‹ Bossuet orateurChapitre 38 sur 192 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

trouble d'un orateur qui déjà se sent en présence de son auditoire l.

Souvent, au contraire, Bossuet écrit dans le recueillement : il a d'avance embrassé d'un ferme coup d'œil le commencement, le milieu et la fin de son discours. Tantôt les ratures se multiplient et avertissent que l'orateur serre de près les moindres détails de son argumentation et de son style. Tantôt la netteté de l'écriture montre àquel point il s'est rendu maître, par la réflexion, de chacune des idées qu'il exprime.de chacun des termes qu'il emploie. Nous avons ainsi plus d'un discours, dans le Carême des Minimes, par exemple, et surtout dans le Carême du Louvre, auquel on peut dire que Bossuet a mis la dernière main. 11 y a donc une mesure à garder quand on le juge, et ce serait manquer de sens que d'examiner avec une égale rigueur et sans changer de point de vue des discours dont les uns, écrits à la hâte, appartiennent à la jeunesse de l'orateur, tandis que d'autres sont les œuvres achevées de son âge mûr.

Ainsi Bossuet avait plus d'une manière d'écrire avant de prêcher: quel était son dessein? Était-ce en vue de réciter son discours, qu'il l'écrivait? La question est résolue d'avance pour les casles plus ordinaires : comment aurait-il songé à apprendre par cœur un discours qu'il n'avait le temps ni d'achever, ni de relire? Mais, alors même qu'il avait tout écrit d'avance, avec un grand soin, on peut croire que Bossuet n'exigeait pas de sa mémoire un tel effort, et surtout qu'il n'imposait pas cette gêne à l'élan de sa verve et à l'impétuosité naturelle de son imagination. La rédaction de la veille n'était pour lui qu'un sûr moyen de se mettre plus pleinement

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