppose. M. Lâchât n'a donc pas assez vécu avec Bossuet pour se familiariser complètement avec les habitudes de son esprit: il lui arrive de se tromper, en cherchant à suivre sa pensée dans la confusion de notes prises à la hâte; il fait des fautes de lecture quelquefois même en des endroits où Déforis n'en a pas fait, et je
CHRONOLOGIE DES SERMONS DE liOSSUET. XLI
me suis convaincu par des épreuves multipliées que son texte a presque partoutbesoin d'être vérifié pour le détail. L'édition qu'il vient d'achever pourra fournir un point de départ et un cadre à une édition meilleure; M. Lâchât gardera dans l'œuvre définitive une part qui ne lui sera point dérobée, je le souhaite; il aura contribué, plus que personne après Déforis, à la préparer; mais, en dépit de ses promesses, il est certain que nous l'attendons encore.
L'œuvre est ardue, sans doute, et réclame autant de sagacité que de patience; mais elle est faite pour exciter l'émulation des critiques exercés qui, depuis une vingtaine d'années, rivalisent d'efforts pour établir sûrement et pour éclaircir par de solides commentaires le texte des grands écrivains du dix-septième siècle. Dans ce vaste programme tracé par M. Cousin de main de maître et déjà rempli en partie, il ne reste pas aujourd'hui de plus grand service à rendre, ni de plus beau titre d'honneur à conquérir, que de faire pour les sermons de Bossuet ce qui a été si bien fait pour les Pensées de Pascal et pour les Lettres de Mmo de Sévigné.
Dans une édition définitive, il importerait beaucoup d'adopter, pour le classement des sermons, l'ordre des dates. C'était celui que l'abbé Vaillant se proposait de suivre. C'est celui que M. Rondelet recommande *. Ici, M. Lâchât, par exception, s'est rangé du coté deDéforis. La raison qu'il en a donnée lui-même est assez faible : « L'ordre de l'année liturgique présente, dit- il, plus d'avantage à la foule des lecteurs qui étudient les sermons pour la doctrine. [» Il est bon, en effet, qu'on
1. Les sermons de Bossuet. Articles publiés dans la Revue d'économie chrétienne. 18G3.
XUI INTRODUCTION.
puisse facilement trouver, s'il y a lieu, pour chaque fête de l'année, un sermon qui ait trait à la cérémonie que célèbre l'Eglise et où l'Evangile du jour soit commenté. Mais la table de concordance, que M. Lâchât a dressée pour ceux qui aiment les dates *, aurait pu répondre plus facilement encore au désir de ceux qui cherchent un sermon pour la Pentecôte ou pour le premier dimanche de Carême; et on conviendra que ceux qui étudient les sermons pour la doctrine gagneraient à suivre Bossuet pendant une station de Carême, depuis le premier dimanche jusqu'au dimanche de Pâques, plutôt .;ue de lire l'un après l'autre et dans un ordre absolument arbitraire quatre sermons prêches le même jour pour des stations différentes.
Il y a douze ou quinze ans, on aurait tiré une^ objection beaucoup plus sérieuse de l'impossibilité d'assigner une date à la plupart des sermons. L'impossibilité était manifeste, et elle subsiste, si l'on prétend arriver à la précision la plus rigoureuse sur tous les points. Elle a disparu, pour peu que nos désirs se bornent à ce qu'on a raisonnablement besoin de savoir. Pour dresser une liste chronologique, il faut tirer des discours mêmes trois sortes de renseignements : les allusions historiques, les formes du style, et enfin les caractères de l'écriture et l'aspect même du manuscrit autographe, quand le manuscrit n'est pas perdu.
En ce qui touche aux allusions historiques, le livre de M. Floquet 2 laisse dorénavant peu de chose à faire
1. A la fin du 31« et dernier volume des Œuvres de Bossuet (1866). — 2. Etudes sur la vie de Bossuet jusqu'à son entrée en fonctions en qualité de précepteur du Dauphin (1627-1670). Paris, Didot, 1855, 3 vol. in-s'.— Bûssnet prêeepteur du Dauphin et évêque à la ('vu>\ Paris, Didot, 1864, in-S0
CHRONOLOGIE Dl - SERMONS DE BOSSUET. XLIII
L'historien de la jeunesse tic Bossueta mis à les recueillir et à les commenter une sagacité toute normande, unie :i une patience et àun scrupule d'exactitude qui méritent d'être cites comme un des bons exemples de notretemps. Je ne saurais me défendre de signaler comme des modelés, dans ce genre de discussion, les chapitres où M. rioquet établit notamment que le sermon sur la Providence, prêché à Dijon, en 1008, disait-on, et devant le prince de Condé, l'a été douze ans plus tôt et en présence du duc d'Épernon ; que le Panégyrique (Je saint-: Thérèse, prêché devant la reine mère on le savait , l'a été néanmoins à Metz, dans la cathédrale de cette ville, pendant un voyage que la Cour fit sur les frontières, en 1057 : que celui des Anges Gardiens lut prononcé le 2 octobre 1659, dans la chapelle nouvellement restaurée des Feuillants de la rue d'Enter. Mais je m'arrête, car j'irais beaucoup trop loin. M. Floquet en est venu à connaître si bien toutes les circonstances de la vie de l'orateur, que non seulement il supplée un millier de fois au silence de la tradition, mais qu'il rétablit souvent la vérité d'une manière authentique et irréfutable sur des points où D. Déforis et le cardinal de Bausset invoquent le témoignage de l'abbé Ledieu, et où Bossuet lui-même, répondant aux questions de son secrétaire, a été trompé par ses souvenirs. Il est parvenu ainsi à déterminer la date certaine ou probable de la moitié des sermon> et celle de presque tous les Panégyriques. On pourrait accepter sans autre examen toutes les affirmations de M. Floquet, s'il ne lui était arrivé, trois ou quatre fois peut-être dans le cours d.- ses longues recherches, d'abonder un peu dans son sens et d'aller dan- sa conclusion plus loin qu'il n'y était autorisé par ses prémisses.
Ce qui appartient en propre à l'abbé Vaillant, c'est