Mém.,Y>. 110. — 2. Ledieu, Choisy, La Rue, et d'autres
Ol INTRODUCTION.
que les plus achevés même ne donnent pas la pleine mesure de son éloquence.
Si les manuscrits ne nous rendent pas l'accent de la parole de Bossuet, ils nous font entrer, plus qu'il n'était possible à ceux qui l'ont entendu de leur oreilles, dans l'intimité de son commerce, au moment même où il s'enfermait pour méditer son discours. Dèsqu'on s'est mis à les parcourir au hasard, ce qui frappe d'abord le plus vivement, c'est la fécondité naturelle d'un génie auquel rien ne coûte ; de bonne heure, il a conscience de ce qu'il peut, et donne carrière à sa plume, sans réserver sur le papier ni une marge, ni un bas de page, ni même entre les lignes assez d'espace pour recevoir autre chose que l'indication d'une variante ou des corrections de quelques mots; du premier effort, la trame du discours est ourdie et serrée. Ou si parfois Bossuet efface la phrase commencée, c'est pour la reprendre un peu plus loin; mais, dans l'intervalle, il aura enrichi son développement d'un tour heureux qui achève de mettre l'idée en lumière ou de quelque idée nouvelle qui est venue s'offrir elle-même, déjà revêtue d'une forme, et qui a pris sur-le-champ sans aucune violence la place qui lui convenait dans la suite de l'amplification oratoire ; il semble qu'on voie jaillir de la source vive et monter le flot puissant de l'inspiration.
Cependant les progrès de l'âge et la réflexion mettent Bossuet en garde contre les illusions de la jeunesse, au moment même où elles semblaient justifiées par le bruit flatteur des applaudissements. Les sermons prêches au Louvre en 1662 ont cette marge réservée aux corrections, qui manquait encore sur les manuscrits du Carême de 1660; à Saint-Germain, en 1666, Bossuet a pris cette