PROGRÈS DE L'ÉLOQUENCE DE ROSSUET. XLV
Il faut y avoir regardé de très près pour reconnaître les affinités de ces trois écritures successives, pour observer des nuances dans chacune d'elles et saisir de l'une à l'autre la transition. Mais on arrive très vite à ne les pas confondre. La grande écriture si ferme et si nette des sermons composés à Paris, de 1659 à 1662, tranche sur l'écriture inégale et confuse que Bossuet avait emportée de Navarre et n'a guère corrigée à Metz pendant les premières années deson séjour, aussi bien que sur l'écriture ronde, d'abord assez grosse et facile à lire, qui va s'altérant à partir de 1666, jusqu'au temps où l'évêque de Meaux s'excuse d'envoyer à ses correspondants des lettres si difficiles à déchiffrer.
On est parvenu en somme à ce résultat considérable que la moitié des discours de Bossuet ont une date incontestable, et qu'il en reste fort peu auxquels on ne puisse assigner, par conjecture, leur place, à quelques années près, dans l'une ou l'autre des trois grandes divisions que la critique s'accorde à marquer dans la carrière du prédicateur. Le temps paraît donc venu de renoncer, sans trop de périls et sans aucun regret, à l'ancienne classification, qui n'avait au fond d'autre mérite que celui d'être la seule possible.
L'ordre chronologique a sur tout autre des avantages qu'il est difficile de méconnaître. L'abbé Vaillant, dirigé de ce côté par son maître, M. Cruice, s'y attachait avec l'espoir de tirer des sermons de Bossuet un chapitre nouveau, et fort curieux sans doute, de l'histoire de la langue française au dix-septième siècle. M. Rondelet y est revenu pour défendre le caractère de Bossuet par des arguments plus précis, plus décisifs, contre des accusations aussi injustes qu'elles sont banales. Adoptée entin par