‹ Bossuet orateurChapitre 41 sur 192 · DESSEIN DE CE LIVRE. LUI · texte numérisé non relu

DESSEIN DE CE LIVRE. LUI

coutume qu'il gardera jusqu'à la fin, de plier en deux le feuillet ; c'est qu'il prévoit la nécessité de condamner son premier travail et de le refaire entièrement. Reprend-il désormais les sermons qu'il a déjà prêches? Il barre, il efface, ajoute et corrige sur l'ancien texte: il déchire le feuillet pour remanier plus librement un passage; insensiblement il S3 décide à sacrifier l'ouvrage entier, dont nous ne savons même plus l'existence que parce qu'il en a laissé subsister, comme par hasard, quelques lambeaux. Alors même qu'il compose un discours tout différent du premier, on voit qu'il s'observe et, par moments, chose nouvelle, qu'il fait effort. Dans le sermon sur la Justice}i\ s'interrompt au milieu du second point, pour refaire l'exorde et tout le reste du discours. Et nous n'avons certainement pas tous les brouillons qui auront été condamnés de cette manière; l'auteur luimême a du les détruire, et celui qui nous sert d'exemple n'aura échappé au sort commun que par mégarde.

Ainsi, par le privilège d'une vocation extraordinaire, Bossuet ressemble à Fénelon : il a, comme lui, la veine heureuse et fertile, une promptitude et une facilité qui tiennent du prodige. Mais, tandis que Fénelon s'abandonne et prodigue négligemment les fleurs de son imagination poétique, Bossuet livre peu de chose au hasard; par l'effort de sa volonté, il se rapproche de Pascal : il n'en connaîtra pas le fiévreux labeur, ni les défaillances maladives; mais il en a les scrupules, la raison exigeante, le goût sévère, et met sous nos yeux ce grand exemple d'un homme auquel il suffisait de déployer ses dons naturels pour conquérir l'admiration, qui l'estime ce qu'elle vaut, dès qu'il Ta conquise, et qui, pendant quarante ans, ne cesse de travailler pour se satisfaire luimême et pour atteindre à la perfection.

LTV INTRODUCTION.

Telles sont les impressions que j'ai pris plaisir à chercher souvent dans les manuscrits des sermons. C'est en les maniant pendant cinq ans que j'ai recueilli les principaux, éléments de ce livre et que j'en avais d'abord conçu l'idée. Je laisse à d'autres le soin d'étudier dans Bossuet le théologien, l'historien, le politique; notre pauvre ami Deîondre avait parlé excellemment du philosophe I. M. Floquet achèvera de faire connaître l'homme, dans sa vie intime et dans sa vie publique : c'est l'orateur que je voudrais suivre, de plus près qu'on ne l'a fait, dans le progrès de son éloquence et jusque dans le secret de son travail; heureux si je pouvais, dans cet essai, faire éprouver à d'autres l'attrait qui m'a captivé moi-même, et laisser les lecteurs persuadés, comme je le suis, qu'il n'est pas d'étude plus propre à donner une idée juste des dons du génie, des règles de l'art, et qu'on aurait peine à trouver dans le passé un souvenir qui lasse plus d'honneur aux lettres françaises ou qui élève plus haut la dignité de la nature humaine.

1. Doctrine pkUonojfhiçnc de Bossuet sur la connaissance de Dieu. 1855. Après les savantes analyses de M. Damiron, de M. Jules Simon, de MM. Nourrisson et Deîondre, on peut croire que cette partie du

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